30 mars 2011

Cinq

herisson26 à 23:35 — Filed under: MusiquePas de commentaire

Depuis quelque temps, le père Larcenet publie les réponses de plein de gens, enfin, de plein d’anciens de Fluide glacial, à la question par lui posée : « quels sont les cinq disques qui vous ont retourné comme une crêpe ? ».

Bien que n’étant pas convié à répondre, ça m’a fait réfléchir un peu et je suis arrivé à une petite liste. La voici donc.

ivLe quatrième album de Led Zeppelin

Pour la petite histoire, j’ai découvert la couverture de ce disque à l’instant… Je l’ai connu par un vinyle espagnol dans une pochette grise, avec la liste des morceaux d’un côté et les paroles de Stairway to heaven de l’autre.

Donc, bien sûr, je connaissais cette histoire d’escalier, c’est le premier morceau hard que j’ai pu écouter — sans doute parce qu’il monte progressivement et que du coup, le final est moins brutal.

Et puis, je tombe sur le disque. Et la baffe, c’est très exactement le premier vers, qui annonce la couleur : hey mama, said the way you move, gonna make you sweat, gonna make you groove. C’est gentil, c’est une voix un peu blues, et pis vlan, batterie, basse et guitare en pleine gueule, putain c’est quoi ça ? Black dog, ça s’appelle. Derrière, ça part dans tous les sens, l’intro mandolinesque au côté pop-folk de The battle of Evermore, la progression implacable du slow planant au hurlement métal de Stairway to heaven, les chœurs et l’impeccable ligne de basse de Misty mountain hop, la gentillesse bluesy de Going to California, pour finir sur la brutalité animale de la section rythmique de When the levee breaks… Pour moi, éduqué dans la folk et le protest-song, le rock est né et il ne mourra plus.

sounds_from_the_fourth_worldSounds from the fourth world, de Calvin Russell

En couverture, une espèce de cow-boy texan à la peau burinée, qui pue la sueur, le mauvais whisky et la poussière. À l’intérieur, du country-rock bluesy à souhait, une voix grave et rocailleuse cassée par l’alcool, des guitaristes qui font pleurer une Fender comme personne… Et des chansons, non, pardon, des histoires, noires, désespérantes, le cauchemar américain dans toute sa splendeur.

Et le chef-d’œuvre jazzy de Josh White, One meat ball, dans une reprise dure, anguleuse, râpeuse, anti-swingueuse au possible… Et puis Crossroad, que j’ai écoutée en boucle pendant des mois en me demandant si c’était possible d’envoyer bouler l’informatique et quoi faire derrière — oui, c’était cette époque-là… Et les pickings de Down down down… Ouais, c’est vrai, les Américains boudent Calvin parce qu’il a un peu trop tendance à leur dire qu’ils sont des gros beaufs fachos et qu’il continuera à fumer de l’herbe même si ça leur plaît pas ; ben tant pis pour eux, nous, on l’aime.

vendeurs_de_larmesVendeurs de larmes, de Daniel Balavoine

Alors oui, je sais, c’est kitschounet, ça a un peu vieilli, tout ça. Mais voilà : Balavoine, pour moi, c’était une voix de tête qui avait fait du rallye-raid et avait eu l’idée saugrenue de profiter de la logistique du Dakar pour faire de l’humanitaire¹. Un jour, je suis tombé sur un documentaire sur lui et j’avais rien de mieux à faire. Et là, le choc : Vendeurs de larmes, critique verte des chanteurs de charme qui refourguent des chansons de rien juste pour nous piquer nos femmes.

Puis, je découvre l’album. Et là, le vrai retournement : y’a que de l’or, un peu partout. Je veux de l’or, cynisme humoristique, Vivre ou survivre, tragédie, C’est fini (qui parle forcément pas mal au maniaque de cinoche qui sommeille en moi), Y’a pas de bon numéro, et surtout Viens danser. Curieusement, ma préférée de Balavoine, Frappe avec la tête, n’est pas sur celui-ci, mais c’est l’album qui m’a marqué.

¹ Claude Brasseur, si j’ai bonne mémoire, disait en gros : « il était venu pour s’amuser, et puis il a dit “eh, attends, y’a des gens là, derrière le pare-brise”. Il a été le premier à s’en rendre compte ».

inquisition_symphonyInquisition symphony, d’Apocalyptica

On est tous d’accord : les quatuors à cordes, c’est chiant. En tout cas, c’est la sévère conviction que mon prof de musique m’avait inculquée, à force de nous faire écouter des violons de classiques mollassons.

Cette conviction fut brutalement ébranlée lorsque je tombai par hasard, sur le DVD où un collègue me passait sa part d’un devoir à mettre en page, sur Inquisition symphony. Dès le lancement d’Harmageddon, le traitement électrique, noir, métallique des sonorités des violoncelles est un truc totalement nouveau, que j’ai jamais entendu avant — mes connaissances en métal sont faibles. La reprise de Nothing else matters, tube extrêmement connu sauf de moi, commence comme un morceau de classique, avec un pling-plong un peu monotone et de l’archet sans effet particulier, puis l’harmonie se complique au fur et à mesure que les autres arrivent, et la fin est un élégant bourrinnage à la fois doux et énergique. Quasiment tous les morceaux sont des reprises, mais de gens que je n’écoute pas (si, j’avais entendu For whom the bell tolls quelque part, je crois), donc ça ne me choque pas ; par contre, c’est radicalement opposé à tout ce que j’avais écouté et je suis surpris d’accrocher, de trouver une ambiance, une harmonie à cette langue que je n’ai jamais étudiée mais qui me fascine. En fait, c’est juste beau, même s’il me faudra encore quelques semaines pour vraiment le comprendre.

echoesEchoes, de Pink Floyd

Alors oui, j’entends déjà les puristes tousser : Echoes n’est pas un album, enfin, y’a même écrit « best of », tout ça. Sauf qu’un best of des Pink Floyd contiendrait forcément A saucerful of secrets et Is there anybody out there ?, bordel !

Echoes, c’est plus qu’une compil : c’est un univers. Le choix des morceaux vise plus une unité tonale qu’un simple suivi des top 50 du groupe, on trouve l’immortel mais jusqu’alors inédit When the Tigers broke free, des retouches ont été effectuées et certains morceaux sont raccourcis ou modifiés pour mieux coller à l’harmonie de l’ensemble… et ça s’écoute comme un (double) album, sans rupture, passant d’ambiance en ambiance sans réelle coupure. Et c’est beau, poétique et planant, et j’ai vécu plein de choses sur ce CD, donc c’est un des cinq albums et pis c’est tout.

Géant

herisson26 à 19:08 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de George Stevens, 1956, ****

Il fut un temps où le cinéma était friand de grandes épopées contant la grandeur des États-Unis. La conquête de l’Ouest en est un exemple frappant par la démesure du projet, des moyens et de la réalisation, mais Géant est un peu de la même veine.

Cependant, Géant est contemporain. Il se déroule des années 20 aux années 50, se concluant donc dans l’ère moderne de l’époque, et traduit l’évolution des fortunes texanes de son temps : terre d’élevage, ce petit état du sud a connu un rapide développement de l’industrie pétrolière ; les millionnaires du bétail ont vu, en quelques décennies, leur statut leur échapper pour s’offrir aux multi-millionnaires de l’or noir.

La lutte du ranch contre le derrick est donc l’un des sujets centraux du film, un éleveur bas de plafond voyant le petit malin qu’il regardait de haut devenir plus riche, plus puissant et plus populaire que lui. Ce face-à-face a un peu vieilli, mais c’est l’éternelle histoire du rêve américain, du jeune travailleur méprisé qui voit ses efforts récompensés, bref, ça marche toujours.

D’autres aspects de Géant sont beaucoup plus modernes. En particulier, les relations particulières que le Texas, ancien territoire mexicain, entretient avec ses premiers habitants occidentaux. Les hispaniques y sont encore aujourd’hui plutôt mal vus et plus ou moins maltraités, et lutter contre l’immigration est devenu une obsession du gouvernement au point de construire une muraille du meilleur goût — problème dont le cinéma américain s’est emparé sous des formes aussi diverses que Machete et Droit de passage. Le traitement de la minorité mexicaine au Texas est un peu lourd au départ, avec l’arrivée d’une espèce d’ange caractérielle et épouvantablement agaçante — Liz Taylor, excellente dans son rôle — qui veut modifier radicalement la façon de penser de son Texan de mari, pour qui « ces gens-là » ne valent rien et son très bien dans leur gourbi. Cependant, ça s’allège passablement par la suite, lorsqu’un jeune hispanique est le premier conscrit du comté pendant la seconde guerre mondiale, lorsque son retour au pays est mis en parallèle avec celui de l’héritier de la dynastie blanche, lorsqu’un des héritiers épouse une infirmière hispanique et que les deux petits-fils, le métis et le blanc, sont mis en parallèle…

Ce plaidoyer égalitariste est également un vibrant hommage aux femmes. Leslie est le vrai héros du film, et la réussite de Jordan l’éleveur comme celle de Jett le pétrolier est intimement liée à leur volonté de l’impressionner. Elles sont douces, réservées, extraverties, dures, amusantes, égocentriques, chiantes, tendres, traîtresses, aimables… Les hommes, en comparaison, sont plus prévisibles et plus susceptibles de faire bêtement ce qu’on attend d’eux.

Sur le plan technique, Géant est admirablement joué par l’ensemble du casting (Dean et Hudson ont d’ailleurs tous deux été nominés pour l’Oscar du meilleur acteur dans un rôle principal, même si Yul Brynner l’emporta), réalisé dans la grandeur de l’époque (avec un montage au rythme lent qui ferait pleurer aujourd’hui mais était alors au sommet de l’art), et ne souffre que d’une photo un peu facile, qui a beaucoup vieilli et mériterait un ré-étalonnage.

C’est donc une vraie réussite, qui serait jugée un peu longuette selon les standards actuels, mais qui tient encore sacrément bien la route et reste malheureusement d’actualité dans bien des domaines…

29 mars 2011

3500 conneries à l’heure

herisson26 à 19:33 — Filed under: Confrères et cons frèresUn commentaire

Entendu sur France 2, à propos des vol spatiaux bientôt proposés pour quelques dizaines de milliers d’euros :

La formidable accélération : 3500 km/h.

Je vais même pas me fatiguer à commenter.

27 mars 2011

La pensée du jour

herisson26 à 20:00 — Filed under: Air du temps,La pensée du jourUn commentaire

Je suis né à Carpentras. Mais je jure, je l’ai pas fait exprès.

C’était la pensée du jour. Dieu merci, on n’est pas ce qu’on naît…

Introduction à la psychanalyse

herisson26 à 19:41 — Filed under: BouquinsPas de commentaire

de Sigmund Freud, 1917, **

Disons-le d’entrée : le crétin sadique qui faisait cours de philo en terminale a essayé de me faire lire ce pavé. 450 pages, même écrites petit, y’a pas de quoi me faire peur, mais là, il m’aura donc fallu treize ans pour en voir le bout… Ou, plus honnêtement, un peu plus d’un an, puisque j’ai rouvert ce volume à l’automne 2009 avec cette fois l’envie ferme d’en voir le bout.

Le problème ? Il est simple : le style. Introduction à la psychanalyse n’a rien d’un roman, c’est entendu : ce n’est pas son but. Mais était-il pour autant nécessaire d’accumuler les pavés de plusieurs pages, les phrases interminables qu’il faut relire trois fois pour commencer à en saisir le sens ? Je présume, ceci dit, que le traducteur a ici une part de responsabilité, vu qu’il a poussé la fainéantise jusqu’à ne pas traduire un seul exemple de la partie sur les lapsus — ce qui, au passage, ne facilite pas la lecture à ceux dont les notions d’allemand se limitent à « eine bier, bitte », d’autant que certains de ces exemples reposent sur des analogies grammaticales plus intelligibles à un Japonais qu’à un Français.

Or, il est fort dommage que l’Introduction à la psychanalyse soit aussi mal écrite et peu accessible. Car le fond est à mon humble avis à peu près indispensable à la culture de tout être humain : aucun animal doué de raison ne peut faire l’économie de réfléchir à la façon dont fonctionne son propre cerveau, aux petits conflits entre pulsion et morale, envie et frustration, volonté et introversion…

On pourrait imaginer qu’il suffise de reprendre les concepts présentés dans le bouquin pour les vulgariser. Mais de mon expérience, c’est plutôt compliqué : de nombreux passages ont en fait deux niveaux de compréhension. L’un, immédiat et théorique, peut être expliqué assez simplement mais sans effet notable, tandis que l’autre, intime et pratique, qui surgit parfois plusieurs mois après la lecture du passage concerné, est difficile à reprendre — or, c’est celui-ci qui est intéressant, qui s’adapte à chaque individu et ne se transfère pas simplement à un autre.

Globalement, c’est donc une base de réflexion assez indispensable, la compréhension des exemples étant parfois longue et plus ou moins douloureuse mais permettant réellement de mieux saisir les concepts expliqués, et les mécanismes dont une simple explication se heurterait aux défenses de l’inconscient. Mais c’est aussi un vrai effort, genre marathonien, que d’arriver au bout d’un texte souvent lourd, bien entendu par le fond, mais aussi par la forme…

Répliques 8

herisson26 à 12:00 — Filed under: Cinéma et télé,RépliquesPas de commentaire

Nous avons toutes ces technologies surprenantes et pourtant, les ordinateurs nous ont simplement transformés en machines à branlettes à mille balles. Internet était censé nous libérer, nous démocratiser, mais… mais tout ce qu’il nous a vraiment donné, c’est Désirs d’avenir et un accès 24/7 à la pornographie infantile. Les gens, ils n’écrivent plus : ils bloguent. Au lieu de parler, ils textent ; pas de ponctuation, pas de grammaire, « lol » ceci et « mdr » cela… Vous savez, j’y vois juste un tas d’imbéciles pseudo-communicant avec un tas d’autres imbéciles dans un proto-langage qui ressemble plus à ce que les hommes des cavernes utilisaient pour parler qu’à l’anglais du Roi.

Californication, saison 1 épisode 5

26 mars 2011

Traductions

herisson26 à 22:56 — Filed under: Cinéma et télé,La minute geek,Prise de courgePas de commentaire

Ceux qui suivent auront deviné que je me suis récemment fait tous les épisodes disponibles de Stargate : Universe. Et cette semaine, j’ai repris un autre style de séries auquel je suis plus accoutumé ces dernières années, en me mettant à jour de The Big bang theory et How I met your mother, et en commençant Californication (qui est tombée dans une conversation récente et dont je me suis rendu compte que j’en avais jamais vu un épisode complet, ne l’ayant qu’accidentellement croisée un soir sur M6 et n’ayant alors pas du tout accroché).

Il y a bien sûr des points communs évidents entre ces séries : le côté comédie cynique, l’humour noir, le romantisme latent, le format court aussi. Mais surtout, ce sont trois séries épouvantablement intellos, bourrées de références littéraires, cinématographiques ou artistiques au sens large, un peu comme Six pieds sous terre (un de mes gros coups de cœur 2009) qui poussait le vice jusqu’à citer Freud.

Or, il y a une chose qui m’a frappé en enchaînant SG:Universe avec les autres : la qualité des sous-titres.

Il faut préciser que, sans être un intégriste de la VO, j’ai découvert que dans certains cas le doublage suffit à faire fuir une série ou un film. J’ai vu une fois un épisode de How I met your mother en français, et c’était juste à chier : calage approximatif, lourdeur de la traduction, contre-intonations… Idem pour Dexter, dont une partie du charme repose sur la fausse neutralité de la narration de Michael Hall, pas aussi bien rendue en français, et je me suis aperçu aujourd’hui qu’en démarrant Californication par les premiers et avec la voix de Duchovny, ça passe beaucoup plus mieux.

L’exception, ça serait peut-être Malcolm, dont le doublage est proprement excellent et dont la version française est aussi hilarante et déjantée que l’américaine, même si l’on découvre encore des trucs dans celle-ci.

Mais surtout, le gros argument en faveur de la version originale, c’est le temps. Je sais, c’est pas bien, mais attendre six mois pour voir arriver en France des doublages improbables, c’est chiant, quand tous les maniaques qui m’entourent regardent les séries au fur et à mesure de leur sortie — au passage, les ayants droit feraient bien de les proposer en vidéo à la demande, pour l’ensemble de la planète, dès le lendemain de leur diffusion à la télé, ça leur donnerait une chance de pas voir leurs fans se tourner vers la piraterie : un fan, ça n’aime pas attendre six mois pour un DVD.

Tout ça donc pour en venir à la qualité des sous-titres.

Ceux-ci sont généralement réalisés par des fans, qui veulent partager leur fanitude avec des gens moins doués qu’eux en anglais. Au passage, c’est une autre atteinte au droit d’auteur, mais là encore si les producteurs se bougeaient le cul ils pourraient eux-mêmes faire traduire les séries pendant la production et proposer eux-mêmes des solutions à leurs fans les plus pressés.

Et j’ai remarqué que les sous-titres de Stargate sont, en deux mots, à chier. Vraiment. À croire que les types qui les ont fait avaient Google Translate comme principal outil, et se sont contentés d’y passer les sous-titres pour malentendants de la version anglaise : des gros pans de dialogues sont complètement anéantis par des expressions idiomatiques traduites mot à mot, au point que franchement, même si vous n’avez qu’une compréhension limitée de l’anglais, je vous conseille la version sans sous-titres (malgré l’accent écossais redoutable de Carlyle, qui surprend un peu quand on a pas l’habitude des r roulés). Et je ne parle même pas des fautes d’orthographe, qui prouvent toutefois l’intervention humaine — jamais Google ne ferait une erreur comme confondre côte et cote.

À l’autre bout de la chaîne, je vous conseille sans réserve les sous-titres des fans de How I met your mother. Jeux de mots intraduisibles remplacés par d’autres, références américaines adaptées à leur équivalent français, il y a là du très beau boulot que, si j’étais le producteur des DVD français, je n’hésiterais pas à reprendre et rémunérer plutôt que de le faire refaire par des traducteurs certes professionnels, mais qui ne connaîtraient pas sur le bout des doigts l’univers de la série.

Et là, je me dis que ça ne peut pas être un hasard. La série issue d’un univers d’action et d’aventures à rebondissements est « traduite » par un type qui n’a jamais ouvert un dico et n’a qu’une compréhension limitée de l’anglais ; celles sur les dérives sentimentalo-humoristiques de trentenaires dépressifs et cultivés est adaptée par un gusse qui comprend les jeux de mots anglais et se creuse le chou pour proposer des plaisanteries analogues en français.

Ça confirme en tout cas une chose : toutes les séries n’ont pas le même public. Et ça confirme aussi, sans doute, que Stargate : Universe va souffrir d’un positionnement le cul entre deux chaises : ses auditeurs aiment plus les biceps que les cerveaux, ce qui présage mal pour une série psychologique, cloîtrée et introspective.

Stargate : Universe

herisson26 à 12:26 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Brad Wright et Robert Cooper, 2009–2010, ****

Si vous le voulez bien, on va conclure cette matinée Stargate avec la dernière série : Stargate : Universe. C’est la troisième grosse série dérivée de l’univers de La porte des étoiles, après SG-1 (qui a tenu dix ans, mais tourne un peu à vide après la sixième saison) et Atlantis (qui a tenu cinq saison, mais moi pas, vu que le meilleur épisode de la saison 1 était du niveau du plus mauvais de la saison 10 de SG-1).

J’avoue avoir eu peur. Vue la baisse de niveau général de l’univers depuis le milieu de la décennie, j’ai regardé les deux premiers épisodes avec précaution en me disant que si c’était pas bon, ce seraient aussi les deux derniers.

Et bien, c’est une bonne surprise. Alors qu’Atlantis se contentait de reprendre en moins bien les habitudes de SG-1 (explorer une planète, foutre le bordel, se battre contre l’ennemi récurrent puis se barrer), Universe prend rapidement sa propre tonalité, sa propre tournure, son propre rythme. D’abord, parce que c’est un huis-clos : les personnages sont coincés dans un vaisseau Ancien, qu’ils doivent tenter de comprendre et de maîtriser pour survivre, et ne passent la porte des étoiles dont il est équipé que ponctuellement, pour récupérer de quoi tenir (nourriture, eau, médicaments…).

Ensuite, parce qu’on retrouve, en beaucoup plus poussé, l’opposition militaire-civil qui faisait une part du succès de SG-1 (O’Neill/Jackson). Sauf qu’ici, le respect mutuel n’est pas gagné : on ne parle plus de deux individus, mais de deux factions sur une centaine de personnes, et les militaires ont « naturellement » le pouvoir du fait de leur armement tandis que les civils ont également des arguments à faire valoir — à commencer par celui que dans toute société civilisée, l’armée est au service du pouvoir politique et non le contraire.

Il y a, enfin, un casting, un peu long à s’imposer mais qui finit par assez bien tourner, avec le geek complexé de service et la cruche canon de service (Leonard/Penny de The Big bang theory, en quelque sorte) qui vont rapidement prendre une ampleur imprévue, et une opposition dans le triumvirat de direction entre le colonel Young, autorité militaire, Camille Wray, directrice des ressources humaines promue autorité civile, et le docteur Rush, maniaque de la civilisation Ancienne et le mieux placé pour comprendre le vaisseau et aider les autres à survivre.

Celui-ci, superbement interprété par Robert Carlyle (avec un accent écossais ultra-prononcé au passage, qui fait du bien aux oreilles), a toutefois un petit problème d’ego : les autres sont tous des crétins et il est le seul à comprendre quoi que ce soit. Cette conviction va parfois voler en éclats tragiquement, mais globalement son incapacité maladive à faire confiance à quiconque est à la fois un intérêt psychologique de la série et la source de bien des épisodes.

Un huis-clos paranoïaque avec de fortes dissensions au sein du groupe, c’est donc le principal ressort de Stargate : Universe, qui est radicalement différente du reste de l’univers Stargate, habituellement basé sur l’exploration. Le traitement psychologique est d’ailleurs beaucoup plus profond que dans SG-1 ou la première saison d’Atlantis, avec de nombreux flashes-back, des discussions entre les personnages et leur subconscient, des rêves à interpréter… Il y a heureusement quelques éléments comiques pour alléger le tout, comme les conséquences des échanges d’esprits permis par les pierres de communication : une personne dans le vaisseau prend le contrôle du corps d’un Terrien et réciproquement. Moment le plus hilarant sans doute : celui où une perturbation du système renvoie chacun chez soi, alors que l’esprit du voyageur était occupé à revoir sa femme dans le corps du terrien…

Bref, c’est bon, pas du tout dans la lignée des précédents Stargate (films ou séries), mais éminemment sympathique.

Stargate : SG-1

herisson26 à 11:55 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirs,moyenPas de commentaire

de Brad Wright et Jonathan Glassner, 1997–2006, ****/**

Vous vous souvenez de La porte des étoiles, de Roland Emmerich ? Et bien, quelques années après, elle est réactivée de l’extérieur et des bonshommes déguisés en serpents descendent des bidasses avant de repartir avec une blonde. Les autorités paniquent, récupèrent O’Neill qu’elles avaient mis à la retraite après le film, le renvoient sur la planète où il avait laissé Daniel pour savoir ce qu’il se passe. Problème : il ne se passe rien, les portes des étoiles forment en fait un vaste réseau et les assaillants sont venus d’une autre.

À la suite de cet épisode malencontreux, qui forme le pilote de SG-1, des équipes d’éclaireurs sont formées, qui vont visiter les planètes du réseau de portes des étoiles pour identifier les menaces potentielles et essayer de trouver des alliés. Petit à petit, les scénaristes vont rajouter tout un tas d’éléments plus ou moins capillotractés qui seront souvent repris dans les séries et films dérivés, mais ce sont surtout les découvertes de civilisations étrangères qui sont intéressantes : globalement, le bellicisme crétin des humains terrestres est souvent vu comme une faiblesse, et ils sont traités comme des ennemis, de la nourriture ou des esclaves, mais surtout comme des enfants turbulents.

SG-1 repose aussi sur un démontage en règle de toutes les mythologies terrestres. Les Goa’uld se sont imposés en tant que dieux égyptiens, c’est entendu ; mais petit à petit, les mythologies précolombienne, celtique et surtout scandinave y passent — le rôle des Asgard, nom qui rappellera quelque chose à tous les lecteurs de Thorgal, devient assez important vers le milieu de la série. Petit regret : que les scénaristes n’aient pas eu les couilles de s’en prendre frontalement aux religions du Livre — les Oris, à partir de la saison 9, montrent que l’intention était pourtant là…

Le fil conducteur est la lutte contre Apophis, puis contre les autres Goa’uld ; mais on découvre au fil des épisodes plein de petits à-côtés d’un univers finalement assez fouillé, même si la trame globale reste souvent la même — les humains débarquent, foutent la merde, émancipent les femmes et les esclaves et repartent.

Il y a aussi une poignée d’épisodes totalement hors série, souvent délirants, comme celui où l’on découvre qu’une éruption solaire peut perturber le continuum espace-temps et faire connecter une porte non ailleurs, mais à un autre moment. Voir Teal’c expliquer que son tatouage est le sceau de l’esclavage de son peuple à un hippie complètement stone restera un des grands moments de la télévision, et L’histoire sans fin (saison 4) est un des épisodes les plus amusants pour tout geek vaguement concerné par les paradoxes temporels. Autre monument geekesque : le passage de Martin Lloyd, extra-terrestre amnésique et paranoïaque qui réunit ses vagues souvenirs pour produire une sorte de parodie kitsch de SG-1, est purement excellent.

Enfin, il faut noter que la série repose dramatiquement sur son casting. O’Neill, repris par l’excellent Richard Anderson, est radicalement différent du personnage du film original (à l’époque interprété par Kurt Russell) : toujours bas de plafond, il est cependant beaucoup plus humoriste, capable de dérision, et son mépris envers les scientifiques et les civils est désormais teinté d’amusement. La relation O’Neill-Carter a d’ailleurs un côté je t’aime / je te méprise assez drôle de notre point de vue. Jackson abandonne assez rapidement son statut de guignol tout juste bon à éternuer pour devenir un personnage à part entière, plus sage, plus posé — il sera d’ailleurs le premier humain à faire l’Ascencion. Là encore, sa relation avec O’Neill est à la fois pathétique et comique, comme lorsqu’ils rencontrent une espèce dont les membres se présentent avec l’étymologie de leur nom : Daniel, en linguiste, reprend automatiquement leur formule de politesse (« Je m’appelle Daniel, et ça veut dire… »), hésite une seconde genre « tiens, c’est vrai, j’ai jamais réfléchi à ça, c’est quoi ce prénom ? », puis donne une traduction (« Dieu est mon guide ? »), tandis que O’Neill, à la fois narquois et limité, se contente de « Je m’appelle Jack, et ça veut dire Jack ». (Les anglicistes noteront un jeu de mots difficile à traduire, « jack » désignant un cric ou un valet.) Enfin, si l’introduction de Teal’c n’est pas exempte de maladresses, il est un élément central du casting, détaché, imperturbable, soulignant par l’opposition le côté excité et puéril des humains.

Cette dépendance au casting est d’ailleurs un des gros problèmes de SG-1, lorsque O’Neill devient général : n’accompagnant plus ses hommes sur le terrain, c’est à la fois un personnage central et un élément important du personnage de Carter (devenue colonel pour l’occasion) qui manque, et les saisons suivantes tournent sévèrement à vide.

On retrouvera d’ailleurs cette faiblesse dans Stargate : Atlantis, dont je vais certainement me fatiguer à faire une critique vu que c’est juste une sorte de copie ratée de SG-1, sans casting, sans références mythologiques, et donc sans intérêt.

On va donc dire qu’il y a grosso modo cinq ou six saisons à voir, puis SG-1 connaît une sévère baisse de régime en se concentrant trop sur la lutte contre les Goa’uld, puis elle tourne en rond après la promotion d’O’Neill et disparaît logiquement.

La porte des étoiles

herisson26 à 10:38 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Roland Emmerich, 1994, ***

Un égyptologue croisé boulet, Daniel, est envoyé à travers un trou de ver sur une exo-planète, avec une équipe de gros bras bas de plafond bien entendu. Là, il découvre une civilisation restée bloqué il y a trois mille ans, qui vit dans la crainte du retour de Ra. En fait, celui-ci n’est qu’un faux dieu qui utilise des technologies avancées pour asseoir son pouvoir¹. Du coup, les gros bras lui font péter à la gueule la bombinette qu’ils avait emportée, et ils rentrent sur Terre, laissant Daniel qui s’est trouvé une gonzesse sur place — et ça tombe bien, puisqu’en bon égyptologue il est le seul à parler la langue.

Le scénario a de bonnes bases pour faire plein de choses, de la psychologie, des langues afro-asiatiques, de la mythologie à donf, et même un petit traité d’athéisme. Mais bon, c’est Roland Emmerich qui réalise, donc on va plutôt se contenter de faire de l’action à gros bras — d’ailleurs, on a Kurt Russell au générique, plus connu pour ses biscottos que pour la finesse de son jeu psychologique.

Du coup, c’est un film distrayant, parfois marrant, qui a quand même vieilli (quinze ans d’évolutions des effets spéciaux numériques…), et qui risque pas de vous faire un nœud au cerveau.

¹ Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie, disait Arthur Clarke.

Page suivante »

Powered by WordPress