28 juillet 2010

Night and day

herisson26 à 19:43 — Filed under: Cinéma et télé,La minute geek,fréquentablePas de commentaire

de James Mangold, 2010, ***

Dans notre série variation sur un thème imposé, je demande : la comédie d’espionnage avec une jolie fille qui tombe par hasard dans la vie d’un agent secret. Cameron Diaz a toujours un petit quelque chose de craquant qui aide à faire passer les comédies simplettes dans lesquelles elle joue, Tom Cruise est toujours aussi inexpressif mais ça passe pas trop mal dans le rôle, les rebondissements sont prévisibles mais bien réalisés, les dialogues amusants et bien récités, et le film tourne comme une Pontiac GTO. On rit bien, on se fatigue pas les neurones, c’est sympa.

Filons quand même une grosse baffe dans la gueule du mec chargé de traduire le titre. En version originale, ça donne : Knight and day. En version « française », Night and day. Vous voyez le problème ?

Il se trouve que ce ‘k’ manquant est important dans le film. Ce n’est pas juste un jeu de mot basé sur l’homophonie de knight et night, c’est une identification des personnages : le chevalier désigne l’agent secret, discret, fantômatique et condamné à rester dans l’ombre, la lumière du jour représentant l’innocente blonde qui se trouve mêlée à son histoire, radieuse, lumineuse et pas du tout discrète. Autrement dit, non content de ne pas traduire le titre, le traducteur a supprimé son double sens pour en revenir à une notion strictement chronologique.

Crétin, va.

PS : j’avais oublié un truc. Y’a un gros gros bug au début du film, que ne peut que noter n’importe quel geek de base pour peu qu’il ait eu l’occasion d’approcher un aéroport. Au décollage, on distingue parfaitement le bout d’aile de l’avion emprunté par les personnages principaux, caractéristique d’un Airbus de la famille A320 (la forme du winglet, un petit triangle asymétrique, droit au dessus et arrondi en dessous du saumon, est très reconnaissable). Me suis même dit : « tiens, un Airbus dans un film américain, c’est pas banal ». Par la suite, on voit parfaitement le fuselage de l’avion : c’est un Boeing 727.

Pis : quand on voit le cockpit, celui-ci est un « glass cockpit » (les instruments sont remplacés par des écrans cathodiques), alors que le 727 a toujours eu des bons vieux cadrans à aiguille, et le manche à balai est un gros volant, alors que les A320 et clones utilisent des mini-manches sur les accoudoirs : le cockpit est donc celui d’un troisième avion…

Millenium : la reine dans le palais des courants d’air

herisson26 à 19:30 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Daniel Alfredson, 2009, ****

Après la fin de La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, Lisbeth Salander est grièvement blessée et poursuivie pour parricide. Mikael Blomkvist et les autres rédacteurs de Millenium préparent un numéro spécial, à publier à l’aube du procès, qui doit révéler toute l’histoire et expliquer pourquoi elle a tenté de tuer son père, un ex-agent du KGB passé à l’ouest que la Suède protège depuis malgré toutes les ignomonies.

Sans grande surprise, ce troisième film est la suite précise du deuxième : ils forment un diptyque, assez indépendant d’ailleurs de Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (premier de la série). Excellent polar, mâtiné de chronique judiciaire (au passage, soit le code de procédure suédois est profondément différent du français, soit c’est absolument hors des clous à ce niveau), un peu psychologique, étonnamment soft malgré un écho appuyé à la scène la plus trash du premier opus… On passe un bon moment, bien porté par des personnages antipathiques et des acteurs d’une sobriété exemplaire. Mais on ne retrouve pas le niveau enthousiasmant du volume initial.

25 juillet 2010

La pub vous prend pour des cons

herisson26 à 16:58 — Filed under: Coups de sang,La minute geek,Pire que de la pubUn commentaire

Désolé, j’ai pas retenu pour quoi c’était et, conséquemment, je peux pas la retrouver pour partager ce morceau d’insondable connerie qui me les brise depuis un moment à chaque fois que je vais innocemment voir un film.

C’est l’histoire d’un geek qui reçoit une voisine et lui explique qu’il a un ordi que c’est trop de la balle, et qu’elle fait évidemment griller dans la minute, oh que c’est drôle, je suis mort de rire. (Mise en scène et direction d’acteurs splendides, même la première fois c’est déjà chiant.)

Ce qui me met les nerfs, c’est l’argument ultime sorti par le geek : « il est plus puissant que les ordis de la navette spatiale, t’imagines ? »

Pourquoi ça m’énerve ? Parce que des trucs plus puissants que les ordis de la navette spatiale, de nos jours, on appelle ça des calculatrices. Ça, c’est plus puissant qu’un ordi d’une navette spatiale. Ça aussi. Et ça aussi, d’ailleurs, probablement. Rappelons que la navette spatiale américaine, la seule jamais entrée en service, a été conçue dans les années 70 (premier vol d’Entreprise en 77, premier vol spatial de Columbia en 81). La dernière construite fut Endeavour en 1987.

La Nasa a beau avoir utilisé les processeurs les plus puissants de l’époque, et certaines machines ont beau avoir été mises à jour, les ordis de la navette spatiale sont largement dépassés selon les standards actuels. Et il n’y a aucune raison d’en changer, au fond : le programme a été créé pour tel système sur tel matériel, et le mettre à jour risque d’introduire des bugs, surtout que les nouveaux processeurs n’ont pas forcément les mêmes caractéristiques de résistance aux chocs ou aux radiations (y’a la ionosphère à traverser) et qu’il n’est du coup pas forcément bienvenu de refaire des batteries de tests sur de nouveaux équipements plutôt que d’utiliser des solutions éprouvées.

Or, ça, tous les geeks le savent, parce que la Nasa a acheté des lots de 8086 en 2002 sur eBay pour maintenir son stock de réserve pour le système de contrôle des boosters des navettes. Et que l’info a fait le tour du monde.

Comprenons-nous bien : je ne dis pas qu’il n’y a pas d’ordinateurs puissants à bord de la navette. Certains équipements ont été créés récemment, d’autres ont été mis à jour, et quelques ordinateurs portables font partie de l’équipement standard de l’équipage.

Mais c’est un argument qu’aucun geek ne sortirait jamais, parce que l’expression « ordinateur de la navette spatiale » le fait immédiatement penser à cette histoire et parce qu’il sait forcément que les ordinateurs centraux de la navette n’ont pas à être puissants, mais à être fiables, et qu’en conséquence il y traîne des vieilleries dont même Intel a oublié l’existence.

N’oublions que tout ce qui touche au vol spatial est un élément central de la culture geek. Navette spatiale ou étoile de la mort, tout pareil. ^^

Tamara Drewe

herisson26 à 16:12 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Stephen Frears, 2009, ***

Ils sont deux. Elle est fermière, il est écrivain. Elle relit ses ouvrages et il la trompe. Et ils gèrent une petite pension calme pour auteurs en mal de tranquillité, où ceux-ci peuvent peaufiner leurs ouvrages loin des perturbations de la vie urbaine. Mais débarquent Tamara, enfant du pays partie devenir journaliste à Londres, et Ben, batteur de rock urbain qui échoue là après l’explosion de son groupe lors d’un festival à proximité. Leurs amours déchaînées réveillent quelques jalousies locales, de l’homme à tout faire de la pension qui fut l’un des amants de Tamara au lycée à l’adolescente amoureuse du batteur de son groupe favori en passant par le vieil écrivain sur le retour.

Comédie britannique standard sur le fond, qui ne risque pas de donner un claquage du cerveau, mais plutôt bonne surprise dans la forme : bon rythme, bonne écriture, réflexion sur l’écriture (« writers are just thieves and liars », ici, c’est pas juste une formule), et quelques acteurs en forme, dont un superbe boxer qui a plus qu’un rôle accessoire.

Ah, un problème quand même :  le monde des acteurs se divise en deux catégories, ceux qui savent pleurer et ceux qui savent pas. Et Gemma Arterton ne sait pas.

Predators

herisson26 à 15:56 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Nimrod Antal, 2010, ****

Notons en préambule que je dois faire partie des 22 personnes sur cette planète qui n’avaient jamais vu un film de la série des Predator, bien que celui-ci soit le cinquième et malgré le statut d’inévitable du premier opus (celui où Schwarzenegger jouait le monstre¹).

Donc, pour moi, celui-ci sera le premier. Et bon, ben, c’est un survivor extrêmement classique, avec des gens qui essaient de survivre à un ennemi qu’il est vachement plus fort, à peu près invisible et plutôt insidieux. Ils crèvent les uns après les autres en enchaînant les inévitables figures de style : celui qui fuit le groupe pour tenter de s’en sortir seul et tombe dans un piège, celui qui se sacrifie pour sauver les autres, celui qui défie le prédateur en duel, tout ça. Jusqu’à la traîtrise pré-finale, orchestrée comme une évidence pour quiconque a déjà vu un film du genre. Quant au casting, il est tout aussi habituel, avec le colosse indestructible, le chat maigre façon légionnaire, le taré de service, la femelle qui va apporter une touche de douceur dans ce monde de brutes², tout ça.

L’originalité, elle est dans les détails. Il y a là des prémices d’introspection assez inhabituels, sans doute dus à deux facteurs : d’une part, le choix du casting, avec un taulard dont on sait assez rapidement qu’il était là pour viol, un yakuza, un guérilléro sud-américain, un génocidaire africain, un combattant du front tchétchène, un mercenaire ex-forces spéciales, un médecin inoffensif, et une tireuse d’élite ; d’autre part, la réflexion de cette dernière, qui va servir de miroir à certains — et notamment au personnage principal, le mercenaire américain — pour révéler leur part commune. Celle-ci n’est pas qu’ils sont combattants, plein de gens le sont et ça n’en fait pas des gibiers potables pour un chasseur sportif (ai-je dit qu’ils étaient balancés sur une planète servant de chasse privée à des extra-terrestres ?). Leur spécificité, c’est que ce sont tous eux-mêmes des prédateurs, qui n’ont l’instinct de fuite que le court instant visant à éviter le coup et trouver un poste avantageux, d’où ils contre-attaquent parce que quand on a pris goût à la chasse, on y va même si on est là pour servir de gibier. J’ai vu le nom d’un certain Robert Rodriguez au générique, c’est peut-être pas un hasard…

Bon, comme d’habitude dans les films de ce genre, la réflexion ne va pas beaucoup plus loin ; mais elle existe, c’est déjà ça. L’homme n’est pas une innocente créature torturée par un ennemi pervers, c’est une saloperie comme les autres. Et d’ailleurs, l’acte le plus gentil qu’on puisse faire pour quelqu’un, c’est de lui tirer une balle dans le cœur.

Le reste, c’est une réalisation sans faille (un peu polluée par une musique parfois envahissante) qui s’en occupe : le film tourne comme un coucou suisse, les effets de manche sont habituels mais réussis, bref, pour les amateurs du genre, c’est bonnard.

¹ Ou pas.

² Ou pas.

24 juillet 2010

Moby Dick ?

herisson26 à 21:13 — Filed under: Confrères et cons frères,La minute geekPas de commentaire

Je dois féliciter mon con frère de France 2 pour l’à-propos dont il a fait preuve en présentant la vidéo d’un petit voilier qui s’est fait sauter dessus par une baleine franche australe. Son excellente conclusion était en effet : « Moby Dick, la baleine tueuse, n’est peut-être pas qu’une légende »¹.

Enfin, retenons quand même nos mains une seconde avant d’applaudir. Y’a plusieurs conneries dans la phrase.

1) Moby Dick n’est pas une baleine. Une erreur de traduction peut amener à le penser : le terme « whale » désigne en anglais les grands cétacés, mysticètes et grands odontocètes (épaulards et cachalots). Souvent équivalent, le terme français « baleine » ne désigne pour sa part que des mysticètes (à l’exception des baleines à bec²). Moby Dick est un cachalot, plus grande espèce d’odontocètes, « sperm whale » en anglais mais pas du tout « baleine », tueuse ou pas.

2) Moby Dick manifeste dans le final du roman une volonté claire de détruire le Pequod. On peut débattre sans fin sur l’intention de nuire que lui prête Achab, mais il est un fait que les grands cachalots se sont régulièrement retournés contre ceux qui les chassaient, bien plus que toute espèce de baleine (d’où l’intérêt de bien les distinguer) ; le cachalot a l’instinct d’utiliser son bulbe comme bélier pour défoncer le flanc d’un prédateur. En comparaison, les baleines franches (du Groënland ou australes, comme celle impliquée dans l’incident du moment) et les baleines grises, impliquées dans nombres de collisions, sont plus réputées pour n’avoir pas peur des embarcations que pour les attaquer en cas de menace. Cousteau, qui a failli laisser un Zodiac sur une jeune franche du Groënland et qui en a laissé un autre sous une grise, disait qu’elles « attaquaient » par jeu, comme Obélix qui met une bourrade amicale à Astérix et l’assomme pour le compte.

En l’occurrence, d’après les images, on pense plutôt à un saut d’une bestiole distraite et un peu myope, qui n’a sans doute pas distingué les superstructures du bateau et s’est posée dessus par accident. Elle s’est d’ailleurs sérieusement blessée dans l’impact, ce qui ne serait pas le cas s’il s’était agi d’une agression directe — les franches mettent des coups de dos, de queue ou même de rostre — : dans ce cas, on fait gaffe.

3) Moby Dick n’est pas du tout une légende. Melville a fait un boulot de journaliste autant que de romancier, en ajoutant de la sauce à un plat composé de deux ingrédients : le naufrage de l’Essex, cas emblématique d’un cachalot s’en prenant — et là, en attaque frontale directe, comme les dauphins le font face à un prédateur — à un baleinier plutôt qu’aux baleinières, et Mocha Dick, cachalot albinos de grande taille qui avait survécu à un certain nombre d’attaques et avait peu ou prou pris l’habitude de s’en prendre directement au baleinières dès qu’une session de harponnage commençait³, devenant ainsi une star chez les pêcheurs de Nantucket où Melville avait traîné ses guêtres de matelot dans sa jeunesse.

Au final, on a donc un beau cas de journaliste qui a rapproché une info manquant de sel d’un poncif dont il ne connaissait rien, histoire de se donner un air cultivé en citant un livre plein de pages. Pas de bol : y’a des auditeurs qui l’ont lu.

¹ Cité de mémoire, les 30 secondes sur ce sujet semblent avoir été zappées dans le journal publié sur le site du 20h… –_-’

² D’autres espèces sont parfois appelées « baleines » : « baleine blanche », « baleine tueuse » ou « baleine pilote ». Il s’agit d’abus de langage calqués sur l’anglais, et elles doivent être proprement appelées respectivement béluga, orque ou épaulard et globicéphale ou dauphin pilote.

³ Brave bête, va. Y’a quelques taureaux dans le Sud qui pourraient écouter de tes conseils.

La pensée du jour

herisson26 à 12:11 — Filed under: Confrères et cons frères,La pensée du jourUn commentaire

Le scoop du jour pour les journaux : le dernier week-end de juillet, y’a des bouchons sur les routes. Regarde et apprends, coco : c’est du journalisme d’investigation.

C’était la pensée du jour. Si on supprimait toutes les bagnoles de « grands reporters » qui interrogent les gens aux péages de Vienne ou de Montpellier, y’aurait 50% de caisses en moins sur l’autoroute. –_–

23 juillet 2010

Memento

herisson26 à 21:14 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Christopher Nolan, 2000, ****

Bon, ayé, je me suis décidé à me plonger un peu plus profondément dans la filmographie de Nolan. Faut dire que Batman begins était potable (ce qui n’est pas forcément donné avec Batman, n’est-ce pas m’sieur Schumacher ?), Le chevalier noir excellent, que Insomnia fait partie des petits bijoux du polar et que Inception est… Euh, je cherche un mot… ♥_♥, voilà.

Donc, Memento, cité par les amateurs comme un chef-d’œuvre (certains le positionnent même au delà de Inception).

L’histoire d’un mec qui n’a plus de mémoire immédiate. Passée la mémoire de travail, qui stocke les informations pendant quelques minutes tout au plus, il n’imprime plus rien, ce qui bloque bien entendu également le stockage de nouvelles informations dans la mémoire à long terme — laquelle est, elle, bien fonctionnelle, mais se retrouve du coup en lecture seule : il connaît son nom, ses habitudes, sait faire tout ce qu’il maîtrisait au moment de l’accident. Or, l’accident, c’est le viol et le meurtre de sa femme, qu’il est décidé à venger. Organiser l’enquête, la poursuite du meurtrier et son exécution quand on reboote toutes les dix minutes, pas simple.

L’idée de base a servi d’inspiration, n’en doutons pas, à un excellent eastern spaghetti (ou western yam-cha ?), le Vengeance de Johnnie To. Mais la trame est totalement différente, ne serait-ce que parce que To s’était concentré sur l’action et l’humour façon Leone, alors que Nolan construit intégralement son film sur la perte de mémoire et le doute, l’hésitation, la confusion qu’elle entraîne.

Et pour commencer, Nolan s’arrange pour que le spectateur n’en sache pas plus que le personnage central, en adoptant une construction anti-chronologique : on commence par la fin et l’on remonte vers la source du film — ce qui n’empêchera un retournement final (ou initial ?) impressionnant par l’abîme qu’il creusera sous vos pieds de spectateurs.

Une fois le postulat « je ne sais pas comment je suis arrivé là » (qui est également important dans Inception, malgré une narration à peu près chronologique) admis, cette construction inversée fonctionne à fond. Parce qu’elle sert ici un propos réel et, du coup, aide le spectateur à s’immerger dans le film et à vivre ce que vit le personnage.

On est donc très, très loin d’un Irréversible, sous-merde de Gaspard Noé qui adoptait une construction anti-chronologique comme artifice branchouille pour donner un air de truc intello à la production vide d’un esprit néant, ou même d’un épisode d’Urgences (Rétrospectivement, saison 9, épisode 10) où je cherche encore ce que le réalisateur a cherché à faire. Ici, la construction inversée a une vraie raison d’être, une logique narrative propre qui sert le propos poursuivi.

Quant à l’interprétation sur la « vérité » (notion généralement essentielle dans un polar), elle sera laissée au spectateur. Vengeur, assassin, un peu des deux ? Ami, ennemi, flic consciencieux ou dealer ripoux ? Ça sera à vous de vous forger votre réalité, ce qui n’est pas forcément un mal — une fin « ouverte » peut être une grande force ; pour ma part, je suis fan de la coupure brutale et interrogative de Les androïdes rêvent-ils de moutons mécaniques ? dans son montage original, sans le happy end.

Au final, c’est un film très, très fort, prenant, où l’on passe son temps à s’interroger sur les faits « passés » comme le personnage principal cherche à trouver ses repères. Mais je n’ai pas été transporté comme j’ai pu l’être par le dernier bébé de son père. C’est un problème : quand on s’attend à un chef-d’œuvre après les commentaires de gens dont on respecte l’avis autant que le sien propre, on est déçu quand ce n’est qu’excellent. ^^

21 juillet 2010

Inception

herisson26 à 13:11 — Filed under: Cinéma et télé,ahurissantUn commentaire

coup de génie de Christopher Nolan, 2010

Pfiouuuuuuuuuuu… Par où commencer ?

Vous est-il déjà arrivé de vous réveiller sans que le rêve s’arrête ? De devenir conscient que vous rêviez, d’arriver à contrôler votre rêve et à lui donner la réalité que vous vouliez, sachant que ce n’était pas la réalité réelle mais l’acceptant consciemment comme telle ? Mieux, vous est-il arrivé de vous réveiller d’un rêve, puis de vous réveiller pour vous rendre compte que le premier rêve était imbriqué dans un second — logiquement admis comme réalité au moment du réveil rêvé ?

Si vous avez répondu « non » à ces deux questions, ça va pas être simple.

Si vous avez répondu « oui », félicitations : c’est le concept de base d’Inception, bijou sur-annoncé de pubs envahissantes, réunissant un casting de rêve, et qui se révèle peut-être plus génial encore qu’attendu.

L’idée est simple : le rêve étant une porte ouverte sur l’inconscient, au sens psychanalytique du terme, il est possible en s’intégrant à un rêve de quelqu’un ou en lui faisant intégrer son propre rêve d’accéder à des informations qu’il ne livrerait pas consciemment, soit parce qu’il refuse, soit parce qu’il n’est pas conscient de détenir ces informations. Cobb, spécialiste de ce genre d’opérations, reçoit une commande spéciale : non seulement lire, mais insérer une idée dans un rêve, de sorte que le patient en se réveillant l’intègre et qu’elle fasse son bonhomme de chemin, comme une tendance dormante qui devient peu à peu consciente. C’est cette opération qui est baptisée « inception ».

Le problème, bien sûr, c’est d’arriver à insérer l’idée dans le rêve de telle sorte que le rêveur soit convaincu qu’elle vient de lui, et qu’elle ne soit pas rejetée au réveil. Et l’autre problème, c’est que l’inconscient de chacun des rêveurs partageant le rêve intervient lui aussi ; et pour ceux qui ont des idées troubles, cela peut devenir dangereux…

Le film joue donc sur plusieurs plans, qui touchent à l’intimité de l’esprit humain : rêve, inconscient, fantasmes et fantômes, voire psychanalyse s’y trouvent mêlés inextricablement pour former une toile fouillée, maligne et extrêmement complexe. Une machinerie infernale, à l’écriture particulièrement travaillée et aux échos multiples, portée par une réalisation sans faille, des acteurs impériaux (sans grande surprise il est vrai : ils ont tous largement fait leurs preuves, et plus personne ne doute de l’extraordinaire talent de Leonard ; je noterai quand même qu’Ellen Page montre ici une facette inédite d’étudiante sage et réfléchie, bien loin de Juno, Hayley ou Kitty), une photo extrêmement soignée et des effets spéciaux à couper le souffle¹.

C’est grandiose, perturbant, et à force de s’intéresser à l’esprit des personnages ça finit de manière pas forcément très limpide par s’adresser directement à celui du spectateur, sans pour autant devenir le bordel imbitable d’un Mulholland drive. Et à la sortie, il faut un petit moment pour ré-admettre la réalité de l’univers traditionnellement considéré comme réel, dans lequel on est retourné en sortant du cinéma et qui est tout de même un peu trop absurde pour être honnête (surtout si, comme moi, vous vous êtes retrouvé à Paris).

Une faiblesse ? Oui. J’adore les musiques de Hans Zimmer, qui est capable de s’adapter à n’importe quelle scène et de créer des ambiances très différentes et très particulières d’un disque à l’autre. Mais voilà : j’aime ses musiques, j’aime les films, mais il faut qu’il arrête de croire que le film a pour seule raison d’être d’illustrer sa musique.

Pour le reste, ça ressemble fort à un chef-d’œuvre immortel, mais faudrait que je le revoie une demi-douzaine de fois pour être tout à fait sûr.

¹ Ceci s’appelle un poncif, ou une phrase toute faite si vous préférez. D’ordinaire, c’est à éviter, mais une fois çà et là, ça ne mange pas de pain.

PS : English-reading people, note that Liz has published her own Inception review yesterday. I might point out that the very fact she’s been writing about it is an achievement for Chris Nolan, since she basically spent the last year or so doing a « longest no-update blog » contest with Ghusse, but since I am the nicest guy ever, I won’t. ^^

Anyway, as usual, she saw things I didn’t, felt otherwise about a few details, noticed much more male actors than I did (no wonder why, I guess ^^), but I kinda feel our very different reviews may complement quite well.

Allociné passe la cinquième…

herisson26 à 8:40 — Filed under: Air du temps,Cinéma et télé,Coups de sangPas de commentaire

Décidément, plus ça va, moins je suis d’accord avec la politique des crétins qui gèrent Allociné. Après la publication de données personnelles et le bêta-test obligatoire, quelle pouvait être leur dernière trouvaille pour faire chier le monde ?

Ayé, ils ont trouvé : ajouter une cinquième étoile aux notes.

Alors okay, c’est flatteur de les voir copier ce que je fais ici avec la notation de O à *****. Mais si ces abrutis finis avaient une once d’intelligence, ils se seraient rendu compte que pas mal de gens sur leur site sont fans de cinoche et notent des films. Voire notent tous les films qu’ils voient. Au total, j’ai aujourd’hui 1135 films notés sur Allociné, selon un barème assez précis établi il y deux ans sur l’insistance d’un pénible que je ne nommerai pas. Vous m’imaginez reprendre toutes les notes pour vérifier leur adéquation ? J’y passerais des jours, et si je trouve déjà pas le temps de trier mes photos je vais pas en plus me prendre le chou avec ces conneries — j’essaie d’assumer mes erreurs, mais je vois pas pour quelle raison je devrais me fader en plus les merdes de ces débiles.

Oh, certes, ils ont fait une adaptation. J’aimerais bien savoir selon quels critères, d’ailleurs : pourquoi tous les trucs auxquels j’avais mis 0, soit une note qui dit « c’est de la grosse merde et y’a rien à sauver », se retrouvent-ils à 0,5, ce qui sous-entend qu’il y a encore une lueur d’espoir un peu planquée dans un coin ?

allocine_critiques

Pis, si l’on va sur ma page de membre, on y voit le bloc ci-dessus, qui sous-entend que ces notes réparties au moins en partie aléatoirement seraient mes notes que j’aurais mises moi-même.

Bref, c’est du n’importe quoi, ç‘a été géré n’importe comment (une bonne façon de faire eût été, par exemple, de garder mes notes sans y toucher — me demande d’ailleurs si y’a pas moyen de plaider une atteinte au droit d’auteur, là — en les laissant sur quatre étoiles puisque le nombre total d’étoiles possibles apparaît en gris, et de lancer les nouvelles notations sur cinq), c’est du très grand Allociné.

Et donc, comme promis la dernière fois, Allociné, c’est fini pour ma part. Vais encore y passer de temps en temps, ne serait-ce que pour consulter les horaires, mais plus une note et plus une critique, puisqu’il est désormais confirmé que le site n’en a rien à foutre et peut décider des les tortiller, de les truquer ou de les effacer sans raison particulière, juste parce que ce matin un de leurs dév s’est réveillé avec la tête dans le cul, est tombé sur un produit « cinq étoiles » sur Lesnums et s’est dit « faut qu’on fasse pareil ».

Allez, ciao les débiles, amusez-vous bien.

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