Guy est petit. Il est mince, et son corps minuscule
est surmonté d'une tête énorme, triangulaire, au menton
allongé et au front haut. Les cheveux sont coiffés (mal)
d'un côté vers l'autre.
C'est le Joe Dalton de Lucky Luke. En moins beau.
Son allure de rase-bitume est amplifiée par
le sac qu'il porte au dos, presque aussi gros que lui, mais infiniment
plus léger que son humour - qu'il est vrai que les collégiens
sont surchargés ! Ainsi, si vous voyez un sac à dos se traîner
lamentablement sur le sol, ne vous inquiétez pas : ce n'est que
Guy qui passe.
Guy a un grand passe-temps : il regarde sa montre.
Voici quelques années qu'il fit voeu de ponctualité absolue.
Il se sent déshonoré dès lors qu'il n'a pas dix minutes
d'avance sur son professeur. Sa phrase, c'est : "Dis, t'es sûr que
ça a pas sonné ?"
Guy aime aussi se mosuer des gens. Il prépare
secrètement une caricature d'un de ses aînés, manquant
ainsi au plus élémentaire respect. Fort heureusement, Polichinelle
s'est emparé du secret, et la riposte se prépare. Entraînement
sportif intensif, régime strict à base d'oeufs et de viande
rouge, rien n'est plus de trop pour Franck pour se préparer
à recevoir dans l'ouverture d'esprit et la bonne humeur qui le caractérisent
la pure expression de la méchanceté gratuite de l'élève
difforme. Nain contre mur du lycée, le match de boxe du siècle.
Je prends les paris.
Les jeux sont faits ? Bien. Je garde les paris,
en vertu de la loi interdisant les jeux de hasard.
Il est quelle heure ? Bon, alors, revenons à
nos moutons.
Ce nain jaune, donc, est moqueur, et porte en lui
un don inné d'exaspération. Ainsi, Maréchal,
futur majeur de promotion à Saint-Cyr, militaire s'il en est, est
prêt à atomiser à coup de StratoFortress ce clown qui
causa de longues et grandes moqueries, dont il souffrit ; Franck,
pacifiste-absolu-mais-faut-pas-pousser, finira sans doute par avoiner à
la mandale cet obscur idiot qui s'acharne à lui parler continuellement
de la Mary qu'il aime sans réciprocité ; Slimane,
débile profond mais néanmoins susceptible, va un jour nous
en débarasser pour cause de mauvaises bâches. Alex
même, qui est pourtant la douceur personnifiée, qui supporte
sans proncher les pires stupidités de la part de Franck ("La bave
du crapaud n'atteint pas le moche pigeon" est sa devise), tente régulièrement
et désespérément de l'attraper pour lui mettre la
tête contre une brique, que même la brique elle aurait mal.
- Non, ça, c'est mon boulot, nous
prie de rappeler Slimane (cf. Seconde génération,
Renaud). Et grouille-toi, il se fait tard.
Franck et Guy ont pourtant un point commun majeur : leur passion pour
un grand chanteur pas terrible mais bon, musicalement j'adore, surtout
les paroles. Que ce Monseigneur Séchan vienne faire un tour dans
la Drôme, et Guy sera au premier rang, pour répéter
stupidement avec lui, comme la dizaine d'autres spectateurs, le refrain
de Petite, en rêvant de L'entendre rechanter Société
tu m'auras pas. Car il regrette amèrement le temps où,
dix ans avant sa naissance, le "chanteur" était encore un jeune
con testataire (non il n'y a pas de faute), pacifiste intégriste,
qui chantait la zone et dédiait ses chansons aux loubards flingués
par la brigande anti-gag (sic, Renaud à Bobino, intro à
Les
Charognards), comme maintenant il chante sa jeunesse et parle de sa
fille.
On peut dire que Guy est le fan absolu. Sa piaule
est entièrement recouverte de photos, il connaît le répertoire
de Renaud sans doute mieux que le chanteur lui-même, et fait la course
aux concerts dès qu'il approche un tant soit peu. Et monsieur Séchan,
lui, ne le reconnaît même pas, quelle honte ! Pas plus, d'ailleurs,
qu'il ne reonnait Myriam, pourtant professionnelle de la traque au Renaud
("Quatre concerts en deux ans"...)
En fait, pour donner une idée de l'estime
en laquelle Guy tient Renaud, il suffit d'une phrase : Guy le trouve si
formidable que la conviction profonde de sa propre hétérosexualité
l'empeche de le demander en mariage. Et puis... Dominique et Lola ne seraient
peut-etre pas contentes, et elles ont l'air d'avoir du caractère
(Ma gonzesse,
Il pleut, En cloque, C'est quand
qu'on va où pour référence...)
On est en retard, non ? Ah, bon. J'aurais cru.
Ces débuts pourraient amener à penser
que Guy n'est qu'intellectuel. Ce serait une grave erreur. Car en fait,
son minable physique trouve l'accomplissement dans le cumul des sports.
Aisni, en ski, aucune piste verte ne lui résiste ; en judo,
il é déjà réussi, eprès trois ans de
travail acharné, à enfiler son kimono ; en vélo, c'est
Richard Virenque - Qui c'est qui dit que c'est pas vrai ? Toi ? Je t'aurais
menti ?
Mais son sport, son reve, son aboutissement
superbe, c'est l'escalade. Il est le grand champion du rocher, le Patrick
Edlinger du siècle prochain, l'as des as de la varappe. Il passe
du 9c en tete, accroché à n'importe quel hélicoptère.
Il est pret à garantir de passer n'importe quel 4- en second, et
il réussit meme une fois à sortir un 3+ en tete. Et il avait
mis toutes ses dégaines à l'endroit, s'il vous plait ! Enfin,
presque... Parce que lorsqu'il est tomba sur la première, et que
le bien connu phénomène d'auto-décrochage du premier
mousqueton est intervenu, on s'est brusquement aperçu qu'il avait
du la mettre à l'envers. Heureusement, à trois mètres
du sol, il n'était pas assez haut pour se faire grand mal.
Grace à Dieu, le lycée est pourvu
d'un mur d'escalade, ce qui permet à Guy de mettre en valeur sa
superbe musculature de sandwiche SNCF, et sa puissance de serpillère
détrempée. Au lycée, aussi, se trouve la section sport-nature,
où l'on trouve quelques-uns des meilleurs grimpeurs de France. Il
en est un, notamment, qui a déjà la coiffure de Patrick Edlinger.
Il a du muscle sec, court, solide ; sa stature ridicule n'attire aucun
quolibet tant son muscle en impose. Lui, son terrain de jeu, ce sont les
6c.
Il ne fait aucun doute que Guy l'emporterait haut la main en cas de
confrontation, car c'est comme un match de boxe entre Franck et
Mike Tyson. Mais Guy, pour des raisons connues de lui seul, a toujours
refusé la rencontre, se contentant d'autres voies et d'autres lieux...
"Lache !", dirait Maréchal...
Eh, vous avez pas vu l'heure ? Je vais etre en retard
!
Je dois signaler maintenant que, à la vérité, Guy a fini par grandir.
S'il est encore plus petit que moi, il ne s'en faut pas de beaucoup... Et il est très
largement (mais y'a pas de mal !) plus sportif que moi...