26 novembre 2010

Infidélité ?

herisson26 à 21:14 — Filed under: Air du temps,La minute geek,Prise de courgePas de commentaire

À lire, la chronique du week-end de Lâm, où il explique les bienfaits de l’infidélité.

Je m’y retrouve assez, dans pas mal de domaines. Pas seulement parce que j’étais un étudiant sous Mandrake en 2002 et que je suis sous Ubuntu en 2010 — mais toujours pas père de famille.

L’infidélité s’étend en fait à plein de domaines. De Mandrake, je suis passé à SuSE, puis à Ubuntu. J’ai même eu une période presque OS X. J’ai testé Mint il y a une semaine, et à chaque nouveau Windows je l’installe pour voir si les limitations que je lui trouve ont sauté. Et j’ai piqué des trucs à Windows 7 : si je peux toujours pas supporter un OS où il faut bricoler pour avoir des bureaux virtuels et où une fenêtre remonte devant les autres dès que je clique dedans, j’ai a-do-ré l’espèce de dock intégré au panneau, que j’ai pu retrouver grâce à DockBarX.

Mais ça vaut surtout dans d’autres domaines. J’ai laissé tomber Lost après la première saisons, j’ai décroché de Prison break pendant la deuxième. Et si je suis revenu à Lucky Luke avec les scenarii de Gerra, les derniers de Nordman et de Groot resteront hors de ma bibliothèque — qui a de toute façon assez à supporter sans eux. Quant à Luc Besson, avoir fait Nikita, Léon et Le cinquième élément n’est pas une raison pour me faire supporter Jeanne d’Arc.

Pis : ça vaut professionnellement. Franchement, j’ai été pion pendant quatre ans, j’avais accès aux concours internes de l’Éducation nationale, j’ai eu une licence de langues : la logique brute aurait voulu que je postulasse pour finir ma vie prof d’anglais. Deux ans plus tard, j’étais journaliste technique. Et demain ?

Demain, j’en sais rien. Je sais que le jour où cette vie me gavera, j’irai voir ailleurs, comme j’ai laissé tomber l’Éducation nationale quand elle n’a plus été le choix le plus bandant.

Savoir dire « stop », c’est important. Pas seulement pour les geeks.

Il y a un autre truc important : ne pas accepter de prendre un truc inconvenant parce que la marque chez qui on était lors de l’achat précédent a raté une marche. On n’est pas non plus obligé de changer. Même si on est geek et un peu malade dans sa tête et qu’on veut toujours avoir le dernier truc. Je prends un exemple emblématique : Pentax.

J’ai toujours, actuellement, mon K10D. J’ai plus d’une fois eu envie de changer, de me payer un nouveau reflex, parce que bon, rafale limitée ^^, exposition pas si fiable, autofocus qui fait chier en basse lumière, tout ça. Et la sortie des K20D et du K-7 d’une part, du D90 et de l’EOS 7D d’autre part, étaient de bonnes raisons de quitter Pentax. J’ai pourtant résisté.

Pourquoi ? Pas pour mon parc optique : le A 50 mm f/1,7 est correct, mais exigeant et je le sors rarement, le Sigma 17–70 fut bon mais a souffert de chocs, de poussières et de neige, bref, j’ai rien de particulièrement inoubliable de ce côté-là. J’ai résisté parce que je ne voulais pas revenir en arrière sur un domaine précis où Pentax a selon moi une vraie avance : l’interface. Si Nikon avait réussi à me rendre le D7000 aussi fluide à l’utilisation que le K-5, je serais peut-être jaune à l’heure qu’il est ; mais si ne pas acheter la dernière nouveauté est un signal d’alerte pour sa marque habituelle, rester avec un vieux machin est aussi un signal à la concurrence : y’a un truc sur le K10D que vous n’avez pas trouvé.

Autre exemple : le téléphone. Mon vieux bousin noir et moche est presque totalement inutile dans ma situation actuelle, où il me faudrait plus un terminal Internet mobile qu’un téléphone. Garder un My101x au lieu de me ruer sur un Desire ou un N900 est là encore un signal : les gars, faut faire quelque chose. Mettre un clavier sur le premier, gérer le multipoint sur le second — dans les deux cas, des trucs tout cons mais qui manquent cruellement à mon cas particulier.

Bon, aujourd’hui, j’ai plus d’excuse : le K-5 réunit les bons côtés des deux mondes (d’ailleurs, il a pris cinq étoiles malgré une vidéo de merde) et le Desire Z a un clavier. Va falloir que je casse la tirelire.

Pour conclure, y’a quand même un point que Lâm a passé sous silence : celui où la fidélité est également intéressante. Aucune marque n’est indéboulonnable, mais je crois qu’en matière de relations humaines il est bon de conserver quelques repères. Ne serait-ce que parce que seuls des amis qui vous connaissent de longue date ont une chance de remarquer une évolution, quel qu’en soit le sens, et de mettre le doigt sur une faiblesse potentielle avant qu’elle devienne gênante.

Pour caricaturer : on a vite fait de devenir un gros con, et si ce trajet s’accompagne de changements trop fréquents d’entourage, le phénomène risque de passer inaperçu : de gens qui vous ont connu charmant, vous passez à des gens qui vous ont connu bizarre, puis à des qui vous ont connu imbu, avant de finir chez ceux qui vous connaissent haïssable, sans qu’aucun n’ait eu l’occasion de dire « ouh là, tu pètes les plombs, arrête ça tout de suite ».

Je précise que ce n’est le cas d’aucun de mes amis de longue date, et que si c’est mon cas merci de m’écrire sans délai à ce sujet.

22 novembre 2010

Red

herisson26 à 0:07 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Robert Schwentke, 2010, ***

Le truc du moment, c’est de ressortir les gloires des films d’il y a vingt ans pour faire des parodies agitées. Y’a eu The expendables, voici Red.

Que dire ? Que les quatre cabots de l’affiche jouent avec leur âge et des gros flingues ? Que l’histoire est tirée par les cheveux mais qu’on s’en fout ? Que Malkovitch a jamais été aussi déjanté ? On l’a déjà dit…

Voilà donc un film prévisible, qui est assez précisément ce qu’on attend : drôle, parfois très con, mais marrant, explosif et sans temps mort. 0 % réflexion, 100 % distraction. Et c’est bien cool.

21 novembre 2010

La famille Jones

herisson26 à 23:54 — Filed under: Air du temps,Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Derrick Borte, 2009, ****

Vous connaissez le marketing viral ? Le concept est simple : on vous fait un document (clip le plus souvent) amusant, drôle, bien fichu. Comme vous aimez amuser ou étonner vos amis, vous le faites tourner sur votre blog, sur Facebook ou par n’importe moyen. Et le document est une pub, qui ne met pas trop le produit en avant, mais calculée pour qu’il reste quelque part dans votre esprit. Typiquement, ce genre de truc pourrait être du marketing viral — sauf que moi, dès le départ, je vous ai dit que c’était une pub.

Les Jones, c’est une famille de marketing viral. Totalement composite, avec le père et la mère quadragénaires, riches, sympathiques, et leurs enfants lycéens, beaux, intelligents… La famille parfaite de prospectus, sauf qu’elle est vivante, et habite à côté de chez vous. Leur boulot ? Vous plaire, vous distraire, vous amuser, et vous donner au passage envie de vous offrir ce cabriolet rouge, cet anti-rides miraculeux, ce polo, ce club de golf, ce smartphone, cet écran plasma, bref, tout ce qu’ils ont et que vous n’avez pas.

Le concept de base est donc impressionnant de cynisme, mais finalement pas plus que certaines réflexions de présidents de TF1 ou d’autres publicistes. Le film lui-même attaque donc sur cette idée forte et, s’il n’analyse pas en profondeur les mécanismes du désir, il démonte suffisamment ceux de la pub pour faire prendre un peu de recul, rire jaune de ses propres réactions et s’intéresser à l’histoire. Suit hélas une deuxième partie un peu molle, qui déroule logiquement le script attendu, avant une troisième partie plus trash qui peut à elle seule refuser à cette œuvre le statut de comédie — si on y rit encore, c’est avec un arrière-goût très, très amer sur la langue.

Car malgré le point de départ s’y prêtant magnifiquement, La famille Jones évite de s’arrêter à la vague comédie de mœurs et devient par moments féroce, poussant les comportements jusqu’à leur extrême conclusion… Et au passage, on notera un « cut » final absolument irréprochable, presque aussi bien placé que celui d’un Inception — c’est toujours une satisfaction pour moi de me dire « tiens, si le réal a du cran, il va couper là » un quart de seconde avant la fin du dernier plan, satisfaction d’autant plus rare qu’Hollywood a tendance à imposer des épilogues assez standardisés après le moment opportun (phénomène que j’appellerai «  complexe Blade Runner  »).

On notera également les excellentes performances des acteurs, avec une mention particulière à David Duchovny, Ben Hollingsworth et Christine Evangelista — cette dernière étant tout à la fois l’occasion de pousser le cynisme publicitaire à l’extrême, grâce à son personnage rebelle qui est, finalement, une cible publicitaire comme les autres.

C’est donc un ensemble solide, qui pèche par un tiers central manquant de nerf, mais qui mérite d’être vu.

À quoi sert BitTorrent

herisson26 à 11:46 — Filed under: Air du temps,La minute geekPas de commentaire

Le téléchargement, c’est mal. Le pair-à-pair (p2p en anglais moderne), c’est le diable lui-même. Il faut donc filtrer Internet pour ne laisser passer que le web et le courrier électronique, parce que le reste, ça ne sert qu’aux vilains pirates.

Bon, ben moi, je me sers de BitTorrent presque au quotidien. Pourquoi ?

bittorrent

Parce que si chaque distribution Linux devait se payer des serveurs capables de fournir 3 Mo/s à chaque client, on pourrait dire adieu à Linux. 14 pairs qui m’envoient des données en parallèle, ça marche vachement mieux et ça coûte (quasiment) rien à personne.

Et j’ai même pas eu le temps de taper ce billet que le fichier est déjà arrivé…

18 novembre 2010

The IT crowd

herisson26 à 23:35 — Filed under: Cinéma et télé,moyenPas de commentaire

de Graham Linehan, depuis 2006, **

Jen a menti sur son CV, prétendant être experte en informatique alors qu’elle ne sait même pas ce que veut dire « IT ». Mais l’employeur étant encore plus ignare, il l’embauche comme responsable du département informatique, et elle va devoir trouver une place au milieu de Roy, geek modèle standard, et Moss, brillant semi-autiste au fonctionnement quasi robotique.

Le concept n’est pas mauvais. Les personnages sont caricaturaux, mais pas forcément inintéressants, et il y a matière à quantité de gags amusants. Le problème, c’est que le scénariste ne les trouve pas toujours, et que lorsqu’il les trouve il les amène mal.

Du coup, d’une bonne idée, on se retrouve avec une série assez molle, terriblement caricaturale — c’est Anglais et on y retrouve l’esprit des pires moments des Monty Python —, répétitive et souvent assez ennuyeuse.

Quand je pense que certains comparent ça à The Big Bang theory, série geek américaine… Non, rien à voir, à part l’arrivée d’une femme dans un univers de geeks : celle-ci est souvent drôle, variée, parfois fine, les personnages y évoluent réellement d’un épisode à l’autre, et geeks et blonde ont des incidences les uns sur les autres. Dans The IT crowd, tout est figé, et si Jen se retrouve physiquement au département informatique, elle ne semble avoir aucune influence sur la vie des informaticiens et n’est pas non plus touchée par leur univers.

Bon, il y a quand même un truc bien trouvé : le dépanneur informatique qui, lorsque le téléphone sonne, dit « avez-vous essayé de l’éteindre et de le rallumer ? » avant même que son interlocuteur ait pu expliquer son problème — avec variations, comme lorsqu’il règle le répondeur pour dire la même chose… Ça fait un gag récurrent qui marche, mais ça ne suffit pas pour faire vingt-quatre épisodes de vingt minutes.

Hubble

herisson26 à 0:14 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Toni Myers, 2010, ***

J’avais neuf ans quand Hubble a été lancé. Surtout, j’avais treize ans lorsqu’un équipage est monté lui apporter une série de modifications visant à corriger sa myopie initiale : cette mission, énormément médiatisée à l’époque (plusieurs minutes de comptes rendus quotidiens au journal télévisé notamment), m’avait profondément marqué.

Étant tout à l’heure à la Cité des sciences (invité par l’UGC à voir une présentation sur le laser, très intéressante soit dit en passant, avec un présentateur un peu à l’ouest mais à la passion réelle et communicative), j’en ai profité pour voir Hubble, film réalisé cette année et projeté à la Géode.

Le film retrace l’histoire de Hubble, à travers trois missions spatiales : STS-31 (Discovery, 1990, mise en orbite), STS-63 (Endeavour, 1993 donc, réparations optiques) et STS-125 (Atlantis, 2009, améliorations, nouveaux instruments et remplacement du système de positionnement).

L’image est bien entendu le principal point remarquable. La Géode, pour ceux qui l’ignoreraient, est une des rares salles hémisphériques en service en France. Le projecteur est un Omnimax, autrement dit un IMAX (70 mm à défilement horizontal) équipé d’un fish-eye. Et sur les séquences qui tirent vraiment profit, c’est vraiment impressionnant : bien assis, légèrement basculé en arrière, on est immergé sur la totalité du champ de vision, avec une définition impressionnante.

Certes, les droites ne sont pas toujours droites, les aberrations chromatiques en bordure sont notables, et bien entendu le piqué s’effondre en périphérie (le fish-eye à la projection corrige la distorsion du fish-eye à la prise de vue, mais il ne peut pas recréer les détails disparus), mais c’est vraiment impressionnant et immersif. Je n’avais vu qu’une fois une projection Omnimax, il me semble que c’était à Aéro-City (parc à thème ardéchois, coulé en 2002, relancé l’an passé sous un nouveau nom, et surtout connu pour être le cimetière d’un rarissime Bréguet 941S qui serait bien mieux dans un musée), en tout cas j’avais une dizaine d’années et mon souvenir n’était pas aussi impressionnant, ça a dû s’estomper avec le temps. En vrai, c’est vraiment superbe.

Le problème, bien sûr, c’est ce petit détail : « sur les séquences qui tirent vraiment profit ». Les images tirées de Hubble sont bien entendu dans ce cas (le propre d’un télescope spatial, c’est d’avoir une résolution au top et d’en tirer des images superbement définies) ; les images de STS-125 également, la NASA ayant envoyé une caméra IMAX avec l’équipage. Mais le reste… C’est souvent filmé au caméscope par les équipages des missions précédentes, ou bien c’est des extraits d’émissions d’actualités, dans le meilleur des cas c’est du 35 mm « gonflé » pour monter en IMAX. L’image est donc in fine extrêmement variable et parfois bien pourrave.

L’autre faiblesse du film, c’est qu’il s’adresse de toute évidence à des Américains. Les cosmonautes¹ sont donc de véritables héros risquant leur vie pour la grandeur de la nation, ou un truc du genre, et ce côté roulements de tambours me gave un peu. La narration souffre également de quelques citations cultes, telles que : « cette galaxie est située à dix milliards d’années-lumière. La lumière qu’elle émet a voyagé des milliards d’années avant de nous parvenir »².

Alors, à voir ou pas ? Ma réponse en bref : oui. Ne serait-ce que pour en prendre plein les mirettes, pasque c’est bô, tout ça.

Après tout, on est pas obligé d’écouter ce qui se raconte.

PS : j’oubliais un truc. Y’a une scène qui parlera forcément aux photographes, parce que c’est un vieux rêve qui se réalise. Un type qui se promène avec un Nikon pro et ce qui ressemble fort à un 600 mm f/4, et qui manipule ça d’une main comme n’importe quel compact.

Y’a pas, ça a du bon, l’apesanteur. ^^

Au passage, salutations aux trois autres invités UGC, un père, son fils et sa fille, qui sont sans doute parmi les amis à usage unique³ les plus intéressants que j’aie croisés. Merci pour les trois heures bien sympas.

¹ Avant qu’un fâcheux quelconque ne me fasse remarquer qu’on doit dire « astronaute » pour les Américains, j’avance que par définition un astronaute va sur un astre. Il y en a eu vingt-trois si mes comptes sont exacts, en admettant tous ceux qui ont fait un aller-et-retour Terre-Lune (douze si on ne compte que ceux qui ont effectivement touché un astre). Les gens qui ne visitent ni n’approchent un astre, mais voyagent dans l’espace, sont des cosmonautes (navigateurs de l’univers en grec). Quant à « spationaute » et « taïkonaute », ça ne veut rigoureusement rien dire puisque ça mélange les langues (latin-grec et mandarin-grec).

² Promis, je me moquerai plus jamais du « tu te rends compte, si on était pas resté tanké une heure quarante dans le sable, ben on serait arrivé depuis une heure quarante » de Johnny Hallyday.

³ Ce sont des cinéphiles, donc je leur fais confiance pour comprendre l’allusion si jamais ils tombent sur ce blog.

15 novembre 2010

Les vainqueurs du remaniement

herisson26 à 0:24 — Filed under: Air du temps,Prise de courgePas de commentaire

Oups, j’ai utilisé un mot inadéquat dans mon titre. Remaniement, ça supposerait que l’on remanie quelque chose, ce qui implique d’ »apporter des modifications ». Or, là, les modifications, faut une bonne loupe (genre microscope électronique) pour les trouver.

Quand on fait rien, c’est « néant » qui est adapté, mais le problème, c’est que « les vainqueurs du néant », c’est un joli titre pour un film d’horreur spatial, voire pour un roman sur la seconde guerre du Golfe, mais ça le fait pas pour un billet politique. Et « les vainqueurs de la reconduction », ça collait pas non plus, puisque justement ce qui ont gagné sont les rares qui n’ont pas été reconduits — ou qui ont été reconduits par Hortefeux : à la porte de leur cabinet.

Oui, parce que vous vous souvenez forcément de mon billet sur l’alternance, vous savez à peu près ce que je vais dire : les baisés sont ceux qui hériteront du bilan actuel.

Je ne suis pas étonné que Sarkozy ait souhaité garder Fillon. Fillon a, ces derniers temps, montré une certaine distance vis-à-vis de Naboléon, et sa cote de popularité a remonté aussi sec, ça a de quoi exciter un petit nerveux qui veut que tout le monde le regarde. Sarko n’est pas forcément mauvais tacticien, même s’il a misé sur Balladur à une époque où celui-ci était en train de se faire planter en beauté par ce renard de Mitterrand, il est rancunier et jaloux de tout ce qui concurrence son côté paon. Donc, Sarko garde Fillon pour pas couler seul, c’est bien fait, na.

Je suis plus étonné que Fillon ait accepté, ce qui me paraît une erreur stratégique à côté de laquelle Ferrari renvoyant Alonso derrière Petrov tout à l’heure passerait pour une partie de rigolade. Mais après tout, peut-être qu’il n’aime pas l’Élysée.

Parce que les vainqueurs de ce pseudo-remaniement, n’en doutons pas, sont ceux qui pourront se présenter en 2012 avec une étiquette de droite (la gauche sera en train de s’étriper autour des cadavres fumants de Royal et Strauss-Kahn) tout en incarnant le changement.

Autrement dit, ceux qui sont sortis aujourd’hui.

Hervé Morin espère en être. Il a été le premier à dire qu’il allait sortir et a déjà commencé le travail de sape, avec ses histoires d’équipe resserrée autour des fidèles. Faire passer le gouvernement pour la continuité du précédent, il n’aura pas de mal, lui rajouter l’étiquette « 100 % Sarko » et la faire peser sur tout adversaire potentiel ne sera guère plus compliqué. Dire « c’est pas ma faute, ils m’ont jamais vraiment accepté parce que je faisais pas partie du club », ça va forcément marcher. Et il a d’autant plus de chances qu’il va récupérer les voix socialistes qui n’iront ni au NPA ni à Europe Écologie — à moins que le PS arrive à s’unir correctement d’ici là, mais on parle de politique, pas de science-fiction. Son vrai handicap, c’est d’arriver à éliminer Bayrou, qui occupe le même territoire et continuera à se présenter aux présidentielles jusqu’à son dernier souffle.

Jean-Louis Borloo espère aussi. Mais pour lui, la tâche est plus compliquée. Il a sa bonne bouille de soûlard, et les Français aiment avoir un Dieu à leur image, mais il aura du mal à se présenter comme l’alternance après que tout le monde l’a vu à la place de Fillon pour continuer le boulot. Il a deux ans pour devenir un vrai « alternant », et on peut parier que les porte-flingues de l’UMP s’attacheront à rappeler qu’il est de la maison.

Dernier vainqueur ? Allez, un troisième pour la route. Rama Yade sort finalement par la grande porte. Les Français ne retiendront pas trop ses bourdes, mais plutôt son côté social, et auront l’impression qu’elle a été virée pour avoir trop ouvert sa gueule et avoir été l’une des rares à oser se lever contre le président. Yade, victime de son honnêteté ? Ben voyons, et le père Noël en string aussi ? Elle était la favorite du maître, et c’est pas un poste où on arrive sans une bonne paire de dents et une déontologie à géométrie variable. Mais elle a un tapis rouge sous les pieds si elle joue cette carte : les Français aiment les victimes. La botte secrète, c’est que contrairement aux autres, elle a réussi à se garder d’une image d’arriviste et pourrait même se présenter comme la candidate des convictions contre ceux qui ne s’intéressent qu’à obtenir le poste suprême.

Et même moi, franchement, je dois dire qu’un second tour Yade — Royal, Yade — Borloo ou Yade — Strauss-Kahn, tant qu’à choisir quelqu’un qui ne m’inspire ni respect ni confiance, y’a des chances que je vote pour celle qui, au moins, sera décorative en photo dans les mairies.

14 novembre 2010

15 commandements du bon journaliste

herisson26 à 17:56 — Filed under: Confrères et cons frères6 commentaires

Après les 15 commandements de la bonne attachée de presse, il est temps de balayer devant sa porte. Voici donc les commandements du bon journaliste, en particulier pure player¹, qui devraient lui assurer une longue et harmonieuse relation avec les attachées de presse, les chefs produits² et les confrères.

Puisque mes contacts n’ont pas voulu s’en donner la peine (à part Philippe, attaché de presse sans e³, qui s’est arrêté au septième), je m’y colle.

  1. Arrivez à l’heure, et pas seulement aux excursions organisées par l’armée. Il y a deux ans, c’était « j’arriverai avec un quart d’heure de retard, ça sert à rien d’arriver à l’heure ». Les attachées ont donc avancé les rendez-vous, et maintenant j’entends « j’arriverai avec une demi-heure de retard » pour la même raison. Au train où ça va, les rendez-vous seront bientôt donnés la veille au soir, et il est peut-être temps d’arrêter cette course idiote. C’est pourtant pas compliqué d’être à l’heure : sauf exception, vous vivez à Paris, les conférences sont à Paris, et on peut calculer assez précisément le temps que prend un trajet intra-muros. Ne croyez pas que le petit retard de Ghesquière et Taponier vous exonère de cette politesse élémentaire : eux ont une excuse sérieuse.
  2. Lisez les CP avant de poser des questions. Les attachées de presse usent leurs doigts à les taper, et il arrive même qu’on y trouve des informations intéressantes — certaines osent même y inclure une fiche technique. En particulier, évitez de répondre « prix dispo ? »⁴ sans avoir soigneusement vérifié qu’il n’y avait pas écrit « Disponible fin août pour 223 kopecks » dans le CP, le courriel ou le diaporama de présentation.
  3. Ne confondez pas les marques et références. Oui, c’est compliqué de retenir la différence entre Shôka DMC-23 et Toma DSC-27, mais ça fait partie du boulot. Faites attention à la position des traits d’union, aux espaces, aux points. Et évitez de demander à l’attachée de presse de Shôka de vous envoyer un DSC-27 en test : avec un peu de bol, ces deux appareils aux noms quasi-identiques sont ennemis jurés sur le marché et la simple mention du concurrent lui provoque des crises d’urticaire.
  4. Connaissez vos produits. Alors là, soyons honnête : personne ne peut retenir par cœur les caractéristiques des 150 appareils photo (je ne parle même pas du reste) qui sortent chaque année. Mais sachez à peu près quelle gamme correspond à quoi, histoire de ne pas passer pour une bille en prenant un toutenplastoc à 80 € pour un appareil haut de gamme parce que vous avez confondu série S et série W.
  5. Ne confondez pas les agences de presse. Et surtout, suivez qui bosse pour qui. Parce que, non content de rajouter un interlocuteur entre vous et eux, les constructeurs changent régulièrement d’agence de RP⁵. Et ça risque de jeter un froid si vous vous en prenez à une attachée de presse de l’agence Parad’dit qui ne vous a pas invité au VP de Toma alors que Toma a précisément quitté Parad’dit avec pertes et fracas le mois précédent (comme quand on a raté un épisode des Feux de l’amour, mieux vaut la fermer dans le doute).
  6. Ménagez les chefs produits. Ils passent encore plus de temps que vous à apprendre les caractéristiques de leurs gammes. Chaque année, ils reprennent tout à zéro. Chaque année, des Nippo-Coréens d’Amérique du Nord leur expliquent que la nouvelle gamme écrase l’ancienne et les forcent à apprendre par cœur l’ensemble des détails qui font que c’est plus mieux. Alors, évitez de leur sortir de but en blanc : « boaf, c’est le même que l’an passé avec deux pov’ mégapixels de plus, mais on s’en fout puisque l’optique passait déjà pas ». Et s’ils vous rappellent que cette année, ils ont génialement et en première mondiale introduit la reconnaissance des chiens et des chats⁶, retenez-vous d’éclater d’un rire dément.
  7. Soyez sympas avec vos confrères. Évitez de leur dire que leur papier du mois dernier était bourré de conneries, surtout s’ils ont juste oublié de signaler le ME-F dans l’histoire de l’autofocus (ou autre détail dont seul un gilet à poches confirmé peut avoir connaissance). Ne leur dites pas non plus, même sous couvert d’humour, que le papier est un medium mort et que, sans un site web bien maintenu, leur employeur va couler dans les trois mois. D’une part, ça vous fait passer pour un gros con arrogant (oui, les journalistes sont parfois assez perspicaces) ; d’autre part, c’est faux, les ventes de papier se maintiennent assez bien dans votre domaine. Et puis, le jour où vous vous ferez virer de votre pure player, vous serez bien content de trouver un poste dans le papier au lieu de devoir chercher un boulot qui ne vous donnerait plus droit à la CIJP⁷ et à l’allocation pour frais d’emploi⁸.
  8. Soyez gentil avec les attachées de presse. La plupart font sérieusement leur boulot et sont dans le poste idéal pour se faire engueuler par les chefs produits, les autres représentants des constructeurs et les journalistes. Et si elles ne vous prêtent pas le produit que vous voulez au moment où vous le voulez, c’est généralement indépendant de leur volonté : engueulez plutôt le chef produit qui ne leur a pas donné de stock presse suffisant ou le confrère qui ne l’a pas rendu en temps et en heure.
  9. Corollaire du précédent : rendez les produits en temps et en heure. C’est tentant parfois de vouloir garder un produit après l’échéance du prêt, mais c’est pas bien. D’une part, parce que votre confrère qui ne l’a pas encore eu attend que vous le rendiez pour pouvoir lui aussi le tester. D’autre part, parce que ledit confrère n’a pas lu le §8 ci-dessus et va s’empresser de passer un savon à l’innocente attachée de presse. Attention, rendez les produits, mais videz les mémoires : qui sait ce que le confrère suivant fera des photos que vous aurez laissées dans l’APN en test ?
  10. Soyez gentil avec les produits. Oui, à force de prendre des 2/10, des « pauvre » et des 32/100, certaines marques se lassent. Si en plus vous partez en guerre contre une caractéristique honteuse d’un produit, et quelles que soient vos excellentes raisons pour détester la valse des dalles, le non-support du 64 bits ou les puces GPS dont le principal effet est de pomper la batterie, vous vous exposez au blacklistage⁹ sur ordre direct et exprès du siège coréen ou japonais (qui, soyons honnête, n’a rien à foutre de savoir que vous avez 18 000 lecteurs par jour dans ce minuscule pays qu’on appelle la France).
  11. Écoutez vos lecteurs. Comme vous êtes pure player, vous avez forcément un forum où vos lecteurs se feront un plaisir de commenter vos articles et de vous donner des conseils. Discutez avec eux : ils ont plein de bonnes idées et peuvent vous signaler discrètement les erreurs avant qu’un confrère sadique (cf. §7) ne le fasse en public. Et puis, l’aspect communautaire de la discussion vous permettra de les fidéliser et de conserver une bonne image, ce qui les incitera à vous faire tester l’appareil qu’il auront acheté avec leurs sous quand son constructeur vous aura blacklisté.
  12. Sachez ignorer vos lecteurs. Oui, à la moindre modification des notations, vous allez en voir vingt demander votre mise à mort parce que « non mais le son stéréo, ça intéresse qui, franchement ? ». Oui, à chaque test, vous en avez dix qui vous insultent parce que vous n’avez pas parlé de telle fonction à la noix qui rendrait génial leur appareil préféré. Oui, ils se planquent derrière l’anonymat et, contrairement aux chefs produits, ne sont tenus à aucune réserve. Ne vous mettez pas martel en tête et envoyez-les chier vertement : mieux vaut rester droit dans vos bottes avec des règles claires que de revoir vos articles et changer les critères toutes les semaines.
  13. Buvez et mangez raisonnablement. Les attachées de presse compétentes connaissent par cœur nourriture et alcool préféré de chaque journaliste. A priori, elles pensent que si vous faites ce métier, vous avez forcément le foie cirrhosé et l’estomac distendu. Ne leur donnez pas raison et soyez celui qui reste debout. En plus, si les chef produits boivent avec vous, avoir oublié le lendemain ce qu’ils vous auront raconté après huit verres de pinot gris et trois mojitos sera une faute professionnelle.
  14. Ne draguez pas les attachées de presse. Ni les cheffes produits. Ni les consœurs. D’une part, vous découvrirez que leur large sourire est rigoureusement professionnel et qu’en dehors de ça, elles ont bien compris que vous étiez un connard arrogant (elles aussi sont parfois perspicaces) ; d’autre part, elles ont bien assez de dossiers sur vous du fait de votre ivrognerie en public sans en plus leur donner un aperçu de votre ivrognerie en privé. Bon, après, faut reconnaître qu’il y a quand même pas mal de couples dans ce genre qui fonctionnent, donc faites comme vous le sentez.
  15. N’écoutez jamais les confrères. Ils vous diront d’être poli, ponctuel, bienséant, discret et gentil avec tout le monde, mais en enquêtant un peu vous découvrirez qu’ils ont fait leur trou dans le milieu en se faisant remarquer d’entrée, par exemple en arrivant en sandales dans une soirée huppée, en arborant une crête d’Iroquois rouge fluo, en cassant le lavabo d’une attachée de presse un soir d’abus de vodka-orange ou en clamant à un chef produit que personne d’un tant soit peu honnête ne pouvait utiliser une autre expression que « grosse merde » pour parler de son appareil.

Allez, on s’arrête là. Je sais pas vous, mais moi, je me serai bien amusé ce week-end. ^^

¹ Mais si, souvenez-vous : anglicisme débile désignant ceux qui n’écrivent pas dans un journal papier, ne parlent pas à la radio ou à la télé, mais publient uniquement sur Internet.

² Personne chargée par un constructeur de gérer distribution et promotion d’un produit ou, plus souvent, d’une gamme de produits.

³ Si, si, ça existe. Euh non, il est même pas efféminé. Oo

⁴ Expression toute faite permettant de demander simultanément quand un produit sera effectivement disponible à la vente et son prix estimé.

⁵ Abréviation de « relations presse ».

⁶ Authentique.

⁷ Carte d’identité des journalistes professionnels. Plus communément appelée « coupe-file gratos pour les musées », « visa pique-assiettes pour les soirées chic » ou « je vais pas me faire chier à demander une accréditation ».

⁸ Preuve que tous les privilèges n’ont pas été abolis le 4 août 1789, et que la dîme et la gabelle restent destinées à ceux qui n’ont pas trouvé le bon plan.

⁹ Anglicisme désignant le fait pour un constructeur de ne plus envoyer de CP, de ne plus inviter aux conférences et de ne plus prêter de produit, bref, de faire comme si vous n’existiez plus.

Célébration

herisson26 à 13:26 — Filed under: Confrères et cons frères,InsolitePas de commentaire

Entendu à l’instant sur Canal + :

À Colombey, Nicolas Sarkozy célèbre le quarantième anniversaire de la mort du général.

Je pense que le terme conseillé était « commémore », mais le lapsus est plutôt drôle, non ?

Désinformation

herisson26 à 11:15 — Filed under: Air du temps,Confrères et cons frèresPas de commentaire

Entendu sur TF1 (bon, okay, je sais…) :

Vous dépassez la vitesse autorisée de un kilomètre/heure, et la machine [à supprimer les points de permis] se met en route.

Que dire ? C’est juste totalement faux, et aucun journaliste digne de ce nom ne peut honnêtement dire ça. (J’attends avec impatience la création d’un Conseil de l’ordre des journalistes, pour radier certains de mes confrères…)

C’est faux, parce que l’administration impose une marge de sûreté sur les radars. En pratique, si, comme le montre le reportage, le cinémomètre du gendarme indique 51 km/h au lieu de 50, l’homme en bleu derrière ne fait rien, parce qu’en vertu de cette marge il doit retenir une vitesse de 46 km/h (5 km/h pour des vitesses mesurées inférieures à 100 km/h sur un système fixe, en l’occurrence des jumelles laser sur pied, cf. titre 2, article 6 de l’arrêté du 4 juin 2009).

En fait, pour lancer la machine, comme ils disent, il faut une vitesse affichée de excessive de 6 km/h jusqu’à 100 km/h, de 5 % plus 1 km/h au-delà. Mine de rien, ça laisse quand même une marge : si vous visez de rouler à 50, en pratique, vous maintiendrez assez facilement votre vitesse entre 47 et 53.

Pis, en fait, je n’ai jamais vu de compteur de voiture indiquant une vitesse inférieure à la vitesse réelle. J’en ai connu un parfaitement calé (l’AX maternelle avec 2,2 bars à l’avant sur des pneus neufs), la plupart sont excessifs de 2 ou 3 %, et le record est détenu par celui de mon Caravelle qui pouvait indiquer imperturbablement 180 km/h (en descente, okay, mais même : un T3 JX à plus de 120, c’est même plus la peur du radar mais juste la douleur dans les tympans qui fait lever le pied).

Donc, si vous vous faites choper à 56 km/h par un radar, c’est très probablement que vous rouliez à un bon 60 au compteur.

Mais quand on est « journaliste » sur TF1, c’est pas rentable de dire aux gens qu’ils l’ont bien cherché. Mieux vaut leur faire peur avec une administration ogresse implacable qui leur en veut personnellement et à qui ils n’ont nulle chance d’échapper…

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