31 mars 2010

Sauvez le français : butez un secrétaire d’État

Tout le monde en parle : notre secrétaire d’État chargé entre autres de la francophonie vient de publier les résultats d’un concours baptisé « Francomot », incitant le peuple à proposer des substituts bien d’cheu nous à cinq anglicismes supposés courants : « tuning », « buzz », « newsletter », « chat » et « talk » (d’où le « supposés » ci-avant : je n’avais jamais entendu ce dernier en-dehors d’un slogan publicitaire pour une radio que je n’écoute pas).

Quinté dans l’ordre : bolidage, ramdam, infolettre, éblabla/tchatche, débat.

Soit une belle exhumation, une évidence, un coup dans l’eau et deux monstres linguistiques.

Ramdam. Oui, très bien. « Manifestation bruyante et déplacée », nous dit le Trésor de la langue française, tandis que Larousse renvoie plus sobrement à tapage ou vacarme. « Faire du ramdam », dans le langage courant, c’était bien faire du bruit ou faire parler de soi pour rien, ce qui est l’essence du « buzz » au sens internautique du terme. On perd l’évidente métaphore de la ruche où tout le monde fait le même bruit, mais on garde l’essentiel du fond à mon humble avis.

Débat. Bon, rien à dire : c’est toujours le mot que j’ai entendu pour qualifier les émissions que le CSA nomme « talk ». On aurait pu plus simplement choisir « bavardage », car ce type d’émissions comporte souvent des « débats » très consensuels et terriblement mous, mais ça passe. Et puis de toute manière, en-dehors de RMC, du cabinet de Marc-Olivier Fogiel et, semble-t-il, de celui du secrétariat d’État à la francophonie, personne n’utilise jamais cet anglicisme, donc on s’en cogne un peu.

Éblabla et tchatche, c’est un peu plus délicat. D’abord parce que si les membres du cabinet de monsieur Joyandet s’étaient donné la peine de faire une petite recherche préliminaire, ils auraient découvert avec émoi que « chat » dispose déjà d’un néologisme français strictement équivalent : le « claviardage » inventé par les Québecois (or, quoiqu’ils en disent, les Français ne sont pas les seuls à employer cette langue et les autres francophones ont tout autant le droit de la faire évoluer). Ensuite parce que « to chat » est un verbe signifiant ni plus, ni moins que « bavarder », et que « bavardage » existe déjà en français. Enfin parce qu’il s’agit de contresens évidents.

Éblabla renvoie directement à « bla bla », « discours vide ou mensonger destiné à éblouir » selon Larousse, « énoncé […] verbeux […] destiné à masquer le vide de la pensée » d’après le TLF. Or, le chat ne vise pas qu’à blablater. Il s’agit d’un moyen d’échanges instantanés, utilisé plutôt à la manière du téléphone, mais en version écrite : certains vont passer des heures à parler dans le vide — et pour eux, « éblabla » est justifié —, mais d’autres vont l’utiliser pour organiser des projets, synchroniser leur travail, échanger de véritables informations… Inutile donc de donner un sens péjoratif à un terme que ne l’est pas dans la langue de John Major.

Tchatche, c’est un mot argotique qui existe en français depuis des lustres. Il désigne en vrac le caractère de celui qui parle beaucoup (« il a une tchatche, la m’a tenu la jambe pendant trois heures ! ») ou qui profite de son bagout (« lui, il a la tchatche : il te sort des mots tu sais pas d’où et à la fin, tu comprends plus la question que t’avais posée »). Lui ajouter la communication instantanée de groupe par voie électronique connue sous le vocabulaire anglais de « chat », qui n’a rien à voir avec l’un ou l’autre de ses sens initiaux, est faire injure au français, à l’argot et au mot « tchatche » lui-même.

Passons au cas plus perturbant d’infolettre, qui a hélas déjà quelques années derrière lui et se voit désormais promu par une officine officielle de l’État. Ce mot, je l’abhorre, pour une raison simple : le créer est une atteinte aux caractéristiques fondamentales de la langue française.

Ah, pardon, on va commencer par voir quelques moyens de caractériser une langue, la française en particulier.

Les langues ont un vocabulaire, autrement un ensemble de mots. Ceux-ci vont et viennent, traversent la manche dans les deux sens (cutter, de l’anglais cutter, du françois cuter, même racine que charcutier), la Méditerranée pareil (alcool, qui montre que Charles Martel n’a pas arrêté en terre poitevine tout ce qui était arabe), et même la planète (origami par exemple, que les Japonais nous ont laissé en échange de sabotage).

Elles ont également une grammaire, c’est-à-dire l’art d’agencer lesdits mots. Je peux tout à fait appliquer une grammaire à un vocabulaire différent : par exemple, « moi-thème japonlangue-objet étudefairevouloirpolipassé ». Ici, une phrase japonaise (« 私は日本語を勉強したいました », toute erreur est possible vu que la fac est désormais loin) se voit appliquer un vocabulaire rigoureusement français, mais ça ne veut absolument rien dire parce que la grammaire française est radicalement différente de la grammaire japonaise, qui donne le thème de la phrase comme elle peut donner le sujet ou le COD, marque systématiquement la politesse par la conjugaison du verbe et agglutine volontiers les mots : « pour ma part, volonté d’étudier le japonais, monsieur » pourrait rassembler les différents sens donnés par la grammaire, mais le remplacement du seul vocabulaire ne donne rien de compréhensible.

Les mots vont et viennent, mais la grammaire est beaucoup plus longue à évoluer et se forge des caractéristiques particulières directement liées au mode de pensée des locuteurs. La grammaire japonaise est fortement imprégnée par la hiérarchie (il existe deux formes verbales et trois niveaux de politesse, à utiliser selon le rapport vous unissant à votre interlocuteur), et elle est agglutinante : on crée normalement de nouveaux mots en assemblant des mots pré-existants. D’ailleurs, « nihon » signifiant « Japon » est l’assemblage de ni, soleil et de hon, origine (le Soleil levant, ça vous dit quelque chose ?), « nihongo » est l’agglutination de Japon et de langage, et ainsi de suite.

La grammaire française se fiche totalement de la politesse. Vous choisirez des mots différents pour parler à un vieux pote ou à votre patron, mais la structure de votre phrase restera la même. En revanche, elle est extrêmement précise pour ce qui est des enchaînements d’événements : dans « quand j’aurai mangé, je dormirai », la simple utilisation de cette saloperie de futur antérieur indique que « manger » est un événement futur, mais qu’il précèdera l’événement de la proposition principale (« dormir »). En une seule conjugaison, je donne la chronologie relative de trois éléments dont deux futurs ; en japonais, qui ne connaît que deux temps (passé d’une part, le reste d’autre part), rendre cette nuance demande pas mal d’adverbes.

On l’aura compris, la grammaire est bien plus à même de caractériser une langue que le vocabulaire. L’anglicisme dans le choix des mots n’est guère gênant : si je dis « quand j’aurai eaten, je sleeperai », la phrase conserve l’échelonnement des temps, cette caractéristique assez insupportable mais magnifique et parfois si précise de notre langue.

Reste la question de la lexicalisation des mots. Voyez-vous, la langue française a différentes façons de créer du vocabulaire. Elle peut néologiser sur des bases plus anciennes, notamment grâce à ses affixes gréco-romains : « automobile » est né ainsi, de l’assemblage du préfixe grec auto et de la racine romaine mobilis, pour désigner un véhicule qui se meut lui-même. Elle peut adopter des mots étrangers, et Dieu sait qu’ils sont nombreux !, et c’est cette façon de faire traditionnelle de la langue qui est aujourd’hui remise en question par le refus obstiné d’utiliser un mot étranger pour désigner une chose qui n’a pas de nom français. Typiquement, « chat » est un tel mot : il n’existait pas lors de son apparition en anglais sous ce sens de mot français de sens équivalent (au contraire du terrible « leadership », qui selon le contexte correspond à vingt mots français de « tête » à « charisme » en passant par « dominance »). Elle peut enfin créer des mots-tiroirs (tendance récente), des acronymes ou des apocopes plus ou moins élégants : « claviardage » (clavier et bavardage), « ovni » (objet volant non-identifié), « ciné » (cinématrographe), etc. Le tout est bien entendu mélangé : smicardiser est l’assemblage de l’acronyme « smic » et de différents suffixes (-ard pour désigner le bénéficiaire, –iser pour en faire un verbe).

Or donc, infolettre (et vous allez voir que, malgré un apparté que d’aucuns qualifieraient d’envahissant, je vais y revenir). Calqué sur l’anglais « newsletter », assemblage de « news », informations, et « letter », lettre. Cette réunion en anglais est logique : l’anglais, comme beaucoup de ses cousines, est une langue agglutinante. En collant ainsi deux mots, on convient qu’il s’agit d’une lettre relative aux informations, de même que « matchbox » désigne une boîte à allumettes et « headache » un mal de tête.

Le français n’est pas une langue agglutinante. C’est une de ses caractéristiques : il ne fusionne deux mots qu’avec parcimonie. La plupart du temps, il en fait des mots composés : porte-manteau, tiers-monde, avec un trait d’union. Les mots ainsi assemblés ne fusionnent complètement que dans des cas bien précis (je laisse les nouveaux venus plateforme et portemanteau, créés par un Académicien en mal de reconnaissance et que personnellement je persisterai à considérer comme fautifs), notamment lorsque le nouveau mot désigne quelque chose de totalement différent de ceux à partir desquels il est formé, comme dans le cas du chèvrefeuille et du millepertuis (vous aurez également noté, observateurs que vous êtes, la présence plus haut d’un « contresens »).

Une « newsletter » est une lettre d’info. On devrait logiquement utiliser « newsletter », n’ayant pas de mot unique désignant en français cette réalité : c’est ce qui est arrivé pour énormément de mots étrangers adoptés en français, de « pizza » à « kamikaze ». On peut créer un nouveau mot, par acronymie (une li, par exemple : le « li » existant, masculin, ne désigne en français qu’une unité de mesure… chinoise, le risque d’ambiguïté est donc faible), par le recours au mot-tiroir (letfo ou autre), ou par composition (lettre-info, que j’ai d’ailleurs vu circuler sur quelques sites aux premiers temps du net).

Mais « infolettre » est un montre linguistique, en ce qu’il représente un exemple d’agglutination dans une langue caractérisée par sa faible utilisation de cette méthode de néologisme. En outre, on sait que l’anglais met en dernier le mot important, alors que le français le met en premier — c’est là aussi une caractéristique de la syntaxe de ces langues. En conséquence, ici, on pense qu’il s’agit d’une information relative à la lettre, et non le contraire… Au pire, lettrinfo eût été préférable. Même si, pour ma part, je persisterai à parler de « lettre-info » ou plus probablement de « newsletter ».

Ce billet peut commencer à paraître long, mais il ne saurait être complet sans un paragraphe consacré au dernier des cinq mots concernés. Bolidage. Censé remplacer « tuning ». Et Dieu sait qu’il y a, là aussi, quelque chose à redire.

Sur la formation du mot, je suis d’accord. On ajoute un suffixe –age, désignant l’action, à une racine connue, bolide. On comprend instinctivement que bolidage est le fait de transformer quelque chose en bolide.

Pourquoi hurlé-je, alors, demanderez-vous de vos yeux écarquillés. Pourquoi, oui ?

Parce que c’est de la novlangue, bordel !!!

« Tuning » n’a pas un, mais deux sens bien distincts, chacun ayant déjà un mot français correspondant. Et chacun de ces sens s’étend dans plusieurs domaines, essentiellement l’automobile et l’informatique.

Citroën Sport « tune » des C4 et des C2. Ils améliorent les performances du modèle de base en vue de participer à des compétitions automobiles à vitesse moyenne imposée, comportant des tronçons de vitesse pure sur route fermée. Ça s’appelle couramment un « rallye », mais je soupçonne notre secrétaire d’État de ne pas aimer ce mot, qu’il soupçonnera de venir en droite ligne de la perfide Albion. Il n’aura pas tord, les Anglais ayant poussé l’ignominie jusqu’à voler ce mot… aux Français.

Jacky, pour sa part, « tune » sa voiture personnelle. Il en modifie différents éléments pour lui donner une esthétique différente de celle du véhicule d’origine et plus conforme à ses goûts personnels.

On retrouve le même distingo en informatique, où « tuning » désigne l’amélioration des performances d’une machine — par l’installation de caloducs ou de puits à azote liquide pour maintenir une température fonctionnelle malgré un surfréquençage, par exemple — ou sa modification esthétique — remplacer le panneau latéral par une vitre de plexiglas, ajouter de l’éclairage dans le boîtier etc.

À ce stade, il est temps de vous révéler cette vérité : ici, la langue française a été tout à la fois plus rapide que les institutions de la République et plus précise que la langue anglaise. Car bien avant ce « bolidage », on entendait parler de préparation dans le cas de l’amélioration des performances et de personnalisation dans celui de la modification esthétique.

Sébastien Loeb pilote une voiture préparée, Jacky conduit une voiture personnalisée.

Autre avantage de ce duo : il n’occulte pas le fait que le tuning n’est pas qu’un phénomène automobile. En effet, si le tuning sur quatre roues est la version la plus connue, il faudrait veiller à ne pas oublier que préparer ou personnaliser une moto est extrêmement fréquent notamment chez les utilisateurs de Harley, que c’est un terme employé en informatique, et qu’on le retrouve potentiellement un peu partout, dès qu’il est question de modifier une base existante selon ses goûts et ses humeurs.

Or, j’ai du mal à croire que « bolidage » s’applique à un ordinateur.

Ici, on avait donc deux mots, désignant deux sens différents, que l’on souhaite regrouper sous un unique vocable, solution non seulement moins précise, mais assortie d’un sens plus réducteur que ceux d’origine et empêchant de désigner le tuning d’un frigo par exemple.

Ajouter des sens à un mot, supprimer les nuances et noyer les différentes significations dans une seule approximation, c’est le principe de la novlangue. Et c’est un secrétaire d’État à la francophonie, titre supposant que sa tâche est de défendre la richesse de la langue, qui valide cela… au nom de la lutte contre une évolution du vocabulaire, alors même que celui-ci n’a jamais cessé d’évoluer au cours du millénaire d’existence de la langue.

Félicitations m’sieur. Vous avez bien mérité un tirage de langue en règle, suivi d’un éclat de rire moqueur.

7,5 %

herisson26 à 19:17 — Filed under: Air du temps,Coups de sang,InsolitePas de commentaire

Le déficit public est, paraît-il, de l’ordre de 7,5 % du PIB en 2009.

Je vais poser une question idiote. La voici :

sachant que j’ai gagné 20 750 € en 2009 selon mon avis d’imposition (hors déduction spéciale « la Loi prend soin des journalistes »), puis-je laisser à mon banquier une ardoise de 1556,25 € en fin d’année ?

Ah non, apparemment. J’oubliais : mon banquier, c’est pas soixante-cinq millions de moutons à qui je peux expliquer que c’est le seul moyen, que je peux pas faire autrement et que ça ira mieux l’an prochain…

Pseudo-3D

herisson26 à 18:56 — Filed under: Cinéma et télé,Coups de sang,La minute geekPas de commentaire

Vous le savez si vous êtes de mes lecteurs réguliers, je n’aime pas qu’on dise « 3D » ou « relief » pour parler des films stéréoscopiques. Pour moi, un film en 3D, c’est une technique d’animation ou de placement d’éléments photographiés dans un univers en trois dimensions : Shrek est un film en 3D, même s’il est projeté sur un écran plan. Quant à la notion de relief, pour moi, elle a un sens physique : une carte en relief me permet de tourner autour pour voir à quoi ressemblent les montagnes en vrai.

Le terme logique, c’est donc celui de stéréoscopie : on filme ou génère deux images, une pour chaque œil, à partir de caméras (réelles ou virtuelles) écartées de quelques centimètres. Chaque œil voit donc une perspective qui lui est propre, et le cerveau interprète cela comme un relief — quel con, ce cerveau — alors que le film reste plan.

Or, voici avec Alice au pays des merveilles (il n’est point le premier : Voyage au centre de la Terre, par exemple, a été ainsi diffusé en « 3D », mais je l’avais vu en version monoscopique) la pseudo-stéréoscopie. Ça marche comme suit, vous allez comprendre.

Normalement, on filme avec une caméra. Pour la stéréoscopie, on a deux caméras synchronisées — ou, éventuellement, une caméra dotée de deux corps optiques parallèles, comme sur ce modèle — qui capturent chacune l’image destinée à un œil. C’est ainsi que fut tourné Avatar, du moins pour les parties filmées.

Mais voilà que l’argument « 3D » devient commercialement porteur, au point de devenir une façon de promouvoir des films qui, en temps normal, n’éveilleraient chez le critique qu’un ronflement discret. Donc, on crée deux images, une pour chaque œil, à partir… d’une seule.

Imaginons que j’aie filmé une scène, et que je décide de l’envoyer telle quelle à l’œil gauche. Pour donner l’illusion de la profondeur, je vais éditer cette scène, décaler le premier plan de quelques pixels vers la gauche, l’arrière-plan de quelques pixels vers la droite, et envoyer l’image ainsi retouchée à l’œil droit. Celui-ci reçoit ainsi en principe une image correspondant à la perspective qu’il aurait s’il voyait lui-même la scène.

Tim Burton explique à qui veut l’entendre que cette technique marche super bien, d’autant qu’il a filmé sur fond vert et que les images de synthèse sont elles en vraie stéréoscopie (chaque image est générée en double, avec une caméra virtuelle décalée de quelques centimètres, comme pour Là-haut), et qu’il n’avait donc pas besoin de filmer avec deux caméras pour obtenir le même résultat.

Tim, franchement, écoute ce conseil : arrête de fumer.

Globalement, sur les scènes filmées (notamment celles de la vraie vie), ça donne ça : on a une image projetée sur différents plans. Un plan bien plat avec le décor, un plan bien plat avec les personnages de fond, un plan bien plat avec les personnages principaux… L’effet est le même que quand on regarde une pièce de théâtre et que le décorateur a voulu donner l’illusion d’un paysage lointain à travers une fenêtre.

Sur les scènes générées, c’est encore plus bâtard : les parties filmées (personnages notamment) sont dans des plans bien plats, mais lesdits plans sont reliés par des éléments en vraie 3D stéréoscopique, avec une perspective bien différente pour chaque œil. La scène qui m’a le plus marqué est celle où Alice boit la potion qui fait rétrécir : une main et une bouteille bien plates remontent à la verticale à un mètre de mon visage, tandis que la tête d’Alice est bien posée sur l’écran du cinéma, là-bas, à cinq mètres. Ridicule, rien de moins.

La bonne nouvelle, c’est qu’Alice au pays des merveilles est le plus mauvais Tim Burton que j’aie vu. Du coup, j’ai moins l’impression qu’une technologie mal utilisée m’a gâché le film.

Alice au pays des merveilles

herisson26 à 18:27 — Filed under: Cinéma et télé,moyenPas de commentaire

de Tim Burton, 2009, **

Variation sur le thème d’Alice, qui retourne au pays des merveilles à la veille de ses fiançailles.

Décevant pour une adaptation de Carroll (où est le foisonnement déjanté qui caractérise le pays des merveilles ?), très décevant pour du Burton (où est le foisonnement déjanté qu’il avait si bien piqué à Roald Dahl ?), c’est finalement assez ordinaire pour… du Disney. Ben oui, c’est la boîte à Walt qui a produit le film.

On se retrouve donc avec un scénario étonnamment simpliste, logique, conservateur et prévisible, ce qui pour autant que j’en puisse juger (j’ai toujours pas lu Alice au pays des merveilles en intégral, ayant en revanche vu plusieurs adaptations et lu pas mal de morceaux plus ou moins dans le désordre au fil de ma scolarité) n’est pas exactement conforme à l’intention carollienne.

L’immortel

herisson26 à 18:04 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Richard Berry, 2009, ****

Un mafieux rangé se fait plomber, façon assassinat plutôt que règlement de comptes. Mais il survit. Entre enquête (qui, pourquoi, après des années de retraite ?) et vendetta, il remonte la merde de la mafia marseillaise en essayant de laisser sa famille à l’abri, tandis qu’une fliquette veuve de flic espère profiter de l’occasion pour faire enfin tomber la pègre locale.

Voilà les ingrédients d’un polar fort classique, digne d’un Olivier Marchal autant que des grands maîtres du film noir à la française — vous devez avoir entendu parler de Melville, Corneau, Giovanni et consorts… C’est fort, avec des personnages bien construits, très humains dans leurs qualités comme dans leurs faiblesses, une excellente interprétation, un réalisme confinant parfois au gore (oui, une balle, c’est pas propre), un bon rythme aussi…

Reste le classicisme du film, qui ne plaide pas forcément en sa faveur : si les fans du genre (dont je suis) seront heureux de le voir plus que jamais ressuscité, les autres n’y verront qu’un polar de plus avec cette relation ambigüe entre grands truands et bons flics, faite de respect mutuel autant que de haine farouche, qu’affectionnaient tant les réalisateurs précités et qui fut largement plus profondément creusée par Michael Mann dans Heat.

Ah, quand même, une faiblesse qui confine à l’intolérable : Richard, quand je vais au cinoche, c’est pour voir un film. Pas pour écouter un clip…

18 mars 2010

L’arnacœur

herisson26 à 19:44 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Pascal Chaumeil, 2009, ****

Variation sur un thème imposé : un assassin briseur de couples professionnel engagé par un parrain un père tombe amoureux de sa cible. Déjà vu certes, mais plutôt bien fichu, avec une bonne dose de mauvais esprit, quelques passages trop caricaturaux (notamment tous ceux impliquant l’assistant beau-frère) mais d’autres assez jouissifs, des dialogues soignés qui marchent plutôt bien, bref, sympa.

Deux remarques tout de même : d’une, oui, il y a bien ce caractère bizarre qu’est le o-e entrelacés dans le mot « cœur », quoi qu’en dise Allociné. On le voit même bien sur l’affiche… Et dire que ça se prétend un site référence !

De deux : Vanessa, mon petit, sois gentille : mange un peu. Ça t’allait beaucoup mieux avec quelques kilos de plus, et là, franchement, ça fait mal de voir autant de côtes, de clavicules, d’omoplates…

17 mars 2010

Bus Palladium

herisson26 à 22:34 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Christopher Thompson, 2009, ****

Ils sont jeunes, ils jouent de la guitare, de la batterie, de la basse, et ils font de la musique. Manu, avec son physique à la François Cevert, ses attitudes à la Jim Morrisson et sa voix à la Jean-Louis Aubert, est leader naturel, mais aussi un peu instable ; heureusement, Lucas, premier guitariste et ami d’enfance, a mis en suspens sa carrière débutante d’architecte pour jouer avec le groupe — car il est celui qui reste, qui est là, sur qui on peut s’appuyer, qui s’assied sur sa frustration et assure pour l’autre.

Hélas, le serpent va s’insinuer lorsque Lucas rencontre Laura, immédiatement séduite par Manu. Laura n’est pas une groupie — son discours à ce sujet n’est pas sans rappeler celui de Penny dans Presque célèbre —, mais elle est magnétique, fugace et dangereuse (Elisa Sednaoui, mannequin dans la vraie vie, a il est vrai un physique adéquat) : elle sera la frustration de trop pour Lucas, la fascination ultime pour Manu, et ne fera elle-même rigoureusement rien pour arrondir les angles.

Rassurez-vous, même si le trio amoureux/haineux principal est au centre de l’intrigue, il n’est pas omniprésent. Le film inclut quelques très belles scènes, des hommages appuyés aux groupes de rock des années 80 (le film n’est pas précisément daté, mais on sent l’ombre de Téléphone malgré un ou deux morceaux très Led Zep de la fin des années 70 et un zeste de Bowie), et d’excellents morceaux de bon vieux rock comme on l’aime.

Et au final, j’ai passé un très bon moment, même si j’ai plusieurs fois eu envie de buter Laura et de gifler ses deux soupirants. Ou parce que j’ai eu envie…

14 mars 2010

Opinion taboue ?

herisson26 à 18:02 — Filed under: Air du temps,Insolite4 commentaires

Ces temps-ci, Facebook bruisse de la douce rumeur de mes « amis » ayant voté. Chacun indique qu’il y est passé, comme si c’était un acte de bravoure — bon, j’avoue, je sais pas ailleurs mais en Île de France, c’était carrément héroïque.

Du coup, j’ai réalisé un truc : sur 34 « amis » au sens Facebookien du terme (comprendre amis, collègues, confrères, contacts professionnels…), seuls trois indiquent leurs opinions politiques sur leur profil. Il semble plus facile d’indiquer ses penchants sexuels ou sa religion que ses tendances politiques.

Plus amusant encore : les trois, sans exception, se disent « liberal » ou « very liberal », et je soupçonne certains d’entre eux d’être suffisamment cultivés pour savoir que selon qui lit, ce mot signifie absolument tout et n’importe quoi¹. Autrement dit, eux non plus ne donnent pas leurs opinions politiques — on peut supposer qu’avec un accent, ils sont de droite et que sans, ils sont socialos, mais rien n’est moins sûr.

Personnellement, ce petit tabou autour des opinions politiques ne cesse de me surprendre. Après tout, il y a bien plus grave dans la vie que de voter Royal ou Sarko, et si on veut trouver des raisons de se foutre sur la gueule, on peut toujours en avoir, et de bien meilleures.

Ah, et finalement, oui, j’ai voté. Pas pour un candidat qui me passionnait (on se demande pourquoi), mais pour celui à qui je regretterai le moins d’avoir prêté ma voix.

¹ Aux États-Unis, l’an passé, 48 % des sondés estimaient qu’Obama était « very liberal », sachant que c’est sans doute le président le plus gauchiste qu’ils pouvaient élire. Les libéraux américains sont plutôt pour un État relativement interventionniste, qui évite que le capitalisme parte en couille tous les quatre matins — ils ont lu Keynes. Chez nous, « libéral » renvoie plutôt au libéralisme économique et à la doctrine de Say : l’État est tout juste bon à faire le flic, tout le reste doit être confié à la main invisible du marché et seule l’initiative individuelle totalement libérée de la moindre contrainte peut amener le bonheur sur Terre, hallelujah.

13 mars 2010

Puits temporel

herisson26 à 22:19 — Filed under: En vracPas de commentaire

Je viens de mettre deux semaines à trier les photos du… dernier jour de mon dernier voyage de presse. Beaucoup de boulot ces quinze derniers jours, d’accord, mais quand même, m’avait fallu dix jours pour les deux premiers tiers du voyage. >_<

Élections régionales

herisson26 à 19:38 — Filed under: Air du temps,Coups de sang,La minute geek,Prise de courgeUn commentaire

Ayé, j’ai fait le tour des professions de foi des crétins qui veulent ma voix pour demain.

Et j’ai un sérieux problème.

Parce que en fait, c’est un gigantesque copier-coller. Des listes qui se démarquent, il y en a peu, et ce ne sont pas les meilleures : l’une vous expliquera que les étrangers clandestins sont favorisés par rapport aux Français, notamment grâce à « 75 % de réduction sur le Pass Navigo » (nombre sorti de je ne sais où, mais de toute manière le pass Navigo ne coûte quasiment rien, ce sont les abonnements qu’on met dessus qui peuvent être chers), l’autre vous expliquera que les prolétaires doivent bosser sur une explosion sociale « assez puissante pour arrêter la production, pour faire peur à la bourgeoisie ».

Pour les autres, c’est toujours la même rengaine : développement des lycées, construction de logements, rénovation du RER et de la ligne 13 du métro…

Or, personnellement, pour m’être un peu intéressé au réseau de transports en commun ferrés parisiens, toute personne souhaitant se faire élire en promettant la rénovation de la ligne 13 est disqualifiée. D’office. Parce que ce n’est pas un projet d’avenir, mais un dossier en cours depuis des années.

La ligne 13, pour ceux qui l’ignorent, est quasiment seule pour desservir la banlieue nord de Paris. La 12 et la 4, autres lignes nord-sud, s’arrêtent au périphérique. La 13 est notamment utilisée par les habitants de Clichy, Asnières, Gennevilliers, Saint-Ouin et Saint-Denis, ceci du fait de sa division au Nord en deux branches, sur la moitié de sa longueur. Le développement de la Plaine Saint-Denis, malgré la desserte conjointe des lignes B et D du RER, explique également la saturation de la ligne 13.

Aussi, depuis quelques années déjà, des projets visant à limiter cette saturation ont été mis en place : le principe du prolongement de la ligne 4 a été adopté il y a un an, et les travaux devraient avoir lieu dans le courant du prochain mandat régional. L’installation de portes palières, qui empêcheront les passagers pressés de bloquer les trains et permettront aux rames d’entrer en gare sans ralentir, est en cours. Le système de régulation de la ligne subit en ce moment une évolution radicale et devrait d’ici 2011 permettre de gagner une quinzaine de secondes sur l’intervalle entre deux rames, et donc d’augmenter de 10 % le nombre de trains à l’heure… Tout ça, c’est décidé, en cours, et ça sera forcément fini d’ici la fin du prochain mandat quoi qu’il arrive (en fait, d’ici 2013, même).

C’est moins caricatural sur le RER, mais là aussi des projets de rénovation sont en cours depuis longtemps, les rames étant peu à peu remplacées et de lourds investissements étant envisagés — notamment le perçage d’un second tunnel entre les Halles et la Gare du Nord, point d’engorgement où les lignes B et D s’entrechoquent.

En l’état, tous ceux qui revendiquent une amélioration de la situation sur la ligne 13 misent en fait sur le travail des deux ou trois derniers conseils régionaux, et nullement sur leur boulot à eux s’ils sont élus. Le fait même qu’ils en parlent indique comme une évidence qu’ils n’ont rien de mieux à mettre dans leur programme concernant les transports en commun en Île de France. Or, les autres domaines de leur programme commun m’intéressant moins, je ne puis qu’envisager sans certitude l’éventualité qu’il s’agisse là aussi de promesses vides (je sais tout de même qu’en matière de construction de logements, promise en chœur par l’ensemble des candidats, il y a là aussi énormément d’enfumage en tentant de faire passer des choses acquises pour des projets visionnaires).

ecolo

Je conclurai avec un carton rouge particulier à Europe Écologie, qui a tenu à me fournir un livret à l’italienne de 24 pages, en plus de la profession de foi et du bulletin envoyés par la distribution officielle. Écologie <-> 14 feuilles A4 par habitant au lieu de deux. Je suis le seul à trouver ça bizarre ?

Bon, bien sûr, je vais quand même me déplacer pour voter demain. Mais vraiment pas par conviction… Ça s’appelle un principe. –_-’

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