30 octobre 2009

Tempête de boulettes géantes

herisson26 à 15:19 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentableUn commentaire

de Phil Lord et Chris Miller, 2009, ***

Un inventeur raté, niais et frustré crée une machine transformant l’eau en nourriture. Hélas, celle-ci se retrouve quelques kilomètres au-dessus de la ville, créant une pluie de bouffe ; tout d’abord bien accueillie, celle-ci va se révéler problématique lorsque les pièces vont se mettre à croître : se prendre un steak de trois kilos sur la tête n’est pas très agréable, et les boules de viande d’un mètre de diamètre sont incompatibles avec les chansons popularisées par Calvin¹.

Bon, faut pas se leurrer, il est tout à fait raisonnable de résumer Tempête de boulettes géantes² à une accumulation de clichés. Seule la situation est un peu originale, et se prête à quelques trouvailles assez géniales — le palais tout en gelly ne déplairait pas à Hansel et Gretel, par exemple.

Enfin bon, ça se laisse regarder sans déplaisir, ça fatigue pas trop le cerveau, et ça fait régulièrement marrer la plupart des gosses de la salle, donc ça remplit le contrat.

Petite note : c’est le deuxième film que je voyais en stéréo après Là-haut. Première bonne nouvelle : au MK2 Quai de Loire, l’éclairage n’est pas en 50 Hz. Soit c’est un éclairage incandescent genre linolite, soit ce sont des tubes à ballast électronique permettant d’obtenir une illumination continue ; en tout cas, ça n’interférait pas avec les lunettes.

Reste que les saccades demeurent beaucoup plus visibles qu’en monoscopie, et que je reste partisan de passer à 2x50 images par seconde plutôt que 2x24. Toujours fatigant, les trucs qui clignotent.

¹ Je cherchais la version originale, mais vu que les trois autres sont bien différentes et assez géniales aussi, je vous laisse la liste.

² Au passage, encore un traducteur surpayé : le titre original, littéralement « nuageux avec risque de boulettes », est largement plus fin.

Internet réducteur

Entendu au 13 h de France 2, à propos de l’opération offrant un quotidien par semaine (sic…) à deux cent mille jeunes : « s’informer sur Internet, c’est réducteur : quand vous allez sur Internet, vous allez uniquement sur ce qui vous intéresse, alors que dans un journal, vous commencez par ce qui vous intéresse et puis vous lisez le reste. »

Là, je ne vois qu’une explication : le type qui a dit ça n’a jamais foutu les pieds sur Internet. Ou alors, il n’a pas remarqué qu’en cliquant sur certains bouts de texte, on pouvait naviguer d’une page à l’autre — un lien hypertexte, ça s’appelle, si vous voulez faire djeuns dans les conversations au Sénat ou à l’Académie française.

En tout cas, je ne connais pas un internaute qui n’ait jamais fini par consulter un truc qu’il n’avait pas du tout envisagé au départ, simplement après avoir cliqué sur un lien — lire un dossier de PC Inpact sur HADŒPI alors que vous vouliez juste lire des tests des derniers Nokia sur Les Numériques, par exemple. J’ai connu bien plus de gens qui, à la fac ou au lycée (oùsqu’on avait des abonnements au Monde notamment), lisaient les titres, filaient directement à la page sports ou météo et reposaient le journal dans la foulée, sans jamais aller lire d’autres rubriques que celles de leur choix.

Anecdote amusante : il y a quelque temps, quelqu’un parlait sur le forum de « AFKAP ». Tour chez Google, kesaco ? L’acronyme de Artist formerly known as Prince. Ignorant que je suis, ne sachant pas que Prince avait changé de nom, j’ai fait un petit tour sur Wikipédia francophone pour voir ce que c’était que cette histoire.

Ne me demandez pas comment, mais trois heures plus tard, j’étais sur une page de Wikipédia anglophone intitulée List of VTOL aircrafts, après avoir passé un certain temps à étudier la classification des navires de transport lourd (Panamax, Suezmax etc.).

J’ai un très gros doute sur le fait que j’aurais pu suivre le même parcours en feuilletant l’Encyclopædia Universalis, sans même parler du Figaro. Et ça me paraît quand même relativement ouvert pour un médium « réducteur ».

29 octobre 2009

Cinéman

herisson26 à 12:48 — Filed under: Cinéma et télé,terrible2 commentaires

de Yann Moix, 2009, *

Un beau jour, une équipe de seconds rôles pètent un plomb. Au lieu de suivre le script, ils kidnappent Sissi, jouée par Viviane Cook, et la retiennent prisonnière dans Pour quelques dollars de plus où ils jouent la bande de l’Indien. Leur victime n’a que le temps de laisser derrière elle une broche qui permettra au héros de la retrouver. Le problème, c’est que ledit héros est prof de maths à Montreuil, et n’a pas vraiment la carrure pour se glisser dans le costume de l’homme sans nom : le sauvetage capote lamentablement et la prisonnière est emmenée dans un autre film…

L’idée est intrinsèquement marrante. Qui n’a pas imaginé d’être projeté dans un film ? Voilà de quoi imaginer moult détournements de chefs-d’œuvre divers, comiques ou tragiques, et une occasion unique de rendre hommage au cinéma en reconstituant des pans entiers de films — un peu comme l’a fait Ang Lee dans son Hôtel Woodstock, mais en plus varié et moins fidèle.

Et, de fait, il y a des moments où ça fonctionne à plein. La première apparition de Dubosc en Eastwood ou le choc de la rencontre d’Orange mécanique et de Taxi driver, par exemple. Le problème, c’est ce qui se passe ensuite : oui, Dubosc peut avoir peur de Dujardin. Là où celui-ci excelle à jouer sur plusieurs registres — même s’il se laisse parfois un peu trop enfermer dans le rôle de Chouchou ou Loulou, je sais plus —, celui-là ne connaît qu’un rôle, caricatural, niais, prétentieux, libidineux, bref, détestable. Et pour un plan dont la sobriété formelle rend hommage à l’œuvre d’origine (j’ai déjà cité l’ouverture sur Pour quelques dollars de plus, j’ajouterai le générique à la Buster Keaton et l’apparition de la rainette en tutu Robin des bois), on se tape dix minutes de gesticulations dubosciennes. Et quand par miracle il arrête une seconde de s’auto-caricaturer, c’est pour laisser la place à un plan où Pierre-François Martin-Laval fait de même sur son propre registre.

Du coup, alors que l’idée pouvait amener un excellent méta-film hommage à la grandeur du cinéma, on se farcit une heure et demie de sketches des Robins des bois. Si on aime, pourquoi pas, mais mieux vaut être prévenu.

PS : pourquoi pas de référence à Jumanji ? C’eût été une mise en abîme intéressante, non ?

27 octobre 2009

Question con

herisson26 à 20:43 — Filed under: Air du temps,La pensée du jour,Prise de courgePas de commentaire

Tout le monde nous le dit : les juges ont eu l’intelligence de ne pas prononcer la dissolution de l’auto-proclamée Église de Scientologie, évitant ainsi de la voir renaître clandestinement et permettant de conserver le contrôle. On nous dit donc en substance : un truc nuisible, vaut mieux l’autoriser pour le garder à l’œil sous contrôle légal que l’interdire et risquer de le voir continuer dans la clandestinité dans des conditions non vérifiables.

Là, je me pose une question. La voilà comme elle est, faites-en ce que vous voulez :

c’est quoi, la différence avec les drogues ?

Appoline, disparue il y a huit ans

herisson26 à 1:31 — Filed under: BouquinsPas de commentaire

de Jean-David Morvan et TBC, 2009, ****

Vous regardez la télé ? Alors, vous connaissez les faits divers. Des gamines kidnappées, enfermées dans une cave… Jean-David Morvan aussi.

Le truc, c’est que là où vous vous contentez de vous horrifier voyeuristement entre deux bouchées de côte d’agneau, lui, il en tire un scénario.

Une jeune femme enfermée dans une cave, c’est donc la surprise que reçoit l’inspecteur Wimms lorsqu’il entre chez Antoine Carasse pour une enquête de voisinage après l’assassinat d’un boulanger. Pendant huit ans, elle a été ainsi cloîtrée par son ravisseur… mais ne semble pas s’en être si mal sortie : sûre d’elle, posée, elle va lui raconter son histoire — ou ce qu’elle choisit d’en dire. Et laisser deviner que les rapports entre un kidnappeur complexé et peu intelligent et une victime cynique et brillante ne sont pas aussi simples qu’un rapport de police le souhaiterait…

Si on regarde les critiques de cette BD, on a au moins une certitude : ça ne laisse pas indifférent. Entre ceux qui accusent Morvan d’avoir récupéré au hasard les faits divers des dernières années pour les retourner sans aucune morale, insultant les victimes au passage, et ceux qui saluent une œuvre bouleversante et psychologique, il n’y a guère de place pour du « boaf, pas mal ».

Il est clair que l’idée fondamentale n’est pas totalement neuve. Morvan a énormément recyclé, aussi bien côté coupures de journaux que côté principe psychologique d’un prédateur naïf croisant une proie cynique (cf. le très particulier Hard Candy de David Slade). Mais le résultat, quoiqu’improbable, est suffisamment dérangeant pour qu’on puisse parler de réussite.

Jennifer’s body

herisson26 à 0:51 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Karyn Kusama, 2009, ***

Un groupe de musiciens ratés veut faire un pacte avec le diable, en lui sacrifiant une vierge. Problème : ça tourne mal, et la pom-pom girl allumeuse par leurs soins choisie se transforme en démon anthropophage — ce qui ne l’empêche pas de continuer à aller en classe comme si de rien n’était. Le film sera donc l’histoire de la lutte entre elle et sa meilleure amie, qui découvre l’affaire et tente de l’arrêter…

En gros, on pourrait voir ça comme une réinterprétation façon suédoise (vous avez vu Morse, bien sûr) du teen-horror-movie américain. C’est bien barré, parfois marrant, souvent déjanté, régulièrement gore aussi… Mais c’est tout. On est un peu déçu de voir ça de la part de Diablo Cody, scénariste de l’excellent Juno : où sont passés l’impertinence, l’explosion des conventions sociales, les caractères bien trempés ? Ici, on est dans un film d’horreur à tendance comique assez classique, bien fichu mais dépourvu d’étincelle particulière.

Sin nombre

herisson26 à 0:23 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Cary Fukunaga, 2009, ****

Expulsé des États-Unis, un Hondurien compte refaire le voyage jusqu’au New Jersey, où l’attend sa famille. Il en profite pour récupérer sa fille aînée, Sayra, et ils prennent la route en clandestins sur un train de marchandises. De son côté, Casper est un marero, membre d’un gang mexicain, voleur et meurtrier occasionnel, que les hasards de son activité vont mener sur la route des précédents.

On peut reprocher à Sin nombre de s’abandonner à une habitude facile : les deux que tout oppose qui vont forcément finir ensemble, ou la fille bien qui craque pour le bandit, enfin, vous voyez le truc. À côté de ça, le coup d’œil sur les migrants fuyant l’Amérique latine pour viser la terre promise du nord est dur, sans pourtant chercher à apitoyer le spectateur — on ne nous rappelle pas à quel point ils en chient, non, on se contente de montrer ce qui est. Idem pour la plongée dans la vie des maras, où l’on évite de dramatiser à outrance pour se contenter d’une forme de réalisme largement suffisante.

Du coup, au-delà du point de départ un peu rebattu, le film possède une vraie force, une solidité formelle irréprochable, avec une réalisation et une photo soignées. Il prend d’autant mieux qu’il évite d’en faire des tonnes.

(Et accessoirement, c’est agréable, de temps en temps, d’entendre une autre langue que l’anglais ou le français dans une salle de cinoche.)

En revanche, un petit carton rouge à l’UGC Ciné Cité des Halles, qui laisse rentrer dans une salle archi-bondée un groupe d’une dizaine de personnes vingt minutes après le début du film. Et voilà un lot de crétins qui passent dans tous les sens, soufflent aux gens de les laisser passer, masquent l’écran à ceux qui sont derrière… Au risque de me répéter, quand je serai président, la Loi interdira d’entrer dans une salle pendant un film — on pourra admettre une dérogation pour les pompiers si le cinéma brûle, à condition bien sûr que l’ouvreuse n’ait pas verrouillé les portes.

Et puis tiens, deux pour le prix d’un : pourquoi lancer les films de manière à ce que la salle 1 et la salle 2, soit soit la plus grande du complexe et une « moyenne » d’environ 150 places, se vident en même temps dans le même couloir de 1,5 m de largeur ? Pour peu qu’un film soit une œuvre peu commerciale mais saluée par la critique (et bénéficiant sans doute aussi d’un excellent bouche à oreille) et l’autre une grosse machine d’humour français, ça fait dans les 600 spectateurs à évacuer… Il aurait suffit de décaler l’un des deux de cinq minutes pour limiter l’embouteillage.

22 octobre 2009

Dilemme

herisson26 à 13:58 — Filed under: Air du temps,Insolite,Prise de courge4 commentaires

Y’a des fois, dans la vie, on se crée des dilemmes à la con.

Y’a quelque temps, l’imposition sur le revenu me demandait 1400 €. Bon, je pleure pas, si je dois payer ça, c’est que j’ai gagné de la thune, ça me paraît plutôt normal. Néanmoins, il existe une réduction spécifique à ma profession, qui permet de décompter un montant ahurissant au titre de « frais d’emploi » — autrement dit, je suis journaliste, j’ai des frais spécifiques : payer des indics, graisser des pattes de videurs, louer des hôtels à la volée, tout ça. Mieux : la loi en question ne permet pas à l’administration de vérifier que cette déduction correspond effectivement à des frais existants.

Les rémunérations des journalistes, rédacteurs, photographes, directeurs de journaux et critiques dramatiques et musicaux perçues ès qualités constituent de telles allocations à concurrence de 7 650 euros. Toutefois, lorsque leur montant est fixé par voie législative, ces allocations sont toujours réputées utilisées conformément à leur objet et ne peuvent donner lieu à aucune vérification de la part de l’administration. (Code général des impôts, article 81, alinéa 1)

Vous saisissez le truc ? Payer des impôts parce que je gagne ma vie, rien à dire, c’est normal. « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les Citoyens, en raison de leurs facultés », comme disaient Champion de Cicé et Mirabeau.

Mais comme disait de son côté Didier Auriol : « la règle peut être stupide, faudrait être encore plus con pour ne pas en profiter ».¹ Me voilà donc remplissant un dossier pour les impôts, leur expliquant que tel abattement n’avait pas été pris en compte, tout ça.

Aujourd’hui, j’ai ça :

cheque

Euh, bon, okay, en décomptant l’abattement, je suis éligible à la prime pour l’emploi… Euh… Pas payer d’impôt, c’est une chose, toucher des sous de l’administration, c’en est une autre.

Du coup, mon petit débat intérieur du moment : encaisser ce chèque ou pas ? D’un côté, la loi dit que j’y ai droit, de l’autre, la morale est moins catégorique…

(Okay, je sais, y’a plein de gens qui aimeraient avoir des dilemmes comme ça.)

¹ Il parlait d’un délire de la FIA qui, à l’époque, avait décidé d’attribuer au championnat du monde des rallyes l’équivalent d’une quatrième place au vainqueur de… la seule dernière spéciale d’un rallye, et répondait aux journalistes qui lui demandaient pourquoi, quoique principal opposant à cette mesure, il s’était fait une spécialité de « dégoupiller » dans la dernière pour piocher les trois points promis.

Lucky Luke

herisson26 à 0:04 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de James Huth, 2009, ****

Première minute, ça commence fort : bon sang, c’est quand même pas Calvin (prononcez /jø/) qui chante ? Vérification au générique, ah ben si, ils avaient raison : Il est partout (sauf à la Cigale le 4 novembre, bien sûr).

Après, bon, j’avoue, je me faisais guère de soucis pour Dujardin, vu qu’il sait être parfaitement sérieux (Le convoyeur, excellent), complètement barge (Brice de Nice, faut aimer, j’avoue : j’ai aimé) ou très exactement assez trop (OSS117, et c’est dans ce registre qu’on l’attend ici). J’ai été rassuré dans la bande-annonce de voir Sylvie Testud en Calamity Jane, Alexandra Lamy en chanteuse de bar ne m’inquiétait pas, et c’est à peu près tout ce que je savais avant d’entrer dans la salle mais j’étais donc en terrain connu.

Le début est un choc, que dis-je, un sacrilège, mieux : un blasphème. Tenez-vous bien : Lucky Luke a un passé. Ben merde alors. Lucky Luke était une caricature du héros mystérieux de western, qui apparaît ex nihilo et disparaît abruptement — pensez à « Blondin » dans Le bon, la brute et le truand, autre caricature du même personnage. Donner un passé à Luke, c’est lui imposer le rang bien plus complexe de l’homme à l’harmonica — ce n’est d’ailleurs pas forcément le seul hommage à Il était une fois dans l’Ouest : la poussière omniprésente et la contruction du chemin de fer transcontinental sont de la partie.

Pourtant, ça a son importance : on comprend pourquoi Luke ne tue quasiment jamais — et pas du tout depuis 1956¹. Du coup, c’est une super idée qui permet de renouveler un peu la série et de proposer un film plus profond — même si cet aspect est tourné en dérision, il reste présent.

À côté de ça, ce Lucky Luke est plus un hommage à la bande dessinée (c’est d’ailleurs présenté comme tel) que comme une vraie aventure de Lucky Luke. Euh, oui, à la bande dessinée, pas juste à Lucky Luke : j’ai vu passer un crabe aux pinces d’or (et j’ai été le seul de la salle à trouver ça drôle, ils connaissaient pas Tintin les autres ?), par exemple. Euh, en fait, pas qu’à la bande dessinée, au cinéma aussi, y’a même quelques westerns très classiques comme Règlements de comptes à O.K. Corral (« réalisé en 1957 par John Sturges, avec Burt Lancaster et Kirk Douglas au sommet de leur forme », comme dirait Eddy).

Reste qu’un film-hommage n’est jamais qu’une sombre bouse pathétique s’il n’est également un vrai film. Est-ce le cas ici ? Eh bien, malgré quelques inévitables faiblesses comme certains retournements téléphonés longtemps à l’avance (les personnages de Belle et de Cooper sont assez évidents) ou une poignée de scènes « trop trop » (l’arrivée de Jesse James, qui pique au passage à son frère sa logorrhée shakespearienne), dans l’ensemble, oui. On y trouve un montage nerveux, une bande-son d’excellente facture (même lorsqu’elle est ignoble dans la pure tradition Western), une photo soignée, un scénario parfois moins idiot et plus profond qu’il n’y paraît (et comme la stupidité faisait partie du cahier des charges, c’est une vraie bonne surprise)…

Au final, sans révolutionner l’histoire du cinéma, c’est un très bon moment assuré, où l’on découvre que Michaël Youn peut être supportable si on lui trouve un rôle qui lui va — et qui mieux que Billy the kid pour être interprété par cet abruti hyperactif ?

Dans l’échelle des adaptations de Lucky Luke, celle-ci prend en tout cas la première place, devant le Lucky Luke de Terence Hill.

En revanche, je vais me permettre un petit coup de gueule : pourquoi Daisy Town ? Certes, c’est un scenario en or pour un cinéaste, pour la bonne raison qu’il a été écrit pour le cinéma (l’album homonyme n’est sorti que douze ans après le dessin animé). Néanmoins, il y en a certains que j’aimerais beaucoup voir adaptés, et qui pourraient renouveler un peu le truc — j’ai parfois l’impression que Lucky Luke est devenu un genre de western à part entière, qui se passe forcément en ville. Franchement, qui ne voudrait pas d’un La diligence ? Road-movie + western, ça faisait plutôt bon ménage à une époque… Le fil qui chante, En remontant le Mississipi, Les Dalton se rachètent, Chasseur de primes (qui permettrait de boucler la boucle, étant l’une des plus évidentes parodies de cinéma de la série) pourraient à mon humble avis fournir de la matière pour quelques adaptations aussi…

¹ Depuis le temps que j’entends dire que Lucky Luke n’a tué personne depuis Mad Jim à la fin du Sosie de Lucky Luke, je craignais avoir rêvé, mais non : Phil Defer est bien abattu à la fin de l’album du même nom, mais dont une version édulcorée où il n’est que blessé est sortie plus tard. J’ai dû lire les deux versions, parce que les deux fins me rappellent quelque chose, même si j’étais bien certain de connaître la première mouture.

19 octobre 2009

Mary et Max

herisson26 à 17:27 — Filed under: Cinéma et télé,trollPas de commentaire

d’Adam Eliott, 2009, O

Discussion entre Adam et Melanie, dans un pub de Melbourne, vers 3 h du matin :

— Tu sais quoi ? Je connais un type, complètement à la masse. Il supporte pas le bruit, il peut pas sortir de chez lui, il sait à peine écrire mais il sait tout sur tout, il fait la même chose tous les jours de toutes les semaines…

— Nooon ?

— Si. Et même, il a peur des gens, parce que quand tu lui parles même avec un grand sourire, il sait jamais si tu l’engueules ou si t’es content.

— Y’a vraiment de ces tarés…

— Tu sais quoi ? On devrait en faire un film.

— Ah ouais, mais il faudrait une histoire… C’est pas mal ce truc de peur des gens et de routines… Imagine que sa vie soit bouleversée par l’arrivée de quelqu’un ?

— Pas possible, il bloquerait à mort… Ou alors, non, je sais. Imagine une gamine moche et conne, que personne aime parce que ses parents aussi sont moches et cons, et qui écrit à une adresse au hasard dans l’annuaire et qui tombe chez lui.

— Ah ça, c’est pas mal. Il ferait une crise d’angoisse de malade…

Voilà sans doute comment fut créé Mary et Max. Une malencontreuse cuite chez un jeune con de réalisateur et une jeune conne de productrice, qui débouche sur un des films les plus malsains que j’ai vus, dont je sais toujours pas si le but est de faire rire de l’anthropophobie — « ouah, trop fort, l’obèse qui panique parce qu’il reçoit une lettre, ah, ah, ah » —, d’attendrir facilement avec des parias — « ooooh, c’est meugnon, un Asperger, j’en veux un pour mon anniversaire » — de faire une parabole sur le phénomène オタク en le sortant pour une fois du Japon.

On me dira que je surréagis sans doute parce que j’ai parfois du mal à interpréter les expressions et intentions de mes interlocuteurs, parce que je me passionne pour n’importe quoi, ou parce qu’il m’arrive de faire des crises d’angoisse pour des événements que d’autres jugeraient anodins.

Possible, mais un film d’où je sors amer, en colère et anxieux, je peux décemment pas le conseiller.

Page suivante »

Powered by WordPress