25 septembre 2011

Warrior

herisson26 à 19:23 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Gavin O’Connor, 2011, ****

Dans les cours de récré, il arrive que des gamins se foutent une trampe, pendant que leurs camarades les regardent faire. Le but : savoir qui est le plus costaud de la bande.

À l’âge adulte, on continue. Mais comme on n’est plus des enfants, on appelle plus ça « se foutre une trampe », on appelle ça « arts martiaux mixtes ». Et on parle plus de « camarades », mais de « spectateurs ». Et comme on est grand, on pense à ce que ça peut rapporter et on organise des tournois, que les gens paieront pour aller voir ou regarder à la télé.

C’est donc l’histoire des préparatifs d’un tournoi, à travers deux lutteurs et leur entourage. Tous deux ont la baston dans le sang, mais les similitudes s’arrêtent là : l’un est là parce qu’il n’a jamais cessé de se battre depuis que sa mère a fui son père ivrogne et violent, et vient déverser sa misanthropie et cognant le plus fort et le plus vite possible ; l’autre est un prof de physique contraint à reprendre les combats amateurs pour rembourser son emprunt, et observe ses adversaires avant de les coincer à la sauce gréco-romaine dans les derniers rounds. L’un n’a plus que son père, qu’il déteste logiquement ; l’autre est entouré d’un ami entraîneur, d’un proviseur, d’élèves, et adore sa femme et ses filles.

La force de Warrior, c’est que comme tout bon combattant, il compense ses faiblesses. Le scénario n’est pas le plus réaliste qui soit¹ ? Ancrons donc les personnages dans la vraie vie, en reprenant des bouts de réalité sordide (crise des subprimes, guerre du Golfe) pour les leur coller sur le dos et voir comment ils s’en sortent. Faisons une vraie photo soignée (Masanobu Takayanagi, je te connaissais pas, mais je me souviendrai de ton nom), granuleuse, violente pour coller à l’ambiance. Retenons la leçon de Michael Mann² et osons les gros plans agités montrant une prise ou un coup flou, comme combattants et spectateurs eux-mêmes les devinent plus qu’ils ne les voient. Prenons d’excellents acteurs, donnons-leur l’occasion de montrer différentes facettes de leur talent et utilisons-les pour donner quelques scènes magiques (Tess, qui ne supporte plus de voir son mari combattre, angoissant devant son téléphone en attendant des nouvelles du match, est un moment de cinéma absolument sublime, qui fait entrer Jennifer Morrison directement dans mon panthéon personnel des actrices dramatiques, et Gavin O’Connor dans la liste des réalisateurs qui savent se faire oublier au moment opportun).

Bref : puisqu’il ne faut pas que le spectateur tape sur le manque de vraisemblance du scenario, détournons son attention sur des trucs inattaquables.

Le résultat est une réussite inattendue (O’Connor n’avait fait qu’un assez moyen Le prix de la loyauté, les acteurs sont plus habitués aux rôles accessoires même si on a vu Tom Hardy dans Inception, Takayanagi était inconnu au bataillon…), un film fort et prenant malgré des lacunes indéniables, où le rêve américain est un peu remis en perspective — à chaque étape vers la gloire, on en sort un peu plus amoché, jusqu’au moment où l’on frappe le sol en signe d’abandon — et où l’on prend des coups aux côtés des combattants, mais aussi de leur entourage.

¹ En gros, c’est l’histoire parallèle de deux Rocky.

² « Si ton film de boxe n’est pas assez bon, c’est que tu n’étais pas assez près. » Oups, on me souffle qu’il a jamais dit ça. Ben il aurait pu. ^^

24 septembre 2011

Prozac nation

herisson26 à 23:11 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Erik Skjoldbjærg, 2001, ****

C’est une réplique classique de Le Soleil se lève aussi de Hemingway, quand quelqu’un demande à Mike Campbell comment il a fait faillite. Tout ce qu’il peut répondre, c’est : « petit à petit, puis d’un coup ». C’est comme ça qu’arrive la dépression.

Lizzie in Prozac nation

Fondamentalement, il y a deux façons de faire un film de dépression. Soit vous le traitez façon comique, en décidant de faire de votre personnage un cas social inadapté dont vous vous moquerez à loisirs (toute ressemblance avec Mary et Max serait purement fortuite, puisque ça parle pas de dépression mais d’autisme) ; soit vous le traitez façon dramatique, en ancrant votre histoire et vos personnages dans la réalité, il est vrai assez déprimante quand on y réfléchit bien.

Je laisse de côté la solution d’éviter la dépression elle-même pour se concentrer sur ce qui tourne autour, façon Greenberg : même si c’est vachement bien, c’est un film de convalescence, pas de dépression.

En adaptant un roman, Erik Skjoldbjærg a sans doute vu le choix s’imposer à lui. Et Prozac nation va clairement pas vous donner l’impression que la vie, c’est fun : si vous vous taillez les veines à la fin, c’est que l’étonnant happy end (enfin, il est quand même bien annoncé dans la toute première partie du film) n’aura pas réussi à vous remettre de la précédente heure et demie d’observation minutieuse de la dépression d’une étudiante en littérature, et de la façon dont son entourage la gère — par l’attention bienveillante, le rejet brutal ou le déni complet, selon le caractère et les propres déséquilibres de chacun.

Bon, le film était fait pour me plaire : d’abord, les histoires d’auteurs dépressifs, ça me parle (cf. Wonder boys ou Californication). Ensuite, il y a Michelle Williams et Christina Ricci, la première étant parfaite à son habitude et la seconde étant très loin au dessus des performances où je l’ai vue récemment (mais on a dit qu’on parlait plus de Speed racer).

Il y a aussi un écho assez particulier dans cette histoire, inhabituellement réaliste — dialogues de thérapie très loin des bluettes habituelles, mise en scène concrète de l’égoïsme dont les dépressifs concentrés sur leur douleur peuvent faire preuve, de la souffrance qu’ils imposent innocemment (enfin, parfois) à leur entourage…

Donc, c’est très, très désespérant, presque autant que la vie, l’univers et tout le reste ; souvent lourd à digérer, terriblement vrai aussi quelque part, ça rappellera quelque chose (ne serait-ce qu’une conversation de la semaine passée) à tous ceux qui sont partis en vrille pour une raison ou pour une autre, tandis que les autres passeront la journée à se demander de quoi parle ce truc verbeux et complaisant.

La pensée du jour

herisson26 à 19:41 — Filed under: Air du temps,La pensée du jourPas de commentaire

J’aimerais savoir : fondamentalement, c’est quoi, la différence entre les féministes qui déclarent Strauss-Kahn forcément coupable parce qu’il a une paire de couilles et les beaufs qui affirment que Banon l’a forcément allumé parce qu’elle a une paire de seins ?

C’était la pensée du jour. Petit rappel : seul un tribunal est habilité à déclarer quelqu’un coupable, que ce soit de viol ou de calomnie.

18 septembre 2011

Ajustements

Que faire, quand on a un compte Facebook, des amis qui le suivent avec qui on veut partager des choses, et qu’on bosse dans un univers où 98 % des gens ont un compte et où certains peuvent s’offusquer qu’on n’accepte pas dans la minute leur demande alors que nos contacts se sont limités à trois mails et un coup de fil ?

Certains se fichent d’offusquer les gens, mais curieusement (et quoi qu’en disent les rumeurs) ce n’est pas mon cas. D’autres acceptent tout le monde, ont 700 « amis », et ne publient jamais rien, ou du moins rien de vaguement personnel ; ça n’est pas très pratique pour ceux qui, vivant loin de chez eux, utilisent ce biais pour garder le contact avec leurs amis (ceux sans guillemets, les vrais de la vraie vie).

D’autres encore acceptent beaucoup de monde, mais publient des choses destinées en priorité aux amis. Généralement, ça me choque pas, mais ça dérange certains, comme je l’ai découvert récemment en entendant un « elle, je sais pas, elle publie des trucs perso, enfin moi ça me regarde pas ça, ça me gêne un peu »…

Personnellement, j’ai depuis longtemps un groupe de « proches », qui ont accès à tout à part ce qui ne concerne que des individus très précis, auquel je restreins les publications les plus ciblées. Pour la petite histoire, l’auteur de la citation ci-dessus est dans ce groupe, ça m’a amusé de constater qu’elle me reprochait pas de publier des trucs perso alors que de mon point de vue, je parle parfois de trucs aussi intimes que la personne dont elle parlait.

Reste un soucis : amis d’une part, « amis » de l’autre, c’est bien beau, mais il reste délicat de tout ouvrir à tout. Plus exactement, il y a des gens avec qui je suis en contact très distant et très épisodique, que je n’aurais pas logiquement dans une listes d’amis, mais que pour des raisons professionnelles il est bon que je garde dans ma liste. Et sans même parler de trucs perso, j’ai pas forcément envie qu’ils voient mes statuts politiques ou mes goûts cinématographiques.

Il y a aussi la question des destinations de publications. Les gens qui me connaissent savent que je peux parler photo, avions, métro, politique, cinéma, musique, histoire, physique, escalade, mécanique ou n’importe quoi pendant des heures. Je crois que ça peut devenir barbant¹. À certaines périodes, je peux publier plusieurs choses par jour sur le même sujet — salon du Bourget, par exemple. Et celles-ci n’intéressent pas tout le monde.

Personnellement, il y a quelques personnes pour lesquelles j’ai adopté une stratégie radicale pour éviter les posts ne m’intéressant pas, en cessant de les suivre sur mon mur. C’est dommage, parce que certaines autres publications peuvent m’intéresser et qu’ainsi, je les rate.

Google+ a un avantage : les cercles, très faciles à créer, et systématiquement sélectionnés pour toute publication. La fonction des groupes d’amis de Facebook est bien moins pratique, mais il est désormais un peu moins compliqué de sélectionner des groupes rapidement avant de publier quelque chose². Je me suis donc décidé à faire ce que je voulais faire depuis des lustres : créer des groupes thématiques.

J’ai donc des groupes ciblés pour les publications destinées aux malades de machins qui roulent ou qui volent, aux férus d’informatique, aux photographes confirmés… qui devraient décharger un peu les murs des gens qui n’ont rien à foutre de l’actualité de Reno ou des critiques du PS. Au passage, si certains veulent s’assurer d’être dans une de ces listes, qu’ils n’hésitent pas à me demander.

Et puis, un groupe de relations restreintes, où j’ajouterai essentiellement des gens de mon univers professionnel avec lesquels je n’ai pas de relations personnelles.

Le truc amusant, c’est que du coup, j’ai totalement éradiqué la notion d’ »amis » au sens Facebookien du terme : il est assez improbable que je publie quoi que ce soit à « amis » à l’avenir — ça passera de « Public » à « Amis sauf restreints », et encore sera-ce pour ce que j’estime susceptible d’intéresser à peu près tout le monde.

¹ Ça s’appelle « tendre les verges pour se faire battre ». Allez-y, lâchez-vous, balancez tous les exemples où vous avez pas eu le cœur de m’arrêter alors que je vous rasais de première force. ^^

² Au passage, Facebook en a profité pour revoir l’ensemble des réglages de confidentialité, avec comme d’habitude des options par défaut discutables : pensez à y re-jeter un œil.

Captain America : first avenger

herisson26 à 17:35 — Filed under: Cinéma et télé,moyenPas de commentaire

de Joe Johnston, 2011, **

La première partie est plutôt meilleure que ce qu’on pouvait craindre.

Le reste est sans histoire. À tous les sens de l’expression.

Mais des fois, une distraction qui fatigue pas le cerveau est adaptée à l’humeur du moment, alors pourquoi pas…

Blackthorn : à voir en vidéo…

Vous avez peut-être entendu parler de Blackthorn. C’est un film, un western andin plus précisément, qui semble partir du postulat que Butck Cassidy n’est pas mort vers 1908 mais bien plus tard.

Ce film a été lancé avec un certain retentissement. Il a été porté par d’excellentes critiques et un très bon bouche-à-oreille.

Du coup, on était plusieurs à vouloir le voir, donc plutôt que d’y aller tout seul j’ai préféré voir s’il était possible d’en faire une sortie de groupe. Les disponibilités des uns et des autres étant ce qu’elles sont, c’est tombé à l’eau, mais je ne m’inquiétais guère, convaincu que je pourrais le voir sans soucis en troisième semaine — un film encensé, dans la période qu’on traverse, la logique voudrait qu’il reste longtemps largement diffusé.

Problème : aujourd’hui, en troisième semaine donc, il n’est plus joué que dans trois salles à Paris. Et encore l’Orient-Express ne le passe-t-il plus qu’en soirée ! Il ne reste donc plus que le mk2 Odéon et le Gaumont Montparnasse si on veut le voir avant 18h20 (ce qui ne m’arrange guère, c’est assez précisément à l’autre bout de Paris).

Messieurs de BAC films, qui le distribuez dans nos contrées, je vous le dis : j’ai un peu de mal à comprendre. Je sais que vous n’êtes pas la plus grosse société de distribution en France et que vous devez avoir un peu de mal à pousser vos œuvres, mais si j’ai bonne mémoire, Be bad !, malgré ses critiques moins enthousiastes, avait fait l’objet d’une distribution bien plus généreuse…

Messieurs les gérants de salles, ça vaut surtout pour vous. Choisissez-vous vos films pour les cinéphiles, ou pour les producteurs ? Sorti la même semaine, le très moyen (si j’en crois les critiques) R.I.F. passe encore dans 206 salles, trois fois plus que Blackthorn. Quelle est la logique derrière ?

J’en suis réduit à me demander si je me tape une heure de transports pour aller le voir à l’Odéon, si je sacrifie ma soirée pour aller le voir aux Halles, ou si je laisse tomber et me dis que je le verrai en vidéo… Un peu triste, s’pas ?

16 septembre 2011

La pub qui rend fou

herisson26 à 22:46 — Filed under: Air du temps,Coups de sang,Pire que de la pubUn commentaire

ARGNHAHAHAAAAAGNEUVAISTOUSSSSSSLESBUTEEEEEEEER !!!

Voilà à peu près ce que j’ai dit en voyant cette publicité.

Il faut dire qu’à la base, elle est un peu concon. La mémère qui réserve une plaplace pour la bobox dans la chamchambre de bébé, ça a un côté crétin complet qui, il faut le reconnaitre, est peut-être voulu (certains publicistes sont convaincus qu’en donnant un côté parodique exagéré à leur mensonge, ils le feront mieux passer).

Ensuite, elle est beaucoup trop longue (j’ai ouï que la version télé est plus courte). En particulier, un cut après « on attend… et on devient fou » serait plus efficace, ou même après « personne ne nous donne de délai, on devient complètement dingue ». La partie sur l’état du fœtus — oui, c’est comme ça que ça s’appelle à ce stade de la croissance : ça ne deviendra un bébé qu’après l’accouchement — est ignoblement surjouée, ridicule au fond et à la forme et terriblement longue.

Mais jusque là, y’a pas de quoi fouetter un chat. Elle arrive même pas à 5/10 sur l’échelle de la pub de merde, et elle n’a aucune des caractéristiques particulières qui méritent parfois d’être retenues (message malsain, pseudo-justification mathématique, méconnaissance du sujet…). Elle est juste stupide et vaguement chiante, ce qui est presque un compliment pour une pub.

Non, ce qui explique ma petite crise de nerfs à mi-chemin entre fou rire et meurtre en série, c’est qu’il se trouve que je suis abonné à Internet chez SFR.

Depuis le 10 août.

Que ma ligne téléphonique a été ouverte par le technicien le 22 août.

Puis activée par SFR le 24 août.

Que depuis, j’attends mon modem (baptisé « Neufbox » dans le jargon de la marque).

Que l’agence SFR que j’ai visitée à ce sujet le 26 août ne peut rien faire, ils ne font que de la vente.

Que mon message du 2 septembre n’a eu de réponse que le 8 septembre, pour autant qu’on puisse qualifier de réponse un « Nous vous informons que la livraison de vos matériaux est en cours. Donc, nous vous invitons à patienter car vous les recevrez dans les plus brefs délais. »

Que le mail dans lequel je demandais au moins un numéro de suivi, envoyé le 9, n’a eu de réponse que le 13.

Que le numéro de suivi donné (enfin !) m’a permis de voir que le colis a été expédié le 10 août, qu’il est en transit je ne sais où, et qu’il doit être livré dans un relais colis au sud de Nation — pour ceux qui n’auraient pas suivi, j’habite à la Chapelle depuis la mi-août, et c’est précisément à cause de ce déménagement que j’ai voulu m’abonner chez SFR.

Donc, quand le même SFR se permet de brocarder les concurrents qui mettent plus de cinq jours à faire parvenir des modems, qui traînent à ouvrir des lignes, qui ne répondent pas aux questions et qui ne donnent pas de délai de livraison, j’avoue que là, oui, je dois reconnaître qu’attendre son modem pendant des lustres, et ben ça peut rendre fou.

Deux baux

herisson26 à 21:18 — Filed under: Air du tempsUn commentaire

15 septembre 2007 — 16 septembre 2011. Aujourd’hui, Les Numériques est l’entité qui m’a employé le plus longtemps, devant l’Éducation nationale (7 janvier 2003 — 8 janvier 2007).

Ouaip, ça fait un bail.

11 septembre 2011

The sound of 9/11

herisson26 à 21:07 — Filed under: Air du temps,Coups de sang,MusiquePas de commentaire

Je m’étais à peu près promis de pas parler des attentats terroristes qui ont fait la « une » le 11 septembre 2001 aux États-Unis.

Mais là, j’ai quand même du mal à l’avaler.

Dans les commémorations officielles, j’entends qu’on chante The sound of silence. Selon, probablement, l’habitude qui veut qu’on choisisse une chanson en s’arrêtant à son titre, sans regarder de quoi elle parle…

Les commémorations ont un sens essentiel : « nous n’oublions pas ». Une commémoration parle d’un événement dont on veut se souvenir. Si l’on adopte une chanson lors d’une cérémonie commémorative, il est donc bon de s’assurer qu’elle ait un rapport avec l’événement ou le message que l’on souhaite faire passer.

The sounds of silence parle de communication et de publicité. C’est, fondamentalement, une chanson sur la solitude, l’angoisse et surtout le manque d’échanges entre les êtres humains. C’est peut-être moins explicite que pour I am a rock, autre succès de Simon et Garfunkel, mais c’est le même thème de base : « j’ai vu dix mille personnes, peut-être plus, des gens qui entendaient sans écouter, des gens qui parlaient sans discuter, des gens qui écrivaient des chansons qu’aucune voix ne reprenait ».

La seconde partie lie directement cette solitude à la publicité, à la lumière clinquante des sociétés modernes, au miroir aux alouettes formé par les néons des villes — la lumière est le fil rouge de la chanson, source de révélation, de douleur, de fascination mystique enfin. C’est la dénonciation essentielle : « les gens se sont inclinés et ont prié le Dieu de néon qu’ils avaient créé […] et l’enseigne dit ‘les mots des prophètes sont écrits sur les murs de métro et les halls d’immeubles’. »

Comment un esprit malade a-t-il pu choisir une telle œuvre pour accompagner un retour obsessionnel sur des images décennales, la communion d’une société plus que jamais tournée vers l’image (nul n’aura raté les écrans géants qui emplissent Manhattan ou les projections lumineuses qui éclairent le site du World trade center), et pour unir un peuple coupable précisément d’autisme politique ?

Désolé de le rappeler, mais si les États-Unis ont été pris pour cible, c’est en tant que symbole impérialiste. Plus d’ouverture, plus de communication ouverte avec d’autres cultures auraient peut-être pu limiter la casse — pas au point d’éviter que des tarés organisent des attentats bien sûr, mais peut-être suffisamment pour que ceux qui étaient au courant de quelque chose le disent.

Il y a une chose dont je me souviens de la mi-septembre 2001. C’était une américaine qui, hagarde et sanglotante devant les images d’Arabes fêtant l’attentat, demandait en boucle : « why do they hate us ? »

La réponse était pourtant dans la question. Si les terroristes avaient leurs propres raisons, religieuses, économiques ou politiques, les simples quidams pour leur part détestaient un pays arrogant, égocentrique, incapable d’écouter les autres et préférant se regarder lui-même dominer le monde. Les mêmes travers que Paul Simon décrivait en 65, mais portés à l’échelle d’un État.

Il y avait mille chansons très émouvantes parlant de deuil, de recueillement, de communion, d’union face à l’ennemi même (je vous donne La Marseillaise quand vous voulez). Était-il utile de choisir une chanson dénonçant l’autisme d’une société inhumaine, précisément lors de la communion symboliquement tournée sur elle-même d’une société qui ne s’est intéressée aux autres que pour leur foutre sur la gueule et imposer ses propres vues ?

10 septembre 2011

États superposés

herisson26 à 23:17 — Filed under: Prise de courgePas de commentaire

Vous le savez sans doute si vous me connaissez, et peut-être même si vous ne faites que lire ce blog, mais j’ai une petite particularité morale. Ça s’appelle la cyclothymie et, de l’extérieur, ça donne à peu près ça : un type qui vous fait un grand sourire à 9h et vous parle gaiement pendant dix minutes, avant de s’interrompre et de devenir sombre et renfermé en trente secondes, de faire la gueule pendant une heure et d’aboyer des monosyllabes quand on lui demande quelque chose. Rassurez-vous : ça dure pas, le même type va à onze heures être très heureux d’éclairer votre lanterne sur l’œuvre de Clint Eastwood ou de vous écouter raconter la rentrée de vos gosses pendant le repas. Il va peut-être faire la gueule à quatorze heures sans que personne sache pourquoi, mais vers quatorze heures deux il sera extatique parce qu’il sera retombé sur une vieille photo en vidant une carte mémoire.

J’exagère ? Pas tant que ça, tous mes collègues, tous mes amis et même certaines relations plus distantes vous le diront (« Oh, un garçon cyclothymique. T’as tes règles ? », m’a charrié une attachée de presse il y a quelques semaines).

De l’intérieur, c’est un peu différent.

En fait, je n’ai pas vraiment l’impression de passer de la bonne à la mauvaise humeur en trente secondes.

C’est une sensation plus compliquée de ça.

La quintessence de cette sensation, et le déclencheur pour ce billet sur ce sujet qui me trotte en tête depuis des lustres, c’est la conclusion de ma critique de This must be the place, juste avant, là.

En fait, j’ai pas un état gai et un état triste entre lesquels je ferais une navette perpétuelle.

Mon état est plutôt celui-ci, grosso modo : 1 / √2 (|gai> + |triste>).

Quoi, vous aimez pas les blagues quantiques ? Schrödinger la trouve hilarante, pourtant.

Donc, pour ceux qui ne passent pas trois heures sur Wikipédia à chaque épisode de The Big bang theory pour essayer de comprendre ce que Sheldon a dit, disons qu’en réalité, je suis dans plusieurs états superposés.

La plupart du temps, je suis triste et gai. Et énervé, et attendri. Et plein d’espoir, et angoissé. En même temps. Un peu comme Cho¹, peut-être.

Ensuite, ces différents états vont être plus ou moins visibles. Chaque état dispose d’un potentiel d’expression, soutenu par différents excitateurs, et prend plus ou moins le dessus sur les autres, devenant plus ou moins extériorisé. L’impression de changement brutal de caractère est plutôt dû au passage d’une domination d’un état à une domination d’un autre état, précédemment latent, mais pas toujours enfoui très profond. C’est une petite évolution de l’équilibre intérieur qui occasionne une révolution comportementale.

Le soucis, c’est que cette évolution de détail peut être causée par un élément mineur, souvent totalement inaperçu de l’entourage, mais a des conséquences importantes : en physique, on appelle ça un déséquilibre. Et qu’il y a des fois, notamment lorsqu’un élément risque de renforcer plusieurs états superposés, où j’ai tellement peur de laisser paraître cette instabilité que je bloque toute expression, ce qui joue aussi des tours — « ah ben on savait pas que tu voulais venir » et consorts.

Et des fois, je dois expliquer que non, c’est pas que je voulais pas venir. C’est juste que j’étais dans l’état quantique 1 / √2 (|envie de venir> + |peur de paraître hystérique>), et que seul le fait de vérifier pouvait me faire basculer dans un état non superposé.

¹ « Et bien, évidemment, elle est très triste, à cause de la mort de Cedric. Ensuite, je suppose qu’elle est confuse parce qu’elle aimait Cedric et que maintenant elle aime Harry, et elle ne sait pas qui elle aime le plus. Et puis elle culpabilise en pensant que à la base, c’est une injure à la mémoire de Cedric d’embrasser Harry, et elle doit se demander ce que les autres vont dire d’elle si elle commence à sortir avec lui. Et elle ne peut sûrement même pas savoir exactement ce qu’elle ressent pour Harry, de toute façon, parce qu’il est celui qui était avec Cedric quand il est mort, donc c’est très mélangé et douloureux. Ah, et elle a peur de se faire jeter de l’équipe de quidditch de Ravenclaw parce qu’elle vole très mal ces derniers temps. »

Un silence vaguement ahuri suivit la fin du discours, puis Ron dit : « Une seule personne ne peut pas ressentir tout ça à la fois, elle exploserait. »

« Le fait que tu aies la palette émotionnelle d’une cuiller à café ne veut pas dire que ce soit notre cas à tous », répliqua sèchement Hermione.

(Harry Potter et l’ordre du Phénix, Joanne Rowling, pp. 405–406, trad. par mes soins)

Je sais, hors contexte, ça sonne moins bien, mais c’est un de mes dialogues favoris dans l’ensemble de la série.

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