31 mars 2012

J’aime tout le monde (sauf Marine)

herisson26 à 12:49 — Filed under: Air du temps,Prise de courgePas de commentaire

C’est le résultat, amusant et étonnant, d’un (très long) questionnaire que m’a filé Ghusse, le «  comparacteur  », que je vous invite à tenter si par hasard vous ne savez pas quoi faire ce week-end (vous ai-je dit qu’il était un peu long ?).

L’idée, c’est de vous fournir un lot de propositions (il n’y en a que 474 à l’heure où j’écris) tirées des déclarations et programmes des candidats à l’élection présidentielle, et vous faire dire pour chacune si vous êtes franchement contre, plutôt contre, neutre, plutôt pour ou franchement pour.

L’intérêt, c’est ainsi de séparer clairement les idées de ceux qui les portent. Un certain nombre de propositions très proches, sinon identiques, sont d’ailleurs listées, ce qui fait que parfois, même en s’y intéressant, il n’est pas évident de savoir qui a dit quoi — bon, on reconnaît tout de même l’inimitable patte de Cheminade par moments, comme lorsqu’on tombe sur la proposition qui tue : « Adopter l’euro-franc polytechnique auprès duquel cohabiteraient différents euros nationaux. » Ainsi, ce sont vraiment des programmes et non des gens que l’on examine, ce qui permet d’éliminer un peu les idées reçues qu’on peut avoir sur tel ou tel candidat.

Le résultat mathématique est intéressant, du moins en ce qui me concerne.

La première surprise, c’est que, aussi critique que je puisse être, rares sont les candidats qui arrivent dans le rouge. En fait, il n’y a que Marine le Pen qui réussisse à me faire donner plus de points négatifs que de points positifs à son ensemble de propositions : même si Nicolas Sarkozy n’est pas loin devant, ça suffit pour qu’il se retrouve dans le positif.

C’est en fait logique : sur 474 propositions, j’ai voté contre 78 et pour 211. Globalement, je serais donc plutôt positif, comme gars.

Au delà de la boutade, cela peut dénoter deux choses : tout d’abord, un manque de discernement et d’esprit critique qui me pousserait à avaler n’importe quelle couleuvre ; ensuite, une volonté d’essayer des politiques qui n’auraient pas encore été tentées. Je serais plus enclin à favoriser le changement plutôt que le statu quo, à expérimenter, à ne pas me contenter politiquement de ce qu’on a. En fait, c’est peut-être paradoxalement parce que je suis très critique sur l’état actuel des choses que je serais plus ouvert à toute proposition différente. J’ai conscience que c’est le genre de sentiment qui pousse naturellement à voter aux extrêmes ou pour n’importe qui, mais apparemment j’ai encore un peu de marge.

Il faut également noter une tendance de fond chez moi : je ne me dresse pas violemment contre un peu d’inconfort. Le libellé « jamais de la vie » du choix le plus négatif a sans doute renforcé cette tendance : je ne l’ai attribué qu’à des propositions qui me révulsent, comme la chorale obligatoire, le retour de la peine capitale, le déremboursement des IVG, l’opposition à l’adoption par les couples de même sexe et au regroupement familial, la préférence nationale, le démontage de l’Union européenne, la suppression du Conseil constitutionnel, et surtout l’état d’urgence cher à Cheminade qui, à lui seul, fait que je ne voterai jamais pour ce dangereux maniaque (et s’il n’y avait que ça…).

Il y a donc des mesures auxquelles je suis fermement opposé, comme l’utilisation obligatoire de la méthode syllabique pour l’apprentissage de la lecture¹, pour lesquelles j’ai coché « plutôt contre » parce que, même si je les considère comme particulièrement crétines et contre-productives, ce ne sont pas des répulsifs absolus.

Le deuxième truc intéressant, c’est l’équité des résultats : je suis écolo-socialiste, à quelques gros détails près. J’aurais une affinité de l’ordre de 32 % avec Joly et 29 % avec Hollande, ce qui est logique, mais aussi 24 % avec Bayrou, 17 % avec Mélenchon et 16 % avec Poutou. Ce n’est qu’ensuite que viennent les vrais décrochés.

Cette équité explique sans doute ma bonne volonté à l’heure de parler politique, au contraire de nombre de gens de mon environnement : je suis raisonnablement certain de ne jamais m’engueuler avec quelqu’un d’intelligent sur ce genre de sujets. Sans aller jusqu’à dire que je suis d’accord avec tout le monde, j’ai tendance à accepter les arguments même de certains néo-libéraux² (j’ai toujours du mal avec les nationalistes, par contre), quitte à exprimer un désaccord poli.

Elle explique surtout mon approbation historique de certains discours, notamment de Bayrou et Hulot, qui souhaitaient recruter un peu partout pour former leurs équipes sur la base de la bonne volonté plutôt que sur celle de la doctrine. Je ne crois pas qu’un camp ait tout bon et l’autre tout mauvais, et je crois que les dogmes sont nuisibles par essence (d’ailleurs, je fais un métier où le seul dogme est de remettre en cause toute affirmation péremptoire).

La troisième remarque que je me fais, c’est que l’affinité ainsi calculée ne prend pas en compte les critères éliminatoires. Par exemple, promulguer l’état d’urgence dans la situation actuelle du pays, alors que rien ne le justifie hormis dans les délires d’un taré, c’est niet : Cheminade pourrait être à 100 % d’accord avec moi sur le reste, il serait tout de même éliminé par cette proposition.

Du coup, le classement par votes « jamais de la vie » est peut-être plus parlant : 12 pour le Pen, 6 pour Cheminade, 3 pour Poutou et Dupont-Aignan, 1 pour Sarkozy.³

Ça correspond assez bien à mon classement interne. Le cas de Poutou est intéressant : je n’ai jamais envisagé de voter pour ce candidat, qui est pourtant l’héritier logique de celui pour lequel j’ai voté en 2002 et alors que j’aurais avec lui une affinité globale largement supérieure à celle d’Arthaud. Il y a trois énormités qui font office d’épouvantail dans ses propositions : la suppression du Conseil constitutionnel (garant ultime de la Constitution en France), la volonté de supprimer la Cour de justice et la Banque centrale de l’Union européenne (ce qui reviendrait à renoncer à la construction européenne) et surtout l’annulation unilatérale de la dette publique française (si l’État lui-même n’assume pas ses dettes, il n’y a pas besoin d’être un grand libéral pour comprendre que tout créancier s’en retirera définitivement et que la faillite suivra dans les mois qui suivent). Du coup, même si globalement je suis assez d’accord avec pas mal de choses qu’il propose, Poutou est irrémédiablement éliminé.

En fait, dans ma tête aussi, il y a deux tours : le premier est uniquement concentré sur les critères éliminatoires, le second départage ceux qui restent. En somme, je suis plus attaché au rejet d’une idée à la con qu’au soutien de vingt bonnes idées — quelque part, ça me conforte dans l’idée que j’ai tendance à faire passer l’éthique avant l’intérêt. Ça explique peut-être aussi ma réticence à voter « jamais de la vie » : si j’attribuais ce label plus facilement, je risquerais de n’avoir plus aucun candidat au second tour.

Au final, ce très long test n’apporte pas de réelle surprise, sinon de me découvrir une certaine tendance à positiver. Il permet tout de même d’avoir une vision d’ensemble des choses pour faire une sorte de bilan d’étape, toujours utile par les temps qui courent.

¹ Je ne suis pas opposé à la méthode syllabique en soi. Mais comme toute méthode d’enseignement, elle doit être utilisée à bon escient en l’adaptant au cas de chaque gosse. Certains enfants sont très « globaux », d’autres apprennent mieux son par son, d’autres enfin répondent bien à l’unité syllabique. Aucune de ces méthodes n’est intrinsèquement meilleure, et utiliser l’une obligatoirement revient à nier l’individualité de chaque enfant, ce qui est une connerie crasse. Au passage, c’est une qualité essentielle pour un enseignant que de savoir changer son fusil d’épaule pour s’adapter à l’élève auquel il parle.

² J’ai bien parlé de gens intelligents, donc j’exclus d’office ceux qui en sont restés à Say et Smith comme si ni Keynes ni la crise de 29 n’avaient démontré définitivement l’inanité de leurs théories. Oui, Devedjian, crétin fini, je parle encore de toi, qui osais encore prétendre il y a quelques années que la relance de la production créerait de la demande et qu’il fallait s’occuper de favoriser les entreprises plutôt que de répartir les richesses pour que les moins riches puissent consommer.

³ Sur 474 questions, il fallait bien que je fasse une connerie : non, je suis pas radicalement opposé à la « suppression des exonérations de cotisations sociales patronales », en fait je suis même plutôt franchement pour. Mais la question est libellée de telle façon que même maintenant, je dois la lire deux fois pour la comprendre : pourquoi donc ne pas avoir marqué « restauration des cotisations sociales patronales » ?

30 mars 2012

Réminiscence

herisson26 à 23:18 — Filed under: Prise de courgeCommentaires fermés

Ce dialogue me tourne en tête depuis quelque temps. Il conclut un quart d’heure de reproches ininterrompus.

— Et si ça te pose un problème d’être ici, faut peut-être penser à aller voir ailleurs.

— Non mais c’est pas ici, le problème. C’est avec la vie en général que c’est compliqué…

— Et ben alors, pourquoi pas se tailler les veines, hein ? Ou se pendre ?

Celui-là, je sais vraiment pas quoi en faire.

27 mars 2012

Sherlock

herisson26 à 23:08 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Steven Moffat et Mark Gatiss d’après Arthur Doyle, depuis 2010, ****

Sherlock. Égocentrique, vaniteux, pédant, méprisant, hautain, Sherlock est un connard arrogant que personne ne peut saquer. Surtout pas les flics, qui sont pourtant contraints de faire appel à lui : sa culture, son sens de l’observation et ses capacités de déduction en font un détective consultant hors pair. Heureusement, il y a le seul type qui le supporte vaguement, son colocataire, un toubib militaire récemment revenu d’Afghanistan, qui se permet occasionnellement de l’envoyer chier et fait souvent le tampon entre ce génial trou du cul et le reste du monde.

Adapter Sherlock Holmes au monde moderne, c’est un défi. Mais ça ouvre des perspectives. Par exemple, son smartphone lui permet d’emporter Wikipedia partout, ça peut toujours servir. Et il pique les cartes magnétiques de Mycroft pour entrer dans les sites protégés du gouvernement. Et Watson publie leurs aventures sur un blog, ce qui n’est pas sans intérêt pour expliquer la notoriété de Holmes.

Cette nouvelle série est intéressante, surtout à l’heure où le cinéma remet Holmes à l’honneur. J’avais apprécié le côté athlétique retrouvé de la version de Ritchie, mais regrettais la légèreté des intrigues, le côté « magique » des déductions holmésiennes et la surenchère d’action au détriment du scénario.

Les Anglais ont, logiquement sans doute, trouvé un bien meilleur compromis. Leur Sherlock est jeune, svelte, relativement athlétique, et peut-être encore plus imbuvable que dans les romans (justifiant au passage un rôle plus important de Watson). Mais c’est bien l’enquête qui est au cœur du récit, ainsi bien sûr que l’éternelle opposition entre Holmes et Moriarty, le psychopathe de service, aussi génial que dérangé, qui a décidé de fournir son expertise criminelle comme Holmes propose ses compétences investigatrices.

On retrouve aussi une trace d’humour à froid, très sec, très britannique peut-être, qui colle particulièrement bien à l’interprétation classieuse de Benedict Cumberbatch et porte autant sur le classique décalage entre Holmes et les cerveaux ordinaires qui l’entourent que sur les sous-entendus concernant l’orientation sexuelle des protagonistes. Sherlock n’est pas une série triste, même si elle ne peut être qualifiée de série comique : ici encore, l’équilibre trouvé est subtil mais très réussi.

Le petit problème de rythme qui émaillait certains épisodes de la première saison est oublié dans la seconde, qui devient une œuvre hautement réjouissante, prenante, subtile, britannique en diable, et à la fois très profondément différente des romans et particulièrement fidèle à leur esprit.

26 mars 2012

L’as des as

herisson26 à 20:43 — Filed under: Air du temps,Cinéma et télé,RépliquesPas de commentaire

Entendu au journal télévisé :

Je rappelle que deux de nos soldats qui étaient, comment dire, musulmans en tout cas d’apparence puisque l’un était catholique, mais d’apparence, comme l’on dit, la diversité visible…

Il y a plein de façons de réagir. Peut-être rappeler que moi, à ce moment-là, je suis chrétien d’apparence. Ou que ce qui était scandaleux dans la bouche des opposants à Obama devient la parole officielle d’un président de la République française. Ou encore, se draper dans un « sans commentaire » effectivement suffisant.

Pour ma part, je repense juste à ce dialogue célèbre, qui commence par une remarque du même acabit :

— Juif, vous avez l’air !

— Faut mettre l’adjectif à la fin, pas au début.

— Was ?

— On dit pas « juif vous avez l’air » mais « vous avez l’air juif ». Si je vous dis « con vous avez l’air », c’est pas français. C’est juste, mais c’est pas français.

Plaidoyer pour l’abstention

herisson26 à 20:28 — Filed under: Air du temps,Prise de courgePas de commentaire

Comme à chaque élection, la machine à faire voter est en marche. Français, voter est un devoir civique, ne pas voter est une injure à ceux qui se sont battus pour que vous ayez ce droit…

Je m’insurge.

Voter, c’est exprimer une préférence. Rien d’autre. Et si on n’a aucune préférence ?

Après tout, on a le droit de ne pas s’intéresser à la politique.

Ça concerne tout le monde ? Et alors ? Ça n’est pas pour autant intéressant pour tout le monde. Y’a plein de choses qui me concernent et qui ne m’intéressent pas.

Par exemple, les liaisons moléculaires qui font que mes atomes restent bien sagement collés les uns aux autres, ça me concerne au premier chef : sans elles, je tomberais en particules élémentaires. Pourtant, elles n’éveillent pas de curiosité particulière en moi, je me fiche un peu de leur nature et de comprendre leur fonctionnement. Je m’intéresse bien plus à la vie des gosses de mes potes, qui me concerne pourtant beaucoup moins.

Or, obliger les gens à voter, par la Loi ou par la culpabilisation, c’est leur refuser le droit de s’en foutre.

Je dis pour ma part que les gens que la politique n’intéresse pas ont le droit de ne pas se prendre la tête avec ça. Ils ont le droit de ne pas vouloir qu’on leur demande leur avis, de ne pas vouloir voter sans conviction, de ne pas vouloir choisir un bulletin au hasard. Ils ont le droit de dire « je suis incompétent en la matière, je me dessaisis du dossier et je le laisse aux gens compétents ». C’est même beaucoup plus sain que de bricoler des sujets que l’on ne maîtrise pas.

La dictature, c’est confisquer au peuple la maîtrise de son destin, je crois qu’on est à peu près tous d’accord là-dessus. C’est l’obligation de fermer sa gueule.

La démocratie, à l’inverse, c’est le droit pour le peuple de décider lui-même de son destin. Le droit de vote, c’est le droit d’exprimer son choix, le droit de parler.

Ça n’est pas, en aucun cas, l’obligation d’exprimer un choix si l’on n’en a pas envie. L’obligation de parler, c’est comme l’obligation de se taire : c’est une privation de liberté.

Accessoirement, obliger les gens à voter, c’est les inciter à voter au hasard. Comme si on me disait que si, il est important que je bricole moi-même les réglages de mes liaisons covalentes, mais si je n’y entrave que dalle, au risque de me transformer en tas de carbone, d’oxygène, d’hydrogène et d’autres choses en vrac.

Après tout, ça vous fait pas flipper d’imaginer que, faute de conviction clairement établie, c’est le hasard qui déciderait du destin de tout un peuple ?

25 mars 2012

Bellflower

herisson26 à 18:28 — Filed under: Cinéma et télé,ahurissantPas de commentaire

expérience de Evan Glodell, 2008–2011

Inracontable, inrésumable, incritiquable. Bellflower est un énorme bordel, le fils naturel d’Easy rider, de Thelma et Louise et de Max Max, une histoire d’amour, de haine et d’apocalypse, une descente aux enfers sous LSD, un cauchemar fantasmatique où réalité, rêve et gamineries se mêlent inextricablement.

Techniquement, le parti-pris d’un tournage crasseux, avec des poussières sur l’objectif et un rendu façon film périmé développé dans des produits tournés, surprend mais colle parfaitement au film, le montage est aussi bordélique que réussi, les acteurs sont portés par autre chose que leur salaire (le tournage a eu lieu en 2008 et rien que la préparation de la Skylark a dû bouffer une bonne part des 17 000 dollars de budget total), et ce film quasi-amateur accroche par le talent des gens qui l’ont fait.

Je saurais pas quelle note mettre à ce road-love-bad-trip hallucinatoire, mais une chose est sûre : ça fait son effet.

24 mars 2012

Hunger games

herisson26 à 21:49 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Gary Ross, 2012, ****

Il ne doit en rester qu’un. 24 adolescents sont lâchés dans une arène, où les attendent un peu de nourriture et un stock d’armes blanches et d’explosifs. Partout, des caméras : c’est un grand show télévisé, né d’une punition du pouvoir central contre douze « districts » qui s’étaient rebellés. Partout aussi, des pièges : il ne s’agit pas que de les faire s’entre-tuer, mais aussi de voir comment ils survivront dans une nature hostile.

C’est un peu à la mode, on l’a vu avec Ultimate game ou La course à la mort : les scénaristes hollywoodiens semblent s’interroger de plus en plus sur l’exigence de spectacle de notre société moderne et se demandent quand on recommencera à buter des gens pour divertir, tout en en profitant pour remettre au goût du jour les histoires de gladiateurs.

Hunger games, comme beaucoup de films de ce genre, repose en partie sur le « survivor » classique — la suite de dangers où de moins en moins de gens restent — et en partie sur l’ambition de sortir du scénario prévu : l’héroïne refuse son destin de simple pion du jeu et cherche une échappatoire pour baiser les organisateurs. Il n’aura donc pas le prix de l’originalité, même s’il se démarque par l’utilisation d’une héroïne pacifiste mais volontaire pour aller au front et par la jeunesse des protagonistes.

Il a pourtant certaines qualités, à commencer par un casting approprié (bon, le blondinet de service sert pas à grand-chose) allant de la sobriété de Jennifer Lawrence en discrète héroïne à l’extravagance de Stanley Tucci  en animateur télé décadent. Certains points de scénario sont assez bien vus aussi, notamment la petite hypocrisie de l’héroïne qui préfère « provoquer des accidents » que tuer directement ses adversaires et les multiples plans pour manipuler un spectacle télévisuel.

Il profite surtout d’un montage vif, soigné, sans excès musical, qui maintient le côté « fun » de l’ensemble.

Il y a aussi quelques trucs agaçants, beaucoup de bons sentiments, et j’ai vraiment bloqué sur le fait que les animateurs télé n’indiquent que les prénoms des combattants, sauf deux exceptions : les héros ont droit à leur nom de famille en plus.

Mais dans l’ensemble, ça se regarde avec plaisir et c’est très agréable.

Fusil Uzi

Entendu à l’instant sur France 3 :

…une mitraillette Sten, un fusil mitrailleur Uzi…

Bon, un Sten et un Uzi, c’est le même type d’armes : tous deux utilisent des munitions de pistolet (9 mm, .45 ou .22.), d’une énergie initiale de l’ordre de 650 joules. Ils permettent le tir automatique en rafales : on les appelle donc des pistolets mitrailleurs, alias « mitraillette » dans le langage courant (le suffixe –ette les désignant comme des sortes de mini-mitrailleuses, de même que la version anglaise « submachinegun »).

Un fusil mitrailleur, c’est, devinez quoi ? Une arme automatique utilisant une munition de fusil, typiquement du .30 (également connu comme 7.62 mm). Rien à voir donc avec un Uzi : un FM est beaucoup plus puissant (souvent plus de 2000 J), porte plus loin et a sensiblement plus de recul.

Les adieux à la reine

herisson26 à 16:08 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Benoît Jacquot, 2011, ***

Sidonie aime Marie-Antoinette, reine de France. Inconditionnellement, fanatiquement. Marie-Antoinette, elle, ne voit en Sidonie que sa lectrice attitrée ; elle aime viscéralement Madame de Polignac, courtisane habile dotée de plus de beauté que de scrupules.

Mais ces atermoiements sentimentaux sont interrompus par un événement inattendu : le peuple a pris le dépôt des Invalides et s’est emparé des armes qu’il contenait. Ainsi équipé, il a marché et pris la prison d’État de la Bastille. La nouvelle fait son chemin à Versailles, bouleversant les courtisans… et la reine, qui veut emporter ses pierres et s’enfermer dans une forteresse.

Il n’y a pas vraiment d’histoire à raconter dans Les adieux à la reine. C’est un film de personnalités — et en particulier, des trois femmes qui dominent le casting  —, d’ambiances, de relations humaines et d’angoisses. C’est une fin de règne, assez littéralement, d’où chacun tente de se sortir ; en trois jours, la plupart des courtisans désertent, certains militaires aussi, les domestiques quittent le service de leurs maîtres en emportant la bijouterie…

Passée une mise en place un peu brouillonne et mollassonne, le film commence en fait avec l’annonce de la prise de la Bastille, qui provoquera la révélation des angoisses et des dépendances de chacun. L’ambiance est servie par un montage un lent et désespéré et, surtout, une photo sublime, dont chaque plan est travaillé tant en termes de composition que d’éclairage. La construction des personnages joue aussi beaucoup, les réactions différentes de Mme de Polignac (arriviste usant de son pouvoir sur la reine), Maire-Antoinette (femme instable et éperdue, paniquée à l’idée de perdre la précédente) et Sidonie (oie blanche vivant par procuration, paniquée à l’idée de perdre la précédente) étant révélatrices du sauve-qui-peut en cours.

Il y a du bon et du moins bon à dire sur chaque actrice. Virginie Ledoyen est très bien en snob hautaine, mais a tendance à en faire un poil trop dans les dernières minutes ; Diane Kruger est parfaite sur le registre royal, mais peine un peu sur les crises de nerfs ; Léa Seydoux est confondante en fidèle amoureuse, mais ne semble pas très à l’aise dans les premières scènes. Dans l’ensemble, cela reste du pinaillage et on peut considérer que les acteurs font en général du très bon boulot.

Reste un reproche que je fais rarement : les deux scènes de nu, permettant de mettre en avant les physiques de Ledoyen et Seydoux, m’ont paru particulièrement gratuites et sans autre intérêt que d’attirer l’œil du spectateur. Ça n’a rien à voir avec les récentes expositions de Shame, qui ont beaucoup fait parler, mais qui avaient l’intérêt de participer au caractère des personnages.

Si l’on résume, c’est très bien réalisé, superbement filmé, fort en ambiance et très bien joué. Mais la superbe construction des personnages n’arrive pas tout à fait à compenser la légèreté du scénario.

20 mars 2012

*

herisson26 à 0:15 — Filed under: Photo,Prise de courgePas de commentaire

C’est assommant, parfois, le pouvoir que peut avoir une photo.

Tout à l’heure, une collègue me fait passer un lien. Celui-ci, plus précisément.

Naïvement, je clique dessus.

Je parie que vous aussi, d’ailleurs.

Je jette un œil. Les miniatures d’un album Flickr, intitulé « * », en noir et blanc très dense et contrasté. Okay.

Et puis, il se passe un truc étrange.

Je jette un deuxième coup d’œil. J’ouvre deux ou trois images, celle-ci et celle-ci notamment.

Et là, je bascule.

Dix secondes, grand maximum. C’est le temps qu’il me faut pour passer d’un état dominé par « concentration-boulot en cours » à un état étiqueté « arghnoumpf » — celui où l’esprit décroche, se bloque sur un truc, sur une pensée indéfinie, où plus rien ne semble fonctionner et où écrire un mot est un effort quasiment infini.

Fermer l’onglet en urgence, tenter de me reconcentrer sur mon truc-chose à photos sous-marines, mais ça marche pas. Ces images restent, imprègnent, engourdissent mon esprit, au point que je suis obligé d’y retourner, puis d’y retourner encore pour tenter de les exorciser. Finalement, ce n’est qu’à 18h45 que je boucle ce satané test, qui vu le rythme initial n’aurait pas dû m’occuper passé six heures.

Alors, qu’est-ce que c’est que ces photos ? D’où tirent-elles leur pouvoir ?

Il y a d’abord un phénomène d’accumulation. Ce n’est pas une photo, ce sont soixante-douze photos pour la première page. Et elles sont quasiment toutes sur le même modèle (quelques-unes sortent quand même du lot).

Il y a ces regards frontaux, presque tous tombants, durs et agressifs (et j’ai pas besoin d’agression ces temps-ci). Et ces déséquilibres, ces asymétries systématiques qui tranchent avec le côté direct des regards.

Et puis ces cadrages qui coupent régulièrement une partie du visage.

Et puis, bien sûr, ces noirs et blancs denses, sombres, glauques.

Ces visages, ce sont des fantômes, des morts-vivants, qui jugent et condamnent. Qui ne sortent de l’ombre que le temps de jeter leur souffrance, leur rancœur, leur haine.

Cette page, pour moi, ce sont soixante-douze personnes qui me veulent mort, qui souhaitent m’entraîner dans leur univers morbide, et qui ne diront rien, n’expliqueront rien, n’ont ni raison ni mobile, juste l’implacable volonté de me détruire.

Et les symboles… Des cicatrices, des cigarettes, des aiguilles… Jusqu’à la miniature ci-contre, dont l’ombre floue à droite prend la forme d’une corde de pendu.

La série porte sur des sans-abri. Le but de Jeffries est sans doute de mettre mal à l’aise le petit bourgeois planqué derrière son ordinateur pour lui faire prendre conscience de l’humanité de ses sujets ; mais c’est un échec.

Plutôt que de me mettre mal à l’aise, ces photos m’angoissent, me terrifient, m’agressent à un niveau extrêmement viscéral, au point de me rendre non-fonctionnel pour plusieurs dizaines de minutes — et j’ignore combien de cauchemars je vais faire cette nuit, où ces faces grimaçantes et haineuses risquent de me poursuivre jusqu’à l’aube.

Ces photos sont, pour moi en tout cas, extrêmement violentes, comme si j’étais coupable de tous les malheurs du monde et que ces êtres soient des anges infernaux venus me torturer.

Et quand je vois celle-ci, j’ai tout simplement l’impression d’être nez à nez avec la Mort, qui doit planquer sa faux quelque part et s’apprête à me sauter à la gorge.

Voilà, il est tard, je vais retourner me blottir dans mon lit et essayer d’oublier ces personnes venues déverser sur moi toute leur haine de l’humanité.

Je suis pas sûr d’y arriver.

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