29 avril 2010

Greenberg

herisson26 à 18:50 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Noah Baumbach, 2009, ***

Bon, dégommons tout de suite une idée reçue : oui, il y a Ben Stiller mais non, il n’est pas mauvais. Et non, ceci n’est absolument pas une comédie, même si on fait parfois semblant de rire.

Ex-Californien installé à New-York et sortant d’une lourde dépression, Roger Greenberg profite d’un mois de vacances de son frère, sa belle-sœur et ses neveux pour se mettre au vert dans la villa de ceux-ci à Los Angeles. Il a la ferme intention de ne rien faire, sinon construire une niche pour le chien histoire de justifier son mois de squat. Il retrouve ses amis d’enfance, avec lesquels il jouait de la musique dans les bouges locaux dans ses années de fac avant d’envoyer bouler un éditeur intéressé, et croise Florence Marr, jeune femme qui s’occupe des tâches quotidiennes pour les Greenberg. Lui, paumé, 41 ans, elle, paumée, 25 ans : ils font des trucs de paumés, s’envoient en l’air presque accidentellement (avec au passage une scène de lit qui ferait retomber les ardeurs d’un régiment de légionnaires en campagne depuis six mois), et se déchirent copieusement.

Parce que forcément, quand on sort d’un séjour en HP et qu’on essaie de se remettre d’une dépression et de l’impression d’avoir soigneusement foutu sa vie en l’air, on ne tombe pas sur une minette dans le même état sans se faire mal et lui faire mal — « hurt people hurt people », c’est l’adage qui résume le mieux le film.

C’est assez réaliste une fois le point de départ adopté, glauque, perturbant, profondément déprimant, parfois très drôle mais toujours de manière fort grinçante, et s’il traîne une lueur d’espoir dans ce film, c’est uniquement selon le principe qu’une fois le fond atteint, on ne peut plus que remonter…

Ah, et y’a un truc très rare dans le cinéma américain, que j’avais à peine vu survoler dans Juno, qui est ici traité avec sérieux et jusqu’au terme, mais je peux difficilement en dire plus sans révéler un élément important de l’intrigue.

Le sommet des dieux

herisson26 à 11:44 — Filed under: Bouquins3 commentaires

chef-d’œuvre de Jirō Taniguchi, d’après Baku Yumemakura, 2000–2003

Après m’être enfin décidé à l’acheter, j’ai fini de relire Le sommet des dieux. Bon, j’en ai déjà dit beaucoup de bien y’a trois ans, après l’avoir lu une première fois, et je ne taris globalement pas d’éloges pour l’œuvre de Taniguchi. J’ai pas grand-chose à ajouter, en fait.

Y’a juste un truc qui m’a gêné cette fois-ci, et sur lequel j’étais passé la dernière fois : le choix du traducteur de conserver les noms tels quels. Autrement dit, les Japonais sous la forme nom-prénom, les autres sous la forme prénom-nom. J’aurais nettement préféré qu’il passe tout sous la forme admise dans nos contrées : le prénom en premier. C’est d’autant plus perturbant que sur la couverture, Jirō Taniguchi est écrit dans un sens (surnom-nom) et Baku Yumemakura dans l’autre (« Yumemakura Baku », soit nom-prénom) !

Y’a un autre truc que j’avais pas remarqué la première fois, trop occupé à suivre le texte de phylactère en phylactère : la forme des bruitages. Taniguchi joue sur l’écriture des katakana : plus arrondis dans les ambiances normales, les « vyuuuuuu » (« ビュウウウウウウウ », les Japonais ne faisant pas facilement la distinction entre b et v) figurant le vent en montagne deviennent anguleux, tracés d’un crayon vengeur, parfois même le long de la pente. Les ウ en particulier sont fortement déformés par le vent, la première barre presque déconnectée du reste du caractère, avec trois pointes aiguisées qui soulignent bien le caractère glacial du courant d’air. C’est un petit détail, mais on imagine bien ces ウ acérés venir mordre la peau des alpinistes et ça participe à l’ambiance…

En-dehors de ça, j’avais surtout noté le souffle épique, pas forcément très habituel chez Taniguchi (plutôt connu pour ses ambiances intimistes, cf. Le journal de mon père ou L’homme qui marche) mais superbement rendu, le caractère jusqu’au-boutiste de Jōji Habu et ses rapports tendus avec le reste de l’alpinisme, et les vrais morceaux de polar dispersés dans les enquêtes parallèles sur Mallory, Irvine et Habu. J’étais un peu passé à côté du cheminement intérieur de Makoto Fukamachi, le photographe-alpiniste, qui fuit Tōkyō sans vraiment savoir lui-même pourquoi, s’accroche à une chimère pour éviter des mises au point importantes et fait passer sa conscience professionnelle au premier plan par peur de ce qu’il découvrirait en s’intéressant à sa vie privée.

Du coup, je me souvenais de Fukamachi comme d’un prétexte, l’individu utile pour raconter l’histoire mais qui n’y prend pas réellement part lui-même — ce qui, reconnaissons-le, est souvent le cas lorsqu’un roman épique utilise un journaliste ou un photographe. J’avais un peu raté son histoire à lui, qui il est vrai n’est pas racontée par gros blocs comme celles de Habu et de Hase mais dispersée çà et là au fil de ce que les précédentes lui évoquent, ou des rencontres justifiées par l’enquête (aaaaah, Ryōko Kishi, je me souvenais bien de son frère mais je l’avais totalement oubliée… ^^ ). Et en fait, ça donne un nouveau tour à l’œuvre, et paradoxalement cette partie-là, traitée tout en finesse et en élégance¹, est beaucoup plus proche de ce que je connaissais de Taniguchi (L’orme du Caucase par exemple).

Et il y a un autre truc auquel j’avais pas fait gaffe. C’est que les montagnes de Taniguchi ne sont pas de vagues monticules sur lesquels on grimpe. Ce sont des monstres, hostiles, terrifiants, avec des parois verticales, des cailloux et de la glace qui tombent du ciel, et se lancer à l’assaut d’une d’elles n’est pas un plaisir distrayant mais une confrontation à ses propres peurs. Y jeter simplement un coup d’œil depuis le camp de base fait rejaillir les démons intérieurs. La montagne n’est pas belle, elle est fascinante, ce qui n’a rien à voir. Et les alpinistes n’y vont pas par plaisir, mais par peur, par nécessité intérieure, sans vraiment savoir eux-mêmes pourquoi ; ils ne cherchent pas forcément la gloire (contrairement à certaines qui sont en train de s’étriper pour savoir laquelle est la première à se taper quatorze 8000²…), ni l’adrénaline, mais le besoin intérieur de faire ce que nul n’a fait, de connaître ses limites quitte à aller au-delà, et peut-être tout simplement le refus d’être dominé par sa peur.

Bref, je suis plus que jamais convaincu : Le sommet des dieux est une œuvre majeure de l’histoire de la bande dessinée, une impressionnante réussite graphique et narrative, un sommet de la littérature d’alpinisme, un polar uchronique³ de haut vol, mais aussi un petit bijou d’introspection et d’analyse psychologique. Certes, ça coûte une centaine d’euros, mais ça les vaut largement.

¹ C’est pas que le reste soit inélégant, mais ça parle de gros bourrins qui grimpent, donc c’est forcément un peu moins fin. ^^

² De toute façon, les esthètes sont catégoriques : c’est ni l’une ni l’autre. On grimpe pas sur une montagne en rejoignant le camp de base en hélico, na.

³ Dans la vraie vie, le corps de Mallory a été retrouvé en 1999, sans appareil photo. Le point de départ du Sommet des dieux suppose que corps et appareil aient été retrouvés dans les années 90, mais que la découverte ait été gardée secrète, l’ascension ayant été réalisée sans permis de séjour.

28 avril 2010

Kick-Ass

herisson26 à 22:09 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Matthew Vaughn, 2010, ****

Oui, bon, voilà : je crois bien que c’est la première fois que je retourne voir un film au cinéma sans autre raison que l’envie de le revoir — pas pour accompagner des potes ou comprendre un truc pas pigé du premier coup.

Pourtant, le premier visionnement est sacrément récent.

Du coup, je me rends compte qu’il y a un truc que j’ai oublié dans mon blabla de la dernière fois. La musique.

Parce que bon, autant l’utilisation à parfait escient de l’ouverture de Per qualche dollaro in più, je l’avais remarquée dès le départ et j’étais éclaté de rire, autant le reste de la bande originale mérite également le détour. Y’a un peu de tout, du rock sautillant dans la plus grande tradition nippone, des trucs funky, du limite métal, du classique… Et, un peu à la façon dont les maîtres du spaghetti fabriquaient leurs BO, le choix des morceaux vient servir le film, les thématiques auditives venant tour à tour renforcer ou prendre à contre-pied les images — l’entrée de Hit Girl sur Banana splits met ainsi une ambiance totalement loufoque pour une scène qui, quoique virevoltante et évidemment parodique, pourrait provoquer quelques haut-le-cœur prise au premier degré…

Ah oui, parce que quand je disais qu’il fallait avoir le cœur bien accroché, j’avais pas vraiment réalisé à quel point : pris dans l’ambiance du film et « un peu » entraîné — j’ai quand même vu Kill Bill trois fois, dont une que j’ai passée à essayer de prévenir une copine un peu trop sensible quand il valait mieux qu’elle ferme les yeux, alors que je m’amusais comme un petit fou —, j’avais pas fait gaffe, puis quelqu’un a dit que c’était plus violent que le chef-d’œuvre de Quentin. Du coup, là, j’ai un peu surveillé et alors je reconnais que oui, les maquillages sont vraiment réalistes, les démolissages aussi, et ça peut être vraiment, vraiment trash par moments — et avec des bruitages appropriés, aussi. À la suédoise, oui, je dirais pas mieux.

Du coup, à mon habitude, j’ai un peu regardé les réactions dans la salle — en particulier en seconde vision — et là, le spectacle est autant derrière que devant. Certains qui éclatent de rire tout au long du film, même à des passages qui me laissent froid, bon, on s’y attend, mais la fille au rang derrière qui s’est carrément masqué les yeux pendant deux minutes dans la casse automobile… Wow, apparemment, elle a mis un moment à s’en remettre. Enfin bon, elle s’est bien marrée quand le gardien d’immeuble s’est lentement retourné sur une musique d’Ennio Morricone, ça a peut-être rattrapé le coup.

Globalement, c’est le genre de film volontairement outrancier où les réactions sont très variées, selon son degré de tolérance. Par exemple, mettre un sarcastique « contact the mayor’s office, he has a special signal he shines in the sky, it’s in the shape of a giant cock » dans une réplique d’une gamine de onze ans, ça fait éclater de rire 80 % de la salle¹, mais ça soulève quelques airs outrés chez certains.

Oh, j’ai aussi pigé un truc qui m’avait gêné la première fois (même si c’est pas pour ça que j’y suis retourné, ça me trottait dans la tête) : il me semblait bien qu’il y avait plus de quatre morts chez Razul. C’est d’ailleurs noté comme erreur chez IMDB, qui en compte sept. En fait, je pense que d’Amico parle uniquement de ses hommes : la pute, le junkie et Razul ne sont sans doute pas comptés dans le lot.

Et à part ça, pour le cinéphile, c’est un pur bonheur avec trois tonnes de références plus ou moins directes, mais toujours citées intelligemment : elles ne sont pas là pour le plaisir de placer une référence, quitte à tortiller un dialogue ou une situation pour cela, mais viennent naturellement. Elles peuvent en fait être révélatrices de la mentalité d’un personnage, comme le « say hello to my little friend » (allons bon, il se prend pour Scarface, ce con ?), ou carrément une explication du narrateur (« come on, you’ve never seen movies like Sunset Boulevard, Sin city or American beauty ? »).

Bref, j’ai pas changé d’avis : c’est hautement réjouissant. Je me suis même encore plus amusé cette deuxième fois.

(Note aux parigots : si ça a donné envie à quelqu’un, je suis pas contre un troisième passage.)

¹ dont les 60 % qui détectent immédiatement l’allusion directe à Batman.

Iron Man 2

herisson26 à 20:39 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Jon Favreau, 2010, ***

Euh, pourquoi j’ai été voir ça, déjà ? Ah oui : parce que Robert Downey Jr est un acteur que j’adore, parce que Mickey Rourke paraissait prometteur dans le rôle d’un vengeur caractériel un peu catcheur sur les bords, et surtout parce qu’un truc très con pour se détendre le neurone, ça marche bien, des fois. Et puis, y’a rien au cinoche cette semaine et ça fait au moins un sujet de discussion avec les nombreux de la rédac’ qui veulent le voir.

Donc, le tome 2 est-il aussi mauvais que le premier ?

Dieu merci, non.

En fait, il est même largement meilleur. Faut dire qu’ils ont ajouté un truc qui peu parfois être utile au cinéma : un scénario. Bon, c’est pas American beauty, hein, mais y’en a un. Qui pose plusieurs questions, comme la légitimé d’un individu à conserver pour lui l’arme la plus puissante et à devenir conséquemment l’équivalent d’un dieu omnipotent, le poids du passé, la responsabilité de piloter soi-même un véhicule historique de compétition¹, tout ça.

L’ajout de Scarlett Johansson en assistante juridique / garde du corps / agent secret est bienvenue, pas seulement pour les répliques offertes (« Qui est-ce ? — La source potentielle d’un très coûteux procès pour harcèlement sexuel. ») mais aussi parce qu’elle apporte un contre-point comique analogue à Potté, désarmant de fragilité (« Oooh, un p’tit chat. ») jusqu’au moment où il sort les griffes. Et puis, comme prévu, Rourke est un méchant à la hauteur — même si savoir qui est le plus méchant, entre le psychopathe russe qui veut tuer tout le monde et le respectable sénateur américain, n’est pas tranché.

Iron man 2 est également plus auto-parodique que le premier opus, et réussit à choisir entre comédie et pur film de super-héros. C’est donc souvent plus marrant, tant dans les situations que dans les dialogues.

Au final, ça casse pas trois pattes à un canard et ça vaut certainement pas 8 €, mais avec un abonnement illimité, ça passe pas mal.

¹ PS : À ce sujet, j’ai l’impression qu’il y a une erreur de continuité dans le grand prix historique… En fait, à un moment, Stark arrive clairement dans la descente vers le virage du grand hôtel — ex-virage de la gare — et deux scènes plus tard, il passe sous le tunnel. Là, c’est logique, sauf qu’entre les deux il devrait être dans le droite du portier ; or, la scène intercalée m’a plus fait penser à l’enchaînement du casino, voire à Ste Dévote. Idéalement, faudrait que je revoie pour être sûr, mais contrairement à d’autres films, j’ai pas forcément envie de subir ça deux fois. ^^

26 avril 2010

La pensée du jour

herisson26 à 20:24 — Filed under: La pensée du jourPas de commentaire

Un type qui prend les armes contre une armée qui squatte son pays est…

— un terroriste, si la guerre est finie et que l’occupant est arrivé à ses fins¹ ;

— un résistant, si la guerre est finie et que l’occupant a été éjecté² ;

— un insurgé, si la guerre n’est pas finie et que le journaliste qui écrit l’article est prudent³.

C’était la pensée du jour. La variété du vocabulaire français est une richesse.

¹ Exemple : Iraq.

² Exemple : France.

³ Exemple : Afghanistan.

24 avril 2010

Nuageux, avec giboulées de lapilli

herisson26 à 20:58 — Filed under: Air du temps,Prise de courgePas de commentaire

Ayé, les avions reprennent l’air, on peut enfin se déplacer, quel soulagement !, vous vous rendez pas compte, on était à deux doigts de… de quoi au fait ? Ah oui, à deux doigts de rentrer en bateau. Et le bateau, c’est horrible, on sait jamais combien de temps ça prend avec cette manie de compter en milles et de pas pouvoir dire simplement où on est.

Donc, on est enfin rentrés. On va pouvoir chercher les responsables et les faire payer.

Hein ?, m’écrie-je d’un œil distrait, réveillé par une alerte de mon détecteur à incongruité.

Responsable.

Éruption volcanique.

Responable <=> éruption volcanique.

Ah.

Donc, apparemment, les responsables seraient les compagnies aériennes, et éventuellement l’OACI et ses branches nationales qui ont décidé de fermer les routes aériennes concernées par le fameux nuage.

Bien bien bien…

Les compagnies aériennes sont-elles responsables lorsqu’un espace aérien est fermé ? L’OACI est-elle responsable lorsqu’elle applique des règles de sécurité ? Ces règles sont-elles excessives ?

Je n’irai pas jusqu’à vous demander d’imaginer ce qui se serait passé si une poignée d’avions avaient dû se poser en plané avec la douceur d’un SEM à l’appontage, turbines et ailes engluées comme une mouette bretonne. Non non, je ne m’abaisserai pas à cela — ceux que ça amuse pourront tout de même pousser l’exercice jusqu’à envisager un crash, c’est encore plus édifiant.

Il se trouve juste qu’on a des règles de sécurité, qui disent grosso modo ceci : on ne met pas une turbine dans un nuage de particules gluantes, ou alors avec parcimonie et à distance raisonnable d’un terrain d’atterrissage d’urgence ouvert aux planeurs lourds.

Au passage, oui, les particules sont vraiment gluantes. Permettez-moi de partager avec vous ce document issu d’une série qu’il faut que je trouve le temps de trier depuis un mois :

P3240424

Ça, c’est le résultat d’un passage de cinq secondes dans un nuage de poudre. Imaginez la même chose, mais sur des aubes de réacteurs pendant quatre heures de vol, et vous comprendrez que d’aucuns soient modérément rassurés, même si un nuage étiré sur 5000 bornes est probablement moins dense.

Donc, l’OACI a appliqué des règles, les compagnies aériennes aussi. Sont-elles responsables de cela ? Oui, et d’ailleurs on les eût sans nul doute tenues pour responsables de tout accident survenu sans mettre en place ces principes de sécurité… Donc, responsables de l’application des règles, oui, mais cela ne peut leur être reproché : les attaquer, c’est attaquer le domino qui vous écrase les pieds plutôt que le bonhomme qui a renversé le premier domino.

À qui donc est-il logique de demander des indemnisations ? Ben… au responsable de la cause initiale de l’arrêt des vols, non ? Autrement dit, à celui qui a causé le nuage. C’est un volcan. Bien. Qui allume les volcans ?

Aïe, ça va être dur de le retrouver. Y’a plein de gens qui ont essayé de réclamer des comptes à Dieu, mais encore faut-il y croire, et vues les indemnités obtenues dans de pareils cas je commence à le croire insolvable.

Une éruption volcanique, d’après mes maigres notions de droit, ça a tout d’un cas de force majeure, retenez bien ces mots. Ce n’est de la responsabilité d’aucune des parties (ni le client bloqué, ni la compagnie, ni l’OACI n’y peuvent rien), c’est imprévisible (enfin, à quelques heures près) et c’est irrésistible.

De mémoire, il me semble bien que le droit rejoint la logique. Pas de fautif, pas de responsable, pas d’indemnisation de principe. Chacun pour sa pomme, on supporte soi-même ce genre de circonstances — ce qui n’interdit pas une certaine mutualisation de la situation, comme de se réunir à plusieurs pour louer une chambre d’hôtel moins cher.

Seule indemnisation possible : les assurances, qui ont plein de tables de calcul pour transformer le hasard en statistiques et qui acceptent d’indemniser des événements de ce genre. Mais ni Air France-KLM, ni l’OACI, ni l’État français, ni les compagnies de voyage ne doivent rien au pékin coincé à Bali : elles subissent la situation tout autant que lui.

Par ailleurs, cela rejoint une remarque que je me fais de plus en plus souvent depuis quelque temps : pourquoi est-on autant imperméable au moindre imprévu ? Depuis quelques temps, j’ai l’impression qu’on ne supporte plus que quelque chose ne soit pas parfaitement contrôlé.

Soyons honnête : arriver à contrôler ne serait-ce que ce qu’on va bouffer le lendemain, c’est un phénomène extrêmement récent dans l’histoire de l’humanité — et même encore largement marginal aujourd’hui. Il y a seulement quelques siècles, tous les bipèdes étaient chaque année à la merci des récoltes et de la chasse, et aujourd’hui encore (et même si on refuse généralement d’y penser), on prend à chaque traversée de rue le pari qu’aucun crétin de caisseux ne grillera le feu — certes, en l’espèce, il y a un responsable clairement identifiable.

Cependant, voilà que si un avion ne décolle pas à l’heure prévue, c’est un drame affreux. Être coincé quelque part et devoir s’en remettre à la patience ou à un autre moyen de transport que celui prévu, c’est la quintessence de l’horreur.

Bande de chochottes, va.

Je ne suis peut-être pas un très grand voyageur, mais je n’ai jamais fait un voyage qui ait respecté parfaitement le programme prévu en tout temps. Le plus blindé niveau organisation était sans doute le détour par Lisbonne organisé par Panasonic l’été dernier, et la tête du chauffeur de bus le premier soir indiquait clairement qu’il avait espéré être couché à l’heure où nous sommes sortis du restaurant. Dans les séjours que j’ai pu faire, je ne me suis jamais vraiment intéressé au planning, parce que voilà : un planning, ça ne tient jamais. Par exemple, il n’était pas prévu qu’on reprenne l’avion en plein milieu de semaine pour survoler un volcan, le mois dernier en Islande (mais oui, je vais trier ces photos un jour, ce sera juste peut-être pas cette année).

Une bonne organisation est celle qui survit en souplesse à des imprévus raisonnables (du style Untel ne veut pas faire de traîneau, mais veut plutôt partir skier sur un glacier). Mais on ne peut pas exiger que tout suive exactement les prévisions.

Un voyage, par définition, est le moment où l’on sort de l’univers cadré qu’on connaît suffisamment pour réduire à quasi-néant le risque d’imprévu. Dans la vie en général, mais en voyage plus particulièrement, on doit savoir un truc tout con : il peut se passer des choses qu’on ne connaît et qu’on ne maîtrise pas. Al maktoub, destinée mystérieuse, erreur déterministe, voies impénétrables de Qui-vous-savez, hasard, entropie, on appelle ça comme on veut, mais y’a des trucs, ben faut faire avec : on sait jamais ce qui va nous tomber sur le coin de la gueule.

Et si quelqu’un est incapable d’avaler cette réalité, il ferait mieux de se cogner la tête contre les murs que de menacer une compagnie aérienne. Ça sera pas plus utile, mais au moins ça fera pas chier le monde.

23 avril 2010

La pensée du jour

herisson26 à 18:09 — Filed under: La pensée du jourPas de commentaire

Le dernier vendredi d’avril 2009, j’étais au restau avec deux amis et une charmante.

Perdu, perdu, perdue.

C’était la déprimante pensée du jour. Joyeux anniversaire.

22 avril 2010

Kick-Ass

herisson26 à 22:23 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Matthew Vaughn, 2010, ****

Pour devenir super-héros, vous n’avez pas besoin de super-pouvoir. Juste d’optimisme et d’une bonne dose de naïveté.

C’est le chemin suivi par un jeune crétin convaincu que tout le monde peut faire une différence, et qui devient Kick-Ass, l’anti-super-héros sans pouvoir, mais avec un survêtement vert. En fait d’aller botter le cul des méchants, il se fait logiquement démolir le portrait et passe six mois à l’hôpital¹. Mais au passage, il a inspiré une bande de copieurs, dont Big Daddy et sa fille Hit Girl, qui ont eux pris les choses dans l’ordre : s’entraîner, apprendre à se battre, puis aller se fritter avec les vilains. En somme, Kick-Ass est un petit con paumé, mais Big Daddy et Hit Girl sont plus proches du Comédien, de Rorschach, du Hibou et du Spectre².

Le problème, bien sûr, c’est que Kick-Ass, sorti de l’hôpital et revenu à des missions à son niveau — dire à un ex de ne plus embêter un fille —, se retrouve chez des vrais méchants, dealers du plus gros trafiquant de la ville… et ennemi juré de Big Daddy.

Alors voilà. C’est une comédie complètement délirante, tellement barrée qu’on pourrait la croire anglaise. C’est aussi très direct, les scènes de démolissage en règle pouvant être gores sans concession, à la suédoise en somme, donc mieux vaut avoir un cœur correctement accroché. C’est souvent extrêmement drôle et follement réjouissant, mais par moments authentiquement tragique, ce qui semble devenir une caractéristique courante dans les comédies d’action récentes — et je ne vais certainement pas m’en plaindre : comme Hugo, j’aime bien qu’un film soit à l’image de la vie, un peu drôle, un peu triste.

Les scènes d’action sont superbement réalisées, l’ensemble profite d’un montage très réussi avec des ralentissements opportuns et des accélérations fulgurantes, et surtout c’est plutôt bien joué, même si Nicolas Cage a un peu tendance à se contenter de son registre habituel. La ch’tiote Chloe Moretz pique sans vergogne le premier rôle à tout le reste du casting — ceci dit, elle était fort capable quand elle interprétait la sœur de Tom dans (500) jours ensemble — en incarnant un angelot tellement trash qu’à côté, la Mathilda de Léon ferait figure d’exemple de gentillesse³, de bienséance⁴ et de politesse⁵. Si la première apparition de la fille et du père est glauque, profondément triste, questionnante et perturbante, son arrivée dans le costume de Hit Girl est rien moins qu’éblouissante, dans une scène d’action tourbillonnante, légèrement parodique, qui est à cette comédie survoltée ce que le passage animé sur l’enfance de O-Ren est à Kill Bill. Et sa plongée façon Counter-strike dans l’entrepôt est une vraie bonne idée de réalisation, qui immergera le spectateur à coup sûr (après l’avoir fait rire une seconde s’il est joueur, bien sûr).

Alors certes, Kick-Ass ne sera pas le chef-d’œuvre de l’année. Mais j’ai rarement eu l’occasion de voir une comédie parodique aussi trash, aussi décomplexée, aussi dépourvue de scrupules que ce petit bijou, qui n’a pour seule faiblesse que l’absence de passage véritablement profond. Et puis, un film qui cite le plus grand chef-d’œuvre de tous les temps ne peut pas être totalement mauvais…

Ah, truc amusant : chez nous, ce petit bijou tout de même un peu gore par moments n’a pas de classement particulier. Ce n’est pas le cas partout : il est « R for strong brutal violence throughout, pervasive language, sexual content, nudity and some drug use — some involving children »⁶ aux États-Unis, soit interdit aux moins de 17 ans (en comparaison, Le chevalier noir ou Je suis une légende n’étaient que PG-13). Mieux, son interdiction aux moins de 18 ans dans trois provinces canadiennes lui permet de figurer sur une prestigieuse liste, aux côtés de Inglourious basterds et Pulp fiction, de Fight club, de Sin city, de la série télé Dexter ou encore du terrible Requiem for a dream. Bravo les gars.

PS : J’y suis retourné, j’en suis revenu avec encore plus de blabla à dire.

¹ Le type qui voit ses radios pleines de broches orthopédiques et qui dit « cool, on dirait Wolverine », c’est peut-être une vraie blague de geek mais j’adore. ^^

² Les gardiens de Moore et Gibbons, héros sans super-pouvoirs mais costauds quand même.

³ Pour mémoire : « on essaie avec de vraies balles maintenant ? »

⁴ « C’est pas vraiment mon père. C’est mon amant. »

⁵ « Je veux tuer ces fils de putes, et exploser leurs putains de têtes ! » (traductions de mon cru, j’ai pas trouvé les citations en français)

⁶ Ce qui, somme toute, est un excellent résumé du film. ^^

Speed racer

herisson26 à 18:18 — Filed under: En vrac3 commentaires

1’01, 1’02, 1’02, 1’04 (bloqué sur un demi-tour), 0’59, 1’01, 0’59, 0’59.

8’07… en brasse. Oo

La pensée du jour

herisson26 à 12:05 — Filed under: Air du temps,La pensée du jourPas de commentaire

« Si on interdit de porter le niqab, c’est comme interdire de porter une tenue particulière », nous dit une dame outrée par l’actualité opportuniste politique.

Le truc, c’est qu’il y a déjà des tenues particulières qu’il est rigoureusement interdit de porter en public. Tous les naturistes le savent.

C’était la pensée du jour.

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