28 novembre 2011

Enclavé

herisson26 à 21:33 — Filed under: Confrères et cons frèresUn commentaire

Entendu à l’instant dans la bouche de mon confrère David Pujadas :

Le Bouthan […] est enclavé entre l’Inde et la Chine.

Enclavé. Ah. Curieux, je croyais qu’une enclave, c’était un territoire placé à l’intérieur d’un autre territoire, comme l’enclave des papes par exemple (morceau de Vaucluse entouré de Drôme aux quatre points cardinaux, même si au Sud, y’a à peine un kilomètre de Drôme).

Je croyais qu’un petit territoire placé entre deux autres territoires, il serait plutôt encastré, par exemple.

27 novembre 2011

In time

herisson26 à 17:23 — Filed under: Cinéma et télé,terriblePas de commentaire

d’Andrew Niccol, 2011, *

Vous connaissez la question traditionnelle : « que feriez-vous s’il ne vous restait qu’une journée à vivre ? »

Et bien, c’est l’idée du film. Les pauvres ont une journée, une heure, moins même, et doivent gagner du temps par le travail ou le vol. Les riches ont des siècles devant eux, le vieillissement étant arrêté pour tout le monde à 25 ans.

La suite est hautement prévisible : c’est un pauvre qui devient riche et décide de renverser le système.

L’idée elle-même n’est pas forcément mauvaise (même si bon, le coup du « je te vengerai Maman », il est un peu grillé depuis l’ouverture de Kick-Ass), mais il faudrait que la réalisation suive : rythme inégal, photo parfois superbe, parfois franchement ratée, et acteurs aléatoires plombent un peu le film. Et que dire du bruiteur, qui n’a jamais réussi à décider si les voitures étaient électriques ou thermiques, pour ne relever que la plus grosse des absurdités auditives qui parsèment la bande-son ?

Oh, et que dire des incohérences chronologiques, dans un film dont le concept est précisément basé sur le temps ? Les héros ont vingt-cinq secondes à vivre, le héros court pendant vingt secondes, arrive à la borne à trois secondes, met dix secondes à recharger, dix secondes à retrouver l’héroïne, et elle est encore vivante ? Non mais c’est quoi cette scène de merde ?

Bref, y’a de l’idée, y’a même de bonnes choses, mais globalement, s’il ne me restait qu’une journée à vivre, je n’irais pas voir In time¹.

¹ Alors, accrochez-vous : le titre français officiel du film est… Time out. Vous comprendrez que j’aie exceptionnellement gardé le titre anglais. Oo

Tous au Larzac

herisson26 à 17:06 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Christian Rouaud, 2011, ****

Dix ans. Pendant dix ans, 103 péquenots habitant un plateau rocailleux paumé dans le massif central s’accrochent à une idée idiote : ils veulent exploiter leurs terres, continuer à faire pousser des légumes et des brebis et rester paysans, au lieu de vendre leurs cailloux à l’État pour agrandir le camp militaire.

Coup de bol : c’est le bon moment. Leur lutte devient le symbole des luttes de la jeunesse : retour à la terre, anti-militarisme et liberté de faire ce qu’on veut. Ces bons pagus cathos bien-pensants de droite voient débarquer quelques milliers de chevelus hirsutes gaucho-anarchisants qui, curieusement, ont l’air décidé à les aider non seulement à conserver leurs terres, mais même à remettre en culture les fermes abandonnées.

Quarante ans plus tard, de ceux qui ont à l’époque lutté contre le plateau, certains sont morts ; mais les autres ont été interrogés et invités à se remémorer les événements.

C’est un peu un grand bordel, à l’image de ce que fut la lutte elle-même — car on ne mélange pas facilement des jeunes citadins rêvant de retour à la terre et de vieux paysans convaincus que ceux-ci ne sont que des branleurs fainéants. Aujourd’hui encore, d’ailleurs, les survivants ont une façon différente de voir et de raconter les choses, selon qu’ils étaient « paysans pur porc » (selon l’expression de Léon Maillé) ou immigrés protestataires.

Le réalisateur a pris le parti d’une narration chronologique, alternant images d’époque et interventions plus récentes, ce qui est sans doute la seule façon de donner un aperçu de ce qu’il s’est passé. Le résultat est un patchwork parfois philosophique, parfois déstabilisant, et alternant rires et larmes : on peut passer en quelques minutes de « les flics essayaient de contenir les brebis avec des barrières, mais à un moment il y en a une qui s’énervait un peu, elle sautait, elle couchait la barrière et zou, le troupeau s’égaillait sur le Champ-de-Mars¹ » à « ils auraient attaqué la bergerie, on aurait compris, on savait qu’elle était illégale… Mais plastiquer une maison, la maison où il y avait la plus grande famille avec le plus d’enfants… ».

Mais c’est aussi une histoire intéressante, qui ne peut que faire réfléchir quand, quatre décennies plus tard, la jeunesse ne semble plus avoir de grande lutte, de grand espoir, de grande inquiétude, mais juste la morne conviction de ne rien pouvoir faire contre des enchaînements de crises macro-économiques qui minent la société.

Et puis bon, on n’a pas tous les jours l’occasion de comprendre d’où vient la moustache de José Bové.

¹ Notons au passage que la deuxième occupation du Champ-de-Mars, dont est extraite cette citation approximative, a commencé il y a trente-et-un ans, jour pour jour.

26 novembre 2011

Sleeping beauty

herisson26 à 0:19 — Filed under: Cinéma et téléPas de commentaire

de Julia Leigh, 2011, in-notable

Pas facile de parler de ça… En fait, tout le film joue sur le fantasme humain d’avoir quelqu’un totalement à sa disposition (même si « we have one rule : no penetration »), en le rendant explicite de nuit (le concept mis en avant dans les résumés : la fille qui prend des somnifères pour mettre son corps à disposition des clients) et en le reprenant comme une ombre de jour (avec en particulier une scène de somnifères plus classique, mais curieusement beaucoup plus dérangeante).

Ce n’est, au passage, pas le truc le moins intéressant que de regarder les réactions des autres spectateurs, beaucoup manifestant simultanément ou alternativement, dans la même scène, excitation et dégoût, gêne et fascination, honte et mépris… Notons au passage qu’il y avait autant de femmes que d’hommes dans la salle, et qu’elles manifestaient le même mélange de sentiments contradictoires : pour un sexologue ou un psychiatre, une séance de Sleeping beauty passée à regarder les spectateurs doit valoir vingt bouquins de cours.

Au global, le mot qui me paraît résumer mon sentiment, c’est « bizarre ». Et j’ai du mal à en trouver un autre.

24 novembre 2011

Le dialogue du jour

herisson26 à 0:56 — Filed under: Confrères et cons frères,InsoliteUn commentaire

En parlant de la vie en ville ou à la cambrousse :

Elle, se tournant vers moi : Ah, demandons au rural.

Lui, hilare : Franck, rural ?

Moi : Ben quoi ?

Lui : Ben, je sais pas, t’es plutôt urbain, hein.

J’avoue, on me l’avait jamais faite, celle-là. Oo

20 novembre 2011

Twilight — révélation (première partie)

herisson26 à 19:15 — Filed under: Cinéma et télé,moyenPas de commentaire

de Bill Condon, 2011, **

Le premier opus était élégant et original. Le second, mou et pathétique. Le troisième, auto-déridé et bien fichu…

Twilight est donc une série qui a la malédiction des nombres pairs : le (début du) quatrième régresse. Il se recentre sur Bella, laquelle est toujours aussi mièvre (pourtant, son actrice a un bon côté rock’n’roll), ignore largement les loups-garous, passe complètement à côté d’un sujet qui aurait dû être fondamental (comment on passe d’une vie humaine parmi les humains à une vie humaine parmi les vampires ?), traîne l’histoire du mariage pendant une heure avant de se décider à démarrer… Et la partie intéressante est une bien pâle ressucée inversée du Rosemary’s baby de Polanski.

Bref, je préférais largement le 3.

19 novembre 2011

Electra Glide in blue

herisson26 à 19:36 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de James Guercio, 1973, ***

Un motard de police qui rêve de rentrer dans la brigade criminelle, quoi de plus normal ? Il échangerait ainsi son Electra Glide contre une voiture fermée, son uniforme bleu contre un beau costume brun, et ne serait plus payé pour se faire des cals au cul et punir les excès de vitesse mais pour réfléchir et résoudre des affaires.

Le problème, c’est que les rêves, des fois, ça devient réel…

C’est l’histoire d’un péquenot égocentrique, mais d’une grande rigueur morale, qui cherche un sens à sa vie. Et qui peut être déçu aussi bien de voir ses collègues fachos planter de l’herbe dans le sac d’un hippie innocent que de voir un grand flic tabasser un présumé coupable ou que de voir le chemin pris pas une jeunesse qui ne croit ni au travail, ni à l’ordre établi.

C’est l’histoire d’un film noir, où les gens sont tristes, désespérés ou suicidaires, plombés par un univers qui n’a rien d’amusant.

C’est l’histoire d’un pays qui doute et se cherche, aussi.

Souvent présenté comme un anti–Easy rider, Electra Glide in blue (qui fut distribué sous ce titre en France, mais a curieusement été enregistré comme Dérapage contrôlé au mk2, ça n’a pas simplifié la communication avec la caissière…) est en fait beaucoup plus proche de celui-ci qu’on peut le penser. Certes, il est cette fois vu du côté des flics ; mais les flics ne sont pas vraiment plus gentils que dans le film-événement de Dennis Hopper, et les hippies pas vraiment moins constructifs… Il reprend symboliquement plusieurs traits de Easy rider, dont une fin symétrique mais extrêmement similaire, et le considérer comme un film réac ou « redneck » impose de le prendre au strict premier degré, ce qui n’est à mon humble avis pas obligatoire.

Et au global, j’aurais plutôt tendance à rapprocher ces deux œuvres sur la quête d’idéal dans des États-Unis perdus, en proie au doute, dans une société divisée où hippies, flics et quidams se méprisent réciproquement et où la violence surgit brutalement, sans prévenir et sans nécessairement faire sens.

Contagion

herisson26 à 19:02 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Steven Soderbergh, 2011, ***

Pour ceux qui n’auraient pas suivi la grippe aviaire, la grippe porcine et le SRAS, voici donc un résumé.

Bien tourné, bien joué, pas chiant, intéressant même, prenant intelligemment le problème sous plusieurs angles — un père qui a perdu femme et fils et tente paranoïaquement de protéger sa fille, des agents du centre de contrôle des maladies et de l’OMS, des toubibs qui développent un vaccin, des villageois qui veulent ce vaccin… —, Contagion n’a rien pour déplaire. Il lui manque juste un quelque chose qui nous ferait vraiment prendre sympathie pour ses personnages, une étincelle quelconque qui en ferait autre chose qu’un résumé des actualités autour des pandémies de ces dernières années.

18 novembre 2011

Le soldat bleu

herisson26 à 22:51 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Ralph Nelson, 1970, ****

Il est soldat, seul survivant de son unité attaquée par les Cheyennes, jeune blanc-bec convaincu de la grandeur d’âme de l’oncle Sam. Elle est Blanche, fuyant les Cheyennes qui l’avaient enlevée pour en faire l’épouse d’un chef de tribu, et a perdu beaucoup d’illusions en assistant au sac d’un village indien par l’armée.

Leur rencontre est tour à tour pathétique, émouvante et amusante. Elle avec son franc-parler, son caractère de merde et son physique attrayant, lui avec sa naïveté, sa vanité de soldat et son éducation irréprochable. Et leur histoire va raconter celle du choc de deux civilisations.

Le soldat bleu est une excellente pépite d’une époque où les raconteurs américains se sont approprié leur histoire pour l’utiliser comme métaphore de leurs propres doutes, leurs propres trahisons. L’obsession de la société du moment, c’est la guerre du Viêt-Nam, où les Américains se sentent de moins en moins défenseurs de la liberté (les informations sur le massacre de Mỹ Lai sont sorties en début d’année, les photos de Kim Phúc par Nick Ut ont fait le tour du monde deux ans avant…) et de plus en plus en barbares menant une guerre injuste.

Et Le soldat bleu est le témoin de cette tendance, l’un des premiers films où les soldats américains sont les vrais méchants, brutaux, stupides, violents, et où les Indiens sont des victimes défendant leur liberté face à la colonisation.

Si l’on sourit parfois à la naïveté de la première heure, à la prévisibilité de la relation entre la blonde et le bleu ou encore à leurs déplacements dans un pays hostile, plusieurs échanges annoncent clairement une fin, comment dire… conforme à ce que l’Histoire nous montre de la nature humaine. La scène finale est l’une des plus violentes, mais aussi des plus honnêtes de l’histoire du cinéma américain : c’est celle, sans fard, sans effet de style exagéré, d’un massacre ordinaire, mais rendu encore plus incompréhensible par l’introduction pacifique de la rencontre.

Et à ce titre, Le soldat bleu est un prélude indispensable à quelques chefs-d’œuvre du genre, en particulier l’inévitable Dans avec les loups de Costner, qu’il se paie le luxe de dépasser même par certains aspects.

PS : les critiques sont nombreuses à dénoncer l’incohérence historique qui fait dire au soldat que son père est mort à Little Bighorn, alors que le film raconte le massacre de Sand Creek, douze ans plus tôt. C’est oublier un peu vite que le film raconte un massacre inspiré de Sand Creek, et que les Cheyennes ont résisté jusqu’à la fin des années 1870 (et les massacres de Cheyennes par l’armée aussi)… La référence à Custer est utile sur le plan symbolique pour renforcer l’évolution que le couillon en bleu aura à parcourir, donc ça n’est pas une « erreur » si impardonnable que ça.

6 novembre 2011

Deux sœurs pour un roi

herisson26 à 23:53 — Filed under: Cinéma et télé,terriblePas de commentaire

de Justin Chadwick, 2008, *

Bon, le sujet est casse-gueule. Pas facile de faire un film sur la deuxième épouse et l’une des maîtresses d’Henry VIII d’Angleterre, les sœurs Anne et Mary Boleyn. L’histoire est longue, ce qui force à de nombreuses ellipses (donc, si j’en crois le film, la durée d’une grossesse doit être de l’ordre de 24 heures…) ; le résultat fort décousu alterne scènes intimes convenues et éléments historiques balancés là sans qu’on sache vraiment pourquoi. En fait, entre raconter l’histoire des deux sœurs et celle de l’Angleterre, personne à la production n’a voulu choisir…

Mais le problème majeur, c’est que c’est connu : certains acteurs ont besoin d’une bonne direction. Et on sait à quel point c’est le cas de Natalie, aussi nunuche et peu crédible avec un mauvais directeur d’acteurs (oui, je suis encore en train de dire du mal de George) qu’admirable et bouleversante avec un bon (Darren, Luc, James, merci encore).

Depuis le temps, tous les cinéastes américains devraient s’en être aperçus et éviter de la confier à des branques, mais certains s’obstinent. Justin Chadwick, réalisateur de séries télé, est manifestement un directeur assez médiocre : Scarlett, qui s’en sort chez Michael Bay (c’est dire…), est ici à son plus bas niveau, tandis que Kristin est régulièrement en sur-jeu manifeste et que les acteurs masculins (dont certains pas mauvais d’habitude) sont aux abonnés absents. Et un mauvais directeur avec Natalie en premier rôle, c’est risible.

Du coup, au final, le film est mauvais, ce qui n’est pas très grave, et les acteurs sont mauvais, ce qui est beaucoup plus gênant.

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