28 février 2012

Liberté d’expression

herisson26 à 21:54 — Filed under: Air du temps,Coups de sangPas de commentaire

La liberté d’expression, c’est aussi la liberté de dire des conneries. Valérie Boyer nous l’a généreusement démontré aujourd’hui, dans une entrevue diffusée tout à l’heure au journal de France 3 :

Je souhaite que dans mon pays, les Français, d’origine arménienne ou pas, ceux qui sont attachés aux Droits de l’homme, puissent être protégés des actes de négationnisme. Ce texte, en aucun cas, n’entamait ou n’entachait la liberté d’expression.

En quoi est-ce une connerie, me direz-vous ?

Et bien, simplement parce que si l’on reparle de cette loi aujourd’hui, c’est en raison d’un avis du Conseil constitutionnel rendu ce jour :

En réprimant ainsi la contestation de l’existence et de la qualification juridique de crimes qu’il aurait lui-même reconnus et qualifiés comme tels, le législateur a porté une atteinte inconstitutionnelle à l’exercice de la liberté d’expression et de communication.

Vous voyez le truc ? Le Conseil constitutionnel est l’organe officiel destiné à expliquer ce qui est ou n’est pas conforme à la Constitution, donc notamment aux libertés qu’elle garantit. On peut avoir son avis sur une question constitutionnelle, mais quoi qu’il arrive, c’est précisément le Conseil constitutionnel et lui seul qui peut in fine déterminer ce qui viole ou non la liberté d’expression ; et il dit en l’occurrence que la loi remise en cause lui porte atteinte.

Mais Valérie Boyer, forte de cet avis, n’hésite pas à affirmer le contraire, parce que quand même, elle est experte en droit constitutionnel, largement plus que les gens qui siège au Conseil…

(Au passage, le Conseil n’a été saisi que de cette Loi, et ne s’est donc pas prononcé sur l’unique précédent, celle punissant la négation du génocide ciblant les Juifs pendant la Seconde guerre mondiale. Nul doute que le prochain jugement d’un pote de Faurisson commencera par une question prioritaire de constitutionnalité sur la question, qui cassera cette loi à son tour, rétablira l’égalité entre génocides réclamée par Boyer, et surtout remettra l’Histoire entre les mains des experts bien placés pour en parler : les historiens.)

27 février 2012

Fredo, tu devrais ouvrir un Dalloz un jour…¹

herisson26 à 23:53 — Filed under: Air du temps,Coups de sang,Prise de courgePas de commentaire

Entendu sur Europe 1, dans la bouche de Frédéric Mitterrand :

Il faut voir les atteintes à la liberté sur Internet, comment ça se passe aux États-Unis : on va chercher les types en Nouvelle-Zélande, on les met au bloc et on fait, on rafle les 80 millions de dollars qu’ils ont volés. Et nous, on menace la personne de leur prendre éventuellement 1500 € d’amende et de leur supprimer Internet pendant un mois, c’est vraiment des pleurnicheries à côté de ce qui se passe ailleurs, hein. Et pourtant, l’aspect pédagogique a joué : je pense que maintenant tout le monde a compris que pirater, c’est du vol.

Ouh putain, y’a du lourd, là.

Je me demande même si ça mérite pas un Busiris, tellement c’est de l’instrumentalisation du droit de la plus complète mauvaise foi.

Premier point : parler des États-Unis qui vont chercher des types en Nouvelle-Zélande est une allusion on ne peut plus claire à l’arrestation de la bande Mega, poursuivie outre-Atlantique pour « criminal copyright infringement », « money laundering » et « racketeering », le tout « on a massive scale ». En France, les qualifications correspondantes sont les délits de contrefaçon en bande organisée (cinq ans d’emprisonnement, 500 000 € d’amende) et de blanchiment en bande organisée (dix ans, 750 000 €) et le crime d’extorsion en bande organisée (vingt ans, 150 000 €).

Là, je pose juste une question : est-il cohérent de comparer ces poursuites criminelles avec celles gérées par l’Hadœpi, qui intervient dans le cas d’un particulier suspecté² même pas du délit de contrefaçon simple (trois ans, 300 000 €), mais de manquement à l’obligation de sécurisation de son accès à Internet (un mois de suspension d’accès à Internet, pas de poursuites pénales) ?

Monsieur Schmitz risquerait, en France, vingt ans de réclusion et 750 000 € d’amende (du fait du principe de confusion des peines, seule la plus lourde est encourue). Sans compter les éventuelles condamnation civiles : la mise en cause de la « bande Mega » parle d’atteinte aux droits d’auteur « dépassant largement les 500 millions de dollars et entraînant un revenu de plus de 175 millions de dollars » (page 2 de l’acte d’inculpation, et au passage, on se demande d’où vous sortez votre 80 millions).

En France, monsieur Mitterrand. Vous savez, ce pays où, selon vous, on ne fait que des pleurnicheries aux vilains pirates. Vous trouvez cela si profondément différent de l’inculpation américaine, où ils risquent 50 ans de réclusion (principe de séparation des peines oblige) ?

En mettant sur le même plan la solution judiciaire américaine pour une bande criminelle organisée et la solution administrative française pour un particulier, qui pis est pour des infractions qui n’ont rien à voir, vous ne commettez pas seulement une monstruosité juridique. Vous faites preuve de la dernière mauvaise foi, dans le seul et unique but de vous placer du côté des gentils à un moment où les critiques pleuvent.

Et puis bon, il y a toujours ce superbe « pirater, c’est du vol », dont je ne me lasse décidément pas. Tous les juristes sont d’accord pour dire que contrefaçon et vol n’ont rien à voir — la contrefaçon entraîne un manque à gagner et une atteinte à un droit moral, alors que le vol supprime l’usage de l’objet volé —, mais cela ne vous empêche pas de resservir cette antienne démontée depuis des lustres.

Et au passage, Jean Dujardin, Michel Hazanavicius, Mark Bridges, Ludovic Bource et Thomas Langmann apprécieront l’élégance de votre sous-entendu, selon lequel leur film n’aurait peut-être pas eu autant d’Oscars si vous n’aviez pas vous-même séduit l’Académie en portant la Hadœpi au sommet de la lutte pour le droit d’auteur…

¹ Ce titre est délibérément familier, visant à créer l’impression d’une connivence parodique allégeant quelque peu le propos. Et après tout, si tout le monde appelait l’oncle « Tonton », pourquoi ne pas appeler le neveu « Fredo » ?

² Notez qu’en ce qui me concerne, je considère que seule l’autorité judiciaire peut se prononcer sur la culpabilité. Donc, les personnes punies par la Hadœpi sont suspectes, mais présumées innocentes.

26 février 2012

Chauffeur automatique

herisson26 à 23:33 — Filed under: Air du temps,La minute geek,Prise de courge4 commentaires

La semaine dernière, le Nevada a homologué certains véhicules automatiques, autorisant par là même les expérimentations grandeur nature dans la vraie circulation — après de nombreuses années de tests sans circulation, puis entre voitures automatiques, puis mélangeant voitures automatiques et conducteurs participant à l’expérience.

Je suis un peu surpris, je l’avoue, des réactions des commentateurs. Il y a en effet une proportion non négligeable de gens qui craignent les plantages, annoncent déjà l’impossibilité pour une machine de réagir intelligemment à une situation imprévue, ou demandent narquoisement si l’ordinateur saura remplir un constat.

Un petit rappel s’impose.

Nous prenons quasiment tous, régulièrement, des véhicules automatiques.

Il y a bien sûr les métros et navettes ferroviaires autonomes, qui évoluent dans un univers contrôlé : ils ont leurs propres voies, leur propre système de guidage (souvent mutualisé) et n’ont théoriquement pas à gérer d’autre circulation que la leur.

Il y a, surtout, les avions de ligne.

Le rôle d’un pilote de ligne, aujourd’hui, est essentiellement d’enregistrer le plan de vol dans l’ordinateur de bord, de conduire l’appareil en bout de piste, de mettre les gaz sur TO/GA, de tirer le manche après VR, puis d’activer le pilote automatique et la poussée automatique en affichant la vitesse de croisière sur le tableau de bord.

On fait ainsi voler ensemble des avions aux performances extrêmement variées, dont certains sont en pilotage automatique (avec un pilote en fonction qui surveille ce qui se passe) et d’autres en pilotage manuel. Certes, il y a une régulation extérieure, mais il y a aussi collaboration entre les véhicules : deux avions en trajectoire de collision peuvent discuter entre eux pour décider que l’un monte et l’autre descende. Ces systèmes, notamment le TCAS II obligatoire sur les avions de transport en Europe (passés 19 sièges ou 5,7 tonnes au décollage), fonctionnent plutôt bien, au point que s’ils disent de monter au moment où un contrôleur aérien dit de descendre, c’est l’ordinateur qui gagne.

Et si l’on regarde l’histoire des accidents et incidents aériens ces dernières années, on se rend compte que les accidents causés par un ordinateur sont rarissimes. Je crois même que pour en trouver, il faut prendre en compte les cas où la principale faute de l’ordinateur est d’avoir sans attendre rendu la main aux humains ou de leur avoir donné des informations confuses, comme dans ce célèbre cas d’un pilote qui dit « j’ai les commandes », puis fait décrocher l’avion et le maintient ainsi jusqu’au crash en tentant de faire taire les alarmes. Au passage, je viens de réaliser que si l’ordinateur avait été programmé pour ne pas compter sur les humains et essayer de trouver une solution (ne serait-ce que voler droit sur la base des données GPS jusqu’à avoir une mesure de vitesse cohérente), cet avion serait peut-être arrivé entier…

En revanche, les accidents causés par un ou plusieurs bipèdes, on en trouve à la pelle, à commencer par le Tupolev qui s’est planté dans un Boeing parce que son pilote a écouté le contrôleur plutôt que le TCAS.

Revenons aux voitures. J’ai vu plusieurs fois un argument-choc : avec les assistances à la conduite — contrôle de vitesse, contrôle de stabilité, ABS, etc. —, les conducteurs seraient déresponsabilisés et les accidents augmenteraient. Il est clair, au passage, que l’argument joue contre les aides à la conduite, et qu’il y a bien une poignée de types qui se sont endormis sur l’autoroute et dont on peut se demander s’ils l’auraient fait s’ils avaient été occupés à garder leurs 130 km/h, au lieu de faire confiance à leur voiture pour maintenir son allure et même freiner en cas d’obstacle. Et il est aussi clair que ces aides à la conduite ont évité plus encore d’accidents, en ne laissant pas partir en toupie une voiture dont le chauffeur venait de donner un coup de volant ou de frein largement déraisonnable…

De là à prétendre que donner le contrôle à un ordinateur augmente encore la distraction des conducteurs, et donc les accidents, je suis désolé, mais c’est de la couille en barres, comme on dit par chez moi.

Soyons clair : à un conducteur en viande déjà distrait et somnolant, on ajoute un conducteur en silicium qui, lui, restera concentré, et sous prétexte que celui-ci serait moins intelligent et moins bien programmé (ce qui reste à prouver, soit dit en passant), on craint pour la sécurité de l’ensemble.

Je suis peut-être étrange, mais je préfère un conducteur un peu con et réveillé à un conducteur qui pionce intelligemment.

Quant à la supposée incapacité de l’ordinateur à faire face à l’imprévu, comment dire… Il n’y a pas dix mille imprévus sur la route. Vous pouvez avoir affaire à une modification de la route — changement d’adhérence, effondrement de terrain par exemple —, à un obstacle fixe ou à un obstacle mobile.

Le changement d’adhérence n’est pas un obstacle, et ne pose de problème que dans la mesure où on arriverait sur une surface moins adhérente à une vitesse trop élevée et alors qu’une manœuvre est nécessaire. Un ordinateur peut détecter l’humidité, le verglas ou l’huile plus précisément que l’humain, donc franchement, si ce changement est dangereux pour l’ordinateur, je n’imagine pas qu’il soit moins dangereux pour l’humain.

L’effondrement de terrain, l’ordinateur le détecte comme l’humain, et n’a rien d’autre à faire que lui : piler.

L’obstacle fixe se gère comme l’effondrement de terrain, et l’obstacle mobile est pareil sauf qu’il faut anticiper ses trajectoires possibles. En outre, il suffit d’ajouter une zone de sécurité autour de l’obstacle pour s’assurer de pas s’y planter. C’est ce que font les TCAS : ils ne prennent pas en compte seulement la position des autres avions, mais aussi leurs trajectoires, avec une grosse bulle considérée comme impénétrable autour. Et au passage, si on programme un ordinateur pour garder une bulle d’un mètre cinquante autour d’un cycliste, il restera derrière le vélo jusqu’à pouvoir le dépasser avec cette marge : il ne va pas doubler comme une gros con en le frôlant, quitte à le déséquilibrer au passage.

Reste un cas : le choix entre plusieurs obstacles inévitables. L’exemple régulièrement cité est un véhicule imprévu à un carrefour, alors que des piétons traversent. Il est généralement admis que pour limiter la casse, il vaut mieux taper l’autre véhicule que les humains.

Bien.

Mettons-nous une seconde en situation. Vous arrivez à un carrefour. Un camion grille le feu au moment où vous essayez de passer. Vous avez le choix : percuter le poids lourd ou faire un écart et transformer un lot de piétons en lasagnes à la Bolognaise.

Vous faites quoi ?

Si vous êtes un humain normal, vous ne choisissez pas la solution qui épargne le groupe, mais celle qui vous épargne, vous. Camion bat piétons, vous foncez sur les piétons. Et en fait, vous ne choisissez même pas : votre peur, votre instinct de conservation, choisissent pour vous.

À l’inverse, il est facile de programmer l’ordinateur avec différents niveaux de priorité. De lui dire que piétons bat camion. Voire d’anticiper les dégâts annexes possibles : estimer, selon l’angle et la force d’impact, les trajectoires finales des véhicules — par exemple, si le camion lui-même risque de finir sur les piétons — et choisir la solution qui réduit la casse au minimum.

Ça n’est certes pas rassurant pour les passagers d’un véhicule, mais en confiant le pilotage à une machine, il est possible de prendre la meilleure décision, même si elle implique un sacrifice qu’aucun conducteur n’envisagerait jamais de lui-même (les aspirants martyrs mis à part). C’est de loin préférable à un conducteur humain.

Est-il envisageable qu’il traîne des bugs ? Oui, bien sûr. Mais pour l’heure, il n’est pas question de supprimer l’élément humain : les véhicules autonomes autorisés à circuler normalement doivent avoir un conducteur de chair et d’os, à même de reprendre le contrôle en cas de problème.

Bref, on est dans la situation des avions. En cas de pépin, une alerte signale au chauffeur qu’il a le contrôle et que c’est désormais à lui de se démerder. Et il n’y a pas de raison d’imaginer que si le pilote automatique améliore la sécurité des avions, il dégrade celle des voitures.

Et franchement, je suis convaincu que les ordinateurs feront moins de fautes que les humains, et que les accidents évités parce que le robot aura effectivement réduit sa vitesse en arrivant dans un brouillard à couper au couteau seront plus nombreux que ceux causés par un plantage du programme.

Weeds

herisson26 à 19:16 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Jenji Kohan, depuis 2005, ***

George Bush l’a dit : notre mode de vie n’est pas négociable. Bon, il voulait dire que l’écologie ne passerait pas si elle impliquait une diminution quelconque de confort, mais c’est aussi une vérité générale, pas seulement aux États-Unis. Et c’est pour ça que Nancy Botwin, habituée à son confortable et peu fatigant habitat d’une banlieue bourgeoise californienne, préfère devenir dealeuse d’herbe plutôt que de vivre plus modestement au décès de son mari.

Pourtant, son mode de vie sera modifié. Entre son fils aîné qui commence à courir les filles et veut quitter l’école pour faire pousser du cannabis, son cadet solitaire et renfermé qui fait peur à ses camarades, son comptable plus doué pour fumer le stock que pour blanchir l’argent, son amie qui lance une grande campagne anti-drogues, ses concurrents mexicains qui veulent l’éliminer ou la sauter et les agents des stups qui veulent l’enfermer ou l’épouser, sa vie va devenir très compliquée.

Disons-le clairement : Weeds est une comédie légère, quoique souvent grinçante, qui ne se soucie guère de réalisme. La capacité de Nancy à se sortir de n’importe quelle situation en couchant avec celui ou celle qui a le plus gros flingue du moment paraît un peu caricaturale, de même que l’incroyable immaturité de son comptable et de son avocat ou les multiples péripéties annexes — qui impliquent des acteurs pornographiques, des révolutionnaires mexicains, des incendiaires, un homme politique corrompu, une délinquante déjantée poursuivie par un chasseur de primes depuis l’Alaska, une fuite en camping-car, des trafiquants d’armes russes, des cyclistes danois ou des étudiants BCBG new-yorkais.

Par ailleurs, les premières saisons sont marquées par une critique sociale assez acerbe du mode de vie américain, des banlieues riches où tout le monde est beau, sportif, aisé et intelligent, de la pression poussant à éliminer tout ce qui dépasse — orientation sexuelle, dépendance, instabilité caractérielle… Le choix de la chanson du générique, Little boxes de Malvina Reynolds, ne fait qu’annoncer cette critique du conformisme des banlieues chic, que l’on retrouve à travers des personnages tous propres et prospères en façade, mais également tous malsains et déséquilibrés à l’intérieur.

Cet aspect disparaît cependant ensuite, la série se concentrant sur les péripéties à rebondissements vécues par la famille Botwin, en poussant toujours un peu plus loin l’absurde à force de finir chaque épisode sur un « cliffhanger ». Si certains de ces retournements sont absolument magnifiques (« …a croquet mallet ? I couldn’t find a golf club. »), d’autres sont artificiels et exagérés et nuisent finalement à l’intérêt de l’ensemble.

Weeds est donc une série qui prend, qui tient un certain temps, qui fait rire tout au long des sept saisons, mais qui, finalement, rentre dans le rang de la comédie classique et dont les derniers épisodes, s’ils contiennent toujours quelques perles, ne laissent pas de trace durable.

Réalité des Ovni

herisson26 à 12:02 — Filed under: Air du temps,Confrères et cons frèresPas de commentaire

Lu dans Le Monde :

Les cas qui ne s’expliquent pas du tout sont-ils pour autant la preuve d’une existence extraterrestre ? Certains osent franchir le pas, comme Jean-Jacques Velasco, lui-même ex-directeur du Geipan. Selon lui, certains témoignages sont indiscutables car venant par exemple de pilotes professionnels, aguerris au ciel et « en dehors d’un contexte social qui peut les influencer ». Il évoque également des objets repérés par des radars. Aussi, l’hypothèse scientifique la plus probable est celle de la réalité des ovnis.

Mon éminent confrère fait ici un raccourci courant ; mais qu’une erreur soit fréquente ne la rend pas moins stupide et agaçante.

La « réalité des ovnis », selon lui, répondrait à la question d’une « existence extra-terrestre ».

Ovni. Objet volant non identifié.

Notons que d’abord, le terme général est Pan, phénomène aérospatial non-identifié. Beaucoup d’ »ovnis » ne sont pas des objets, mais des phénomènes autres — reflets, gaz… J’espère que personne ne nie l’existence des Pan : tant qu’on n’a pas l’explication, tout ce qui se passe dans le ciel est un Pan. Les aurores polaires en furent jusqu’à ce qu’on comprenne l’interaction entre vents solaires et ionosphère, il doit bien rester deux-trois trucs du genre.

Que certains Pan soient des objets, donc des Ovnis, n’est pas vraiment plus discutable. Quand on a un relevé radar cohérent avec les observations, qu’on a donc corrélation entre une observation dans les fréquences visibles et un écho métallique dans le centimétrique, on peut être raisonnablement certain d’avoir eu affaire à un objet.

Donc, la réalité des Ovnis n’est pas une « hypothèse scientifique la plus probable » : c’est une réalité jusqu’à preuve du contraire. La remettre en cause revient à envisager des phénomènes de réflexion d’ondes électro-magnétiques inconnus à l’heure actuelle. Tant qu’à faire, on peut aussi partir du principe qu’il n’y a pas de miroir dans ma salle de bains et que mon image est reflétée par un phénomène immatériel inconnu.

En revanche, rien, quel que soit le sérieux des observations, ne permet de conclure sur l’existence extra-terrestre. Et d’ailleurs, si mon confrère s’était un peu renseigné, il aurait constaté que jamais Velasco n’a affirmé que l’origine extra-terrestre des Ovnis était prouvée. Il a dit que c’était une hypothèse plausible qu’il n’était pas raisonnable d’écarter, au vu de comportements aériens difficilement compatibles avec nos technologies actuelles.

En gros, d’après ce que j’ai pu lire de lui, il dit : soit c’est extra-terrestre, soit le secret a été extraordinairement bien gardé sur quelques avancées technologiques majeures. Et comme les sociétés humaines ont énormément de mal à garder un secret, l’hypothèse extra-terrestre est parfaitement plausible.

Écrire que Velasco « ose franchir le pas » de « la preuve d’une existence extra-terrestre », c’est pour le moins malhonnête. Les détracteurs de Velasco le résument souvent à cela, mais c’est justement parce qu’ils adoreraient qu’il ait été suffisamment stupide pour émettre une vérité aussi facilement démontable.

Ou alors, mon confrère confond « preuve » et « hypothèse ». Je sais pas si ça serait plus rassurant.

25 février 2012

Chronicle

herisson26 à 13:37 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Josh Trank, 2012, ****

Que feriez-vous si vous aviez brusquement des super pouvoirs ? Le thème a été rebattu, traité dans tous les sens, du BCBG sauce Spider-man aux cas sociaux de Misfits en passant par le « thanksss, amigo » du boa que Harry lâche sur Dudley.

Grosso modo, le schéma récurrent est le même : le héros découvre ses pouvoirs, apprend à s’en servir en s’amusant plus ou moins, puis découvre que with great power come great responsabilities et s’en sert pour faire le bien en s’amusant plus ou moins.

Vu sous cet angle, Chronicle n’a rien d’original.

Techniquement, il reprend par ailleurs une recette qui n’est pas loin de l’éculé : le montage de vidéos tournées par les protagonistes. La recette est utile pour les films « survivor », où elle est justifiée par l’idée que personne ne s’en tire et surtout pas toute une équipe de production, et passe bien avec une unité de lieu et d’action ; en revanche, ici, il n’y a pas d’unité… Du coup, ce n’est pas le choix le plus cohérent, puisque ça oblige à faire venir un vidéaste amateur dans chaque scène qu’on veut montrer, quitte à se fader quelques scènes absurdes au passage — non mais sérieux, mec, tu peux voler, pourquoi tu veux emprunter la New Beetle de ta copine au caméscope ? Oo’

Ceci dit, pour les geeks dans mon genre, c’est une nouveauté originale : jusqu’ici, tous les films de ce genre se caractérisaient par un filmage tremblotant et une image granuleuse, mal définie et sans gestion aucune de la profondeur de champ. Ici, placement produit Sony oblige, ça doit montrer à quel point un VG10, c’est de la balle : donc, l’image est stable et propre, tout en restant « amateur », un équilibre précaire qui fait pas très cinéma, mais marche pas trop mal. En revanche, ça rend pas vraiment justice à l’Alexa utilisée en réalité…

Malgré cette ouverture peu engageante, je considère Chronicle comme une certaine réussite. D’abord, parce que les personnages sont assez bien construits : clichés ambulants à première vue (jusqu’aux noms, d’ailleurs : je ne compte plus les films où le grand frère de service s’appelle Matt et je crois que tous les Andrew doivent être mal dans leur peau), leur mutation révèle un second niveau directement lié à leur personnalité initiale. Andrew, personnage principal, est logiquement le plus creusé, et le fait qu’il choisisse le côté obscur de la force est à la fois extrêmement cohérent et suffisant pour donner un peu d’originalité au film.

Ensuite, pour les petits détails bien vus, notamment toutes les petites blagues innocentes et plus ou moins adroites que les gosses font lorsqu’ils découvrent la télékinésie. La petite surprise finale est également amusante, enfin, à sa manière.

Enfin, pour la découverte du vol et les scènes aériennes qui s’ensuivent, traitées de manière absolument sublime et qui feront saliver le plus blasé des terriens.

Dans l’ensemble, on ne peut donc pas dire que Chronicle soit un grand film : il aurait pu être plus profond, et mieux filmé si le parti pris de la vidéo n’avait pas été imposé sans réelle justification. Mais le scénario est réussi, les personnages aussi, c’est assez amusant et très distrayant.

19 février 2012

S’efforcer de choisir les bons mots

herisson26 à 14:56 — Filed under: Air du temps,InsoliteUn commentaire

La citation que j’avais ratée du dernier candidat à l’élection présidentielle :

J’ai commis des erreurs, mais je me suis toujours efforcé d’être juste, d’être sincère et de donner tout ce que je pouvais.

Petit rappel : « s’efforcer » signifie «  mettre en œuvre toutes les capacités, tous les moyens dont on dispose pour atteindre un but précis, pour vaincre une résistance ou surmonter une difficulté », selon le Trésor. Sarkozy avoue donc avoir des difficultés à être juste, sincère et appliqué…

Mais c’est plus puissant si l’on prend la définition du Larousse, plus proche d’ailleurs de l’acception courante en France : « tendre toutes ses forces, tenter de faire quelque chose en employant tous les moyens dont on dispose, en faisant des efforts ; tâcher, essayer, tenter ».

Ici, le simple fait d’utiliser ce verbe est un aveu d’échec : « je me suis efforcé » veut dire « j’ai essayé de toutes mes forces » et sous-entend « sans succès ».

S’il avait employé « essayé », il aurait pu prétendre qu’il allait faire mieux et réussir la prochaine fois ; mais avec « efforcer », il est clairement dit qu’il a déjà fait le maximum et qu’il ne faut espérer aucune amélioration. Pour un début de campagne, ça sonne tout de suite comme un bon augure…

Le truc hilarant, c’est qu’un des premiers conseils qu’on m’a donnés lorsque je cherchais un boulot était de ne jamais, au grand jamais, utiliser ce verbe, justement à cause de ce sous-entendu d’échec récurrent et inéluctable. Notre cher futur ex-président aurait dû chercher un emploi au moins une fois dans sa vie, les conseillers ANPE (maintenant Pôle emploi) ont parfois des informations utiles.

16 février 2012

La taupe

herisson26 à 20:52 — Filed under: Cinéma et télé,terriblePas de commentaire

somnifère de Tomas Alfredson, 2011

Bien joué, mais mou, inintéressant et sans surprise.

La longueur de cette critique est inversement proportionnel à celle du film.

Une bouteille à la mer

herisson26 à 20:42 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Thierry Binisti, 2010, ***

Il y a de bonnes choses : les acteurs d’abord, certaines finesses du scénario ensuite — pas trop donneur de leçons, et évitant l’écueil de personnages trop parfaits : chacun a ses forces, sa capacité à se tourner vers l’autre et à s’ouvrir, mais aussi des crises de caractère, l’un comme l’autre ayant son petit ego de Palestinien ou de Franco-Israélienne. Il y a aussi la volonté de ne pas se contenter d’un point de vue, mais au contraire de mettre en perspective les regards d’une déracinée, de ses parents revenants sur la Terre promise, de Palestiniens à différents niveaux de religion et de tolérance, ou encore le choix de pas se centrer sur la guerre mais plutôt sur la vie des gens pendant la guerre.

Il y a cependant pas mal de faiblesses, notamment une naïveté générale assez troublante : on parle de guerre, mais tout le monde est gentil et de bonne volonté, on ne meurt pas ou si rarement et sans éclats, bref, c’est calibré pour passer auprès des plus jeunes — ce qui n’est pas si étonnant, le roman initial leur étant destiné.

Globalement, c’est donc sympathique, mais un peu gentil pour un tel sujet.

12 février 2012

Detachment

herisson26 à 18:32 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Tony Kaye, 2011, ****

Comment supporter des élèves qui vous méprisent et vous crachent à la gueule ? Des parents hystériques parce que vous avez osé recadrer leur progéniture ? Des collègues las ou cyniques ? Une administration qui vous met la pression parce que vos cancres n’ont pas de bons résultats ? Un monde où des gamines de quinze ans font le trottoir ?

Le détachement, c’est la clef, pour M. Barthes, prof remplaçant qui n’accomplit que des missions de quelques semaines — assez pour enseigner, pas assez pour s’attacher. Et qui le dit d’entrée à l’élève qui tentait de marquer son territoire : « ce cartable ne ressent rien, tu peux le jeter comme tu veux sans lui faire mal ; moi, c’est pareil, rien de ce que tu feras ne pourra m’atteindre ».

Anti-héros, observateur passif, prof détaché et morne, cette position est-elle tenable ? Un jour ou l’autre, on finit toujours par être touché par quelque chose…

Il est difficile de parler de Detachment, le film étant une galerie de portraits, une suite de scènes ordinaires ou non, qui illustre finalement la dépression systémique de la société à travers le mal-être généralisé de profs, de parents et d’élèves. La référence à L’étranger n’est pas seulement explicite ; on retrouve l’ambiance morne, posée et vaguement désespérée du roman de Camus, avec tout de même une version plus positive des choses — le sursaut d’humanité ne consiste pas, ici, à buter quelqu’un au hasard sur une plage.

Mais le plus réussi du film n’est pas Barthes, qui n’est au fond qu’un témoin désabusé avançant par inertie ; ce sont les autres, les vivants, qui essaient de le faire réagir ou plus égoïstement de mener leur propre barque. On ne trouvera pas ici de solution, juste des humains ordinaires qui, parfois, réagissent humainement. Pas de mode d’emploi non plus. Pas de tape-à-l’œil comme le même Kaye a pu le faire dans American history X, mais la même volonté de ne pas donner de réponse claire à son spectateur : « tu te demandes si mon héros est sympa ou pas, si la petite pute est égoïste ou touchante, si la directrice est guindée ou éthique, si l’infirmière est hystérique ou engagée ? Ne compte surtout pas sur moi pour te le dire… »

Le résultat est touchant, troublant aussi au moins pour qui s’est trouvé des deux côtés du fossé enseignant-élève (et l’ouverture, sur pourquoi tel et tel sont devenus profs, fait remonter pas mal de choses chez moi qui ne le suis point devenu), et fait poser plein de questions auxquelles chacun devra trouver ses propres réponses. C’est donc très bon pour le cerveau, même si quelques clichés ambulants (Meredith, bon Dieu, fallait-il qu’elle les accumule tous ?) viennent fragiliser le propos.

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