30 novembre 2009

Travail dominical (bis)

herisson26 à 19:03 — Filed under: Air du temps,Coups de sang,Prise de courgeUn commentaire

Un mien cousin vient de m’envoyer un courriel se plaignant qu’il devra travailler le dimanche « à partir du dimanche 13/08″ et m’invitant à signer une pétition pour demander l’interdiction du travail dominical.

J’avais déjà abordé le sujet en août, mais j’avais peut-être pas été assez clair. Voici donc un point de vue moins filtré.

Si j’étais adepte de mauvais esprit, je pourrais me borner à dire que le prochain dimanche 13/08 étant en 2017, voter à gauche en 2012 est la meilleure solution au problème.

Mais bon, personnellement, ce sujet me fait particulièrement chier. On a une part de la population, largement majoritaire je le reconnais, qui jouit d’un privilège particulier : il est interdit de la faire travailler le dimanche. Ce privilège est inexplicable, sinon par une référence religieuse que plus personne ne devrait oser sortir depuis 1905.

Cette population considère son privilège comme tellement naturel que non seulement elle le défend (ce qui peut se comprendre, les réflexes protectionnistes étant ce qu’ils sont), mais elle refuse d’admettre qu’il est loin d’être universel.

Les journalistes bossent le dimanche. Les techniciens qui les accompagnent aussi. Les transports bossent le dimanche, de même que les professions de santé, les forces de l’ordre, les services de secours, les militaires. Les restaurateurs, les hôteliers, les aubergistes bossent le dimanche. L’Éducation nationale bosse le dimanche, dans les internats ouverts le week-end ou recevant le dimanche soir.

Et je ne parlerai même pas des éleveurs, qui bien souvent non seulement bossent le dimanche, mais n’ont pas non plus de récupération dans la semaine : même si ce n’est que quelques heures pour nourrir et traire les animaux, le boulot, c’est sept jours sur sept.

Pour ma part, je bosse le dimanche depuis 2006, comme maître d’internat puis comme journaliste. Mon père a bossé le dimanche toute ma jeunesse, jusqu’en 1990. Et dans aucun de ces cas je n’ai entendu parler de contrepartie salariale ou de jours de récupération.

L’interdiction du travail dominical concerne une partie de la population, une grosse partie certes, mais une partie. De nombreuses professions n’ont jamais cessé de travailler le week-end, et dans de nombreuses professions cela est considéré comme naturel et personne n’a jamais pensé à entrer en grève pour obtenir des week-ends de trois jour ou un salaire doublé.

Pis, la plupart des crétins qui défilent actuellement contre le travail dominical trouvent tout naturel de trouver un bistrot ou un hôpital ouvert après le match de foot du dimanche soir. Et supposons que les techniciens de la télé cessent de travailler le dimanche, et l’on verra 65 millions de frustrés brutalement sevrés de Drucker manifester pour qu’on les réquisitionne.

27 novembre 2009

Pas glop.

herisson26 à 23:27 — Filed under: Air du tempsPas de commentaire

Bon, aujourd’hui, j’ai appris la mort de la femme d’un confrère.

Je ne l’ai pas connue, mais j’ai eu l’occasion de pas mal discuter avec lui, un type charmant, sympa, cultivé, toujours le sourire aux lèvres, et ça me fait chier pour lui.

Je suis pas super doué en condoléances, donc je crois que je vais m’arrêter là.

Capitalism : a love story

herisson26 à 23:19 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Michael Moore, 2009, ***

Après General Motors, les armes à feu, la sécurité sociale, George Walker Bush et consorts, Michael Moore s’en prend à l’économie financière et à la doctrine dominante du pays : le capitalisme, « meilleur système économique du monde » selon Ronald Reagan (ce qui en soit devrait convaincre quiconque a un peu de jugeotte que le capitalisme est nuisible).

Le problème, c’est que Moore s’auto-caricature violemment dans ce film. Autant on connaît sa méthode ordinaire (tiens, un problème, je fonce dans le tas en demandant à mes interlocuteurs un truc du genre « what’s wrong with us ? », je trouve des exemples montrant qu’on a vraiment un problème et je les mets en lumière en mettant le nez dans nos contradictions), qu’on peut apprécier ou détester mais qui s’avère généralement marrante et efficace, autant ici, c’est un peu trop.

Le passage émollient destiné à montrer aux Américains une bonne famille honnête et méritante injustement privée de [sécurité sociale | enfant | emploi | habitation], qui arrive traditionnellement vers la fin du film et a tendance à énerver les non-Étasuniens, eh ben là, on commence avec, et y’en a trois ou quatre identiques disséminés dans le film. Du coup, on passe totalement à côté de ce qui pouvait être intéressant dans d’autres œuvres du même réalisateur : la mise en perspective — les entrevues avec Marylin Manson et Charlton Heston dans Bowlin for Columbine, le passage chez Phil Knight dans The big one, etc. L’humour noir a quasiment disparu également ; ici, il ne reste que la dénonciation et l’émotion, choses que n’importe quel journaliste de France 2 fait très bien (au lieu de faire son boulot, soit dit en passant).

Du coup, on a sous le nez le plus faible des films de Michael Moore. Bien sûr, ça reste regardable, bien sûr, on rit à l’occasion, bien sûr, certaines scènes sont excellentes, mais ça manque de consistance et 24 h après, il n’en reste rien. En gros, Capitalism : a love story se contente de remplir le contrat, ce qui n’est pas ce que j’attends d’un documentaire à charge.

Bienvenue à Zombieland

herisson26 à 23:00 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Ruben Fleischer, 2009, ****

Commençons par une remarque mitigée à l’égard du traducteur. D’une part, pourquoi avoir ajouté ce « bienvenue à » au titre original ? C’est un style ? Il avait déjà traduit Bienvenue à Gattaca (Gattaca tout court en version originale) et s’est dit que ça deviendrait sa signature ? Il a trouvé ça drôle ? Juste Zombieland aurait été très bien… Mais d’autre part, c’est la première fois depuis longtemps que je vois « penguin » traduit par « manchot » ; alors certes, une partie d’un gag repose sur la différence entre manchot et pingouin, mais saluons l’effort.

Gag ? J’ai dit gag ?

Ah, vous saviez pas que c’était une parodie de films de zombies ?

Ben vous le savez.

C’est aussi une parodie de road-movie, d’ailleurs, les deux genres n’ayant rien d’incompatible.

Le point de départ est simple : un geek polyphobe vivant dans World of Warcraft voit débarquer chez lui sa voisine de palier, stressée, qui vient d’être mordue par un clochard. Une heure plus tard, c’est elle qui tente de le mordre : c’est le premier contact du « héros » avec l’épidémie de zombification qui touche les États-Unis. Il fuit donc, bientôt seul humain normal, en suivant à la lettre des règles — comme dans un jeu de rôles, en somme — visant à survivre : le coup double (toujours remettre une balle dans un zombie pas tout à fait mort), la méfiance dans les toilettes, ne pas jouer au héros, la ceinture de sécurité…

Lorsqu’il rencontre une montagne de muscles qui se baptise Tallahassee — et qui appelle tous les survivants du nom de la ville où ils espèrent retrouver des proches, évitant ainsi l’attachement des noms — et a pour principe de foncer dans le tas avec toute arme potentielle trouvée en route, il pense faire un bout de route vers l’Est avant que leurs chemins se séparent ; mais ils se font détrousser par deux jeunes filles « sans défense », et une autre traque commence.

Assez classiquement pour le genre, on a ici plusieurs films en un. La lutte contre les zombies en est un, les rapports entre survivants (et en particulier entre Tallahassee et Columbus, le héros, et entre celui-ci et Wichita, l’aînée des voleuses) en est un autre. On trouve aussi un film à gags allant du très lourd (la passion de Tallahassee, qui consiste à chercher les derniers Twinkie avant leur péremption) au moyennement fin (la mort du regretté Bill Murray), en passant par quelques scènes étonnamment bien trouvées (le « relâchement de pression » dans une boutique, qui peut également être vue comme l’écho inversé des scènes de supermarché du Zombie de Romero). Bienvenue à Zombieland fait presque preuve de finesse psychologique dans quelques scènes, glissant sous les piques et les clichés quelques références bienvenues.

Cependant, il faut bien le dire, le scénario n’est guère épais. Le film compte sur le rythme, l’élégante caricature et la sobre exagération du jeu d’acteurs, une véritable fraîcheur narrative et un savant dosage de gore et de naïf pour séduire.

Du coup, le réalisateur a fait le pari de proposer un film très court — 1 h 20 —, sans s’obliger à délayer jusqu’aux sacro-saintes 90 minutes qui représentent le minimum syndical du moment ; mais je préfère un film marrant et sympa qui tourne bien en 1 h 20 à un film marrant et sympa qui tourne à vide de 1 h 54¹. Donc, j’ai passé seulement 1 h 20, mais 1 h 20 vraiment sympa.

¹ Toute ressemblance avec le Morse de Tomas Alfredson serait purement volontaire.

25 novembre 2009

Une affaire d’État

herisson26 à 21:23 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Eric Valette, 2009, ****

Tout commence avec une alerte collision sur un DC-10, au-dessus du golfe de Guinée. Celle-ci va retentir jusque dans les bureaux élyséens à la veille d’une élection présidentielle, en passant par un marchand de mort honorable héritier d’une usine d’armement, des preneurs d’otages combattants de la liberté congolais ayant dans leur manche huit soldats français et un profiteur de guerre intermédiaire financier.

Balancés là-dedans, les hommes de main des uns et des autres bien sûr, dont un assassin patenté ancien légionnaire, mais aussi une jeune fliquette caractérielle et son commissaire blasé, une pute de luxe escort-girl et sa maquerelle patronne, un fouineur arriviste journaliste politique…

Un film de genre, oui, sans nul doute. Un polar classique, mâtiné d’espionnage, bien construit, respectant à la lettre les codes imposés de la discipline — même lorsqu’il s’agit de faiblesses, comme l’arrivée tonitruante du petit-jeune-flic-chien-fou-qui-va-bousculer-le-monde. Photo correcte, acteurs impeccables, scénario touffu et ambiance lourde, tout y est pour les amateurs.

Un film qui va tout de même un peu au-delà du contrat de base, en mettant directement en scène certaines magouilles multiples, des histoires dans l’histoire plutôt bien intégrées et qui renforcent la trame globale — y’a pas de grand méchant, pas de grand gentil, juste des gens, plus ou moins pourris, plus ou moins résistants, plus ou moins égoïstes et arrivistes. Pas de Blanche-Neige chez les pourris, non : l’héroïne n’est ni plus souple ni plus pure que les autres.

Et puis, on ne peut s’empêcher de penser que cette Affaire d’État est largement plus crédible qu’un président de la République annonçant que non, la France ne négocie pas avec les preneurs d’otage, aucune rançon n’a été payée, ils ont libéré leurs prises juste pour les beaux yeux du négociateur local.

Bref, c’est très recommandable.

Et au passage, après l’excellent Secret défense l’an passé, le polar français semble digérer une capacité à mouiller le pouvoir qui a longtemps paru être une spécialité de son homologue d’outre-Atlantique (Les pleins pouvoirs d’Eastwood, Des hommes d’influence de Levinson ou plus récemment Jeux de pouvoir de Macdonald par exemple). Chouette alors, pourvu que ça dure.

22 novembre 2009

Ultimatum climatique

herisson26 à 23:29 — Filed under: Envoyé spécial,Musique3 commentaires

concert de Tryo, Zazie, Lavilliers et Noah, 2009, ****

Bon, je sors juste du Zénith, ousque les gens sus-nommés avaient le bon goût de chanter pour rappeler aux gens que Andersen a vécu à Copenhague et que si on veut que Sarkozy lui arrive à la cheville quand il s’y pointera début décembre, il faut envoyer des coussins.

Donc, concert annoncé à 16 h, début de la présentation à… 16 h 02. Comme quoi, c’est possible d’être raisonnablement à l’heure, même à Paris ; je suggèrerais volontiers à mes confrères de s’en inspirer.

La présentation est assurée par Karl Zéro, animateur télé énervant de son état, converti pour l’occasion en vendeur de frites bons sentiments énervant. Passons, sa prestation a duré dix minutes au total et c’est pas ça qu’on était venu entendre.

Donc, quatre signatures étaient présentes : Tryo, groupe de reggae-folk français écolo, Zazie, rockeuse électronique inclassable et caractérielle, Bernard Lavilliers, boxeur bâti comme un docker et musicien du monde, et pour finir Yannick Noah, tennisman humoriste reconverti dans le reggae.

L’ordre était plutôt bien choisi. Enfin, si j’avais su, je me serais peut-être pointé à la bourre (meuh non, j’ai jamais dit que Tryo, c’était pas bien, c’est juste que trois quarts d’heure d’affilée, c’est beaucoup pour moi). Mais en fait, ça commençait cool avec un reggae molasson, avant le débarquement des poids lourds.

Zazie, j’avoue : j’aime bien. Je lui reconnais au moins l’immense qualité de ne jamais s’être laissé enfermer dans un style, ce qui fait que, fan de Made in love, je fais une allergie totale à Rodéo, mais qu’au moins j’ai pas une impression de répétition comme avec Tryo. Sur scène, c’est bien sympa comme les autres, un peu d’humour, une citation qui me restera (« Vous savez, y’a des endroits où on va et on a l’impression d’être récupérés, “Zazie est une chanteuse de gauche”, “Zazie est une chanteuse de droite”… Oui, c’est plus rare. »). Un peu plus posée et calmée qu’au temps de Made in live, pourtant.

Entracte de vingt minutes, puis Lavilliers nous explique que la musique est un cri, tout ça. Le vieux a encore une pêche et une présence impressionnantes. Du coup, son technicien du son se sent pas obligé de pousser la musique, et comme Nanard n’a pas peur de laisser une seconde de silence à la fin d’une phrase, ben on peut l’écouter sans bouchons d’oreilles sans pulvériser ses tympans et c’est quand même plus confortable. Oui, c’est un message aux autres : j’aime bien les concerts avec les bouchons, mais j’aime encore mieux sans. Sinon, lui aussi change un peu de style à chaque morceau, et c’est vraiment un sacré bonheur de le voir et de l’entendre.

Derrière, Noah a enchaîné quasi sans interlude. Un bon reggae-rock mâtiné de chanson française, et là encore un vrai show sur scène, déjanté, enthousiaste, sautillant et suant comme aux plus belles heures de Roland Garros.

In fine, je garde un super souvenir de Yannick, mais c’est quand même Nanard qui m’a le plus impressionné. Je suis pas le seul, d’ailleurs, y’avait un trio de nanas d’une vingtaine d’années juste devant moi, totalement hystériques à son arrivée, qui se sont royalement endormies à l’arrivée de Noah — au contraire des gamines de derrière, dont la benjamine d’une douzaine d’années a failli me flanquer une baffe en tendant les bras sur Aux arbres citoyens et se serait fait engueuler par sa sœur si celle-ci n’avait pas elle-même été occupée à hurler une sorte de larsen deux octaves au-dessus de tout le monde.

Et pis bon, dans la fosse, y’avait des gens qui souriaient, j’avais pas vu ça depuis mon éphémère retour dans la cambrousse en juin — bon, même pas vrai, y’a aussi une Lisboète qui m’a souri début juillet — et rien que pour ça, ça valait le coup d’y aller. Je note toutefois pour la prochaine fois que même si le règlement de la salle interdit les prises de vues, j’embarque au moins un gros compact, parce que j’étais à peu près le seul à photographier personne. O_o

En revanche, j’aimerais pas être à la place du régulateur de la ligne 5, qui a vu environ 5000 personnes se ruer sur la station Porte de Pantin après le final du concert. Sachant qu’une MF67 contient 400 personnes et qu’il y a déjà des passagers qui circulent ordinairement sur la 5 le dimanche à 20 h 30… Perso, j’ai tiré en Vélib’ jusqu’à la ligne 2 et je le regrette pas.

Twilight : tentation

herisson26 à 22:05 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Chris Weitz, 2009, ***

Suite de Fascination, sorti en début d’année, Tentation souffre d’un problème majeur : ce qui était élégant et original est devenu déjà vu. Il faudrait donc réinventer l’univers, creuser plus avant, à la manière de ce que font les scénaristes des âges de glace, au lieu de se concentrer sur les humeurs de Bella. Accessoirement, Pattinson a régressé (ce qui en soi est un petit exploit : encore un film à ce rythme et il bat Brendan Fraser), et ça se voit d’autant plus que Taylor Lautner, second rôle totalement accessoire de Fascination, campe dans quelques scènes un garou tout à fait solide, animal à souhait. Pour le reste, la photo est sympa, sans plus, le montage correct, la réalisation sans histoire.

Bref, ça mange pas de pain, c’est pas désagréable, mais y’a pas de quoi se relever la nuit.

19 novembre 2009

La pensée du jour

herisson26 à 0:12 — Filed under: Air du temps,Coups de sang,La pensée du jourUn commentaire

Bon, je le dis : c’est une forfaiture.

Déjà, à la base, que onze débiles en short puissent transformer 65 millions d’individus en crétins lobotomisés parce qu’on leur a donné une baballe, c’est sociologiquement passionnant mais humainement affligeant (et au passage, ça fait réfléchir sur l’idée fondamentale de démocratie, qui repose sur l’hypothèse que lesdits 65 millions d’invididus prendront de meilleurs décisions que si une clique de quelques dizaines de personnes exerce le pouvoir à leur place).

Que les 65 millions de crétins s’angoissent à l’idée que les susdits débiles en short se qualifient ou non pour affronter une série d’équipes analogues au cours d’un tournoi financiers sportif s’étalant sur un mois à la fin du printemps, c’est atterrant.

Que ledit tournoi cause plusieurs semaines d’hystérie collective durant lesquelles tous les crétins ne parleront que des matches des débiles en short, comme si le destin de onze tarlouzes surpayées était plus important que celui de sept milliards d’humains, c’est révoltant (mais pas neuf, rappelez-vous, panem et circenses, comme disait Jacques C. en 98).

Mais alors, que l’équipe de débiles en short qui provoque ce mois d’hystérie ne mérite même pas sa place dans le tournoi publicitaire sportif en question, c’est dégueulasse.

C’était la pensée du jour. Qui peut m’héberger, du 11 juin au 11 juillet prochains, dans un pays de possédant ni presse, ni Internet, ni moyen de communication quelconque avec l’extérieur ?

18 novembre 2009

Crétinisier

herisson26 à 20:21 — Filed under: Air du temps,Coups de sang,Insolite3 commentaires

Roselyne nous explique que son opération est un succès massif, avec « 10 000 vaccinations par jour ».

Okay.

À ce rythme, on aura vacciné la moitié de la population dans à peu près 9 ans¹. Pas de doute, c’est massif.

¹ Cette estimation ne tient bien entendu pas compte du possible accroissement du nombre de Français d’ici là.

14 novembre 2009

Chuis pas rat, je veux juste pas payer !

Alors voilà, mes confrères de PC INpact ont fait un choix : ils passent au payant, au moins partiellement. En bref : ils vont vendre des abonnements à leur site, permettant à ceux qui les achèteront de se débarrasser de la pub et de financer l’indépendance de leurs journalistes favoris (enfin, juste après ceux des Nums, cela va sans dire).

La toute première réaction à la brève pondue à ce sujet par Vincent, notre rédac-chef vénéré (non, je fais pas de lèche, mais comme c’est l’un de mes quatre lecteurs, j’essaie de garder de bonnes relations avec) nous dit pour l’essentiel : pas question que Les Nums deviennent payants un jour, c’est pas une solution.

Ah.

Okay.

Euh…

Résumons donc.

La pub sur un site web, c’est chiant. Heureusement, Adblock m’en débarrasse pour pas un rond.

Le sponsoring des marques, bien sûr que c’est pas la solution, je veux mes journalistes indépendants, non mais !

Les comparateurs de prix, j’aime pas, y’a forcément anguille sous roche, vous êtes liés aux ventes…

L’abonnement, ça me coûte des ronds, pas question.

C’est quoi alors, la solution ? Pourquoi donc est-ce que nous, lecteurs de sites web en général, refusons de payer sur le web pour un contenu pour lequel ça nous paraissait évident de payer il y a dix ans, lorsqu’on se ruait chez notre marchand de journaux pour acheter SVM ?

Après tout, nous autres, journalistes techniques, on fait toujours le même boulot.

En fait, y’a même des fois où ça devient plus compliqué, quand cinquante marques se lancent sur un marché jadis verrouillé par quelques gros (tester un appareil General Electric ou un téléphone Acer est une expérience grisante), quand un fabricant inonde le marché de modèles identiques à un détail près (une dizaine de compacts entre 100 et 250 € chez Sony, par exemple), ou quand les modèles se succèdent tous les mois là où ils changeaient tous les deux ans (Nikon a sorti 25 reflex numériques en dix ans, soit 4 de plus qu’en vingt ans de productions argentiques autofocus, dont huit en deux ans !).

Mais on essaie toujours de gagner notre vie honnêtement en proposant des tests et en tentant d’éviter aux lecteurs de se faire baratiner par un vendeur et d’acheter un truc inadapté (à son cas particulier souvent, à l’existence parfois : Darwin travaille aussi dans ce domaine). On essaie d’informer, d’expliquer, de conseiller…

Bref, on fait toujours le boulot pour lequel il était normal qu’on soit payés il y a vingt ans, et à peu près tout le monde estime normal qu’on soit payés aujourd’hui.

Là où ça devient marrant, c’est que pour qu’on soit payés, les lecteurs trouvaient logique de payer y’a vingt ans, mais plus aujourd’hui.

Ils ont quoi dans le crane, bordel ?

En fin de compte, quel que soit le modèle économique qu’on adopte, on a tort. On est censés être payés, mais pas par la pub, pas par les comparateurs de prix, pas par les constructeurs et pas par les lecteurs. Quant à fonctionnariser les journalistes, j’entends bien les cris d’orfraie de ceux qui s’inquiètent déjà (à raison, à mon humble avis) de la familiarité de certains de mes confrères de la presse généraliste avec les sphères décisionnelles…

Le seul modèle que j’entrevois que nos lecteurs accepteraient, c’est qu’on imprime nous-mêmes nos propres billets de banque. Et encore, sur nos heures de loisirs, parce que déjà on n’en branle pas une (quand même, à peine plus d’un test par rédacteur et par semaine), faudrait pas qu’on réduise notre temps de travail… Et puis en quantités raisonnables, faudrait pas non plus faire plonger l’euro.

Et accessoirement, faudrait quand même qu’on investisse pour faire encore plus de tests, avec des labos toujours plus pointus parce que certains essais touchent à leurs limites à cause de l’évolution technologique (oui, par exemple, on sait que quand on chronomètre les reflex actuels on joue sur l’épaisseur du trait plus que sur des perfs réelles et qu’il faut revoir la procédure, inutile de nous le rappeler tous les jours quand on fait une brève par mois pour rappeler qu’on y travaille). Qu’on embauche des testeurs pour élargir notre champ d’investigation. Qu’on soit à tous les salons pour donner toutes les informations, d’où qu’elles sortent, à la seconde où elles sortent. Qu’on connaisse toutes les gammes de tous les constructeurs par cœur. Qu’on réponde à tous les courriels, même s’il y en a 25 par jour dont 23 identiques…

Le pire, c’est que ce genre de remarques à la con arrive à chaque fois à me pourrir la journée, parce que l’ingratitude d’une poignée d’emmerdeurs qui nous engueulent bien planqués derrière leurs claviers me blesse profondément.

Et je me dis que dans dix ans, y’aura plus un seul journaliste en France, et que ces crétins n’arrêteront pas de gémir parce qu’ils auront acheté des appareils de merde et ne voudront jamais admettre qu’ils l’auront vraiment, mais vraiment bien cherché.

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