28 septembre 2009

Quelqu’un m’explique ?

La nouvelle du moment, apparemment, c’est l’arrestation en Suisse d’un certain Roman Polanski, photographe et cinéaste franco-polonais longtemps installé aux États-Unis.

Pour ma part, ce que je trouve étonnant, plutôt que l’affaire elle-même (le principal intéressé ne nie pas les faits, sa victime a classé l’affaire, la justice suit son cours), c’est le déchaînement de mes confrères et de nos autorités.

Alors voilà, en gros, Polanski a été soupçonné il y a une trentaine d’années de relations sexuelles avec une mineure — chez nous, on dirait « viol sur mineure de moins de 15 ans par adulte ayant autorité », ladite mineure lui ayant été confiée par ses parents et la question du consentement ne pouvant être posée dans cette situation. Il a plaidé coupable, mais quitté les États-Unis avant la peine prononcée. Un mandat d’arrêt international a été émis, réactivé par la justice californienne, transmis aux autorités suisses, qui s’y sont conformées. Reste maintenant aux avocats à s’étriper sur l’extradition éventuelle, à la justice californienne à se prononcer et au réalisateur à purger sa peine le cas échéant, je vois pas ce qu’il y a de compliqué dans l’histoire.

Mais chez nous, on a une industrie du cinéma, un ministre de la Culture et des tonnes de médias qui ne l’entendent pas de cette oreille et se sont lancés dans ce qui est normalement le boulot des avocats de Polanski : assurer sa défense. Enfin, ils font pas tout à fait le boulot des avocats puisque d’une part, ils le font en public au lieu de se concentrer sur les autorités légales et d’autre part, ils le font gratos, ce que la déontologie de toute avocat interdit.

Il paraît donc que Polanski est un cinéaste talentueux. D’une, qui peut prouver qu’il a du talent ? Personnellement, je lui reconnais une audace certaine dans Rosemary’s baby, ce qui n’empêche que ce film m’a gonflé comme ses autres œuvres sous mes yeux passées, à l’exception notable de l’impressionnant, stupéfiant et passionnant La jeune fille et la mort. Mais ça, c’est mon ressenti personnel, et je me permettrais pas d’affirmer que l’individu concerné ait ou non du talent. De deux, en quoi ça le dédouane de quoi que ce soit ? Je suis un testeur d’appareils photo talentueux — c’est moi qui le dis, mais qui pourra démontrer le contraire ? —, je dois donc pouvoir massacrer mon prochain impunément, si j’ai bien suivi ? Et qui niera que dans son style, Charles Manson¹ avait un talent certain ?

Il paraît aussi que ça fait trente ans que l’affaire a eu lieu et que donc elle est prescrite. En droit français, c’est sûr : le viol sur mineur est prescrit dix ans après la majorité de la victime sauf procédure judiciaire en cours. Euh, vous dites ? En droit français. Bien. Polanski est (entre autres) français. Euh… Cela suffit-il ? Non. Dans l’affaire du moment, l’arrestation a eu lieu en terre suisse, l’affaire est basée en Californie et l’extradition est gérée par un accord américano-helvète. Si vous avez vu passer la France dans le résumé, vous avez une meilleure vue que moi. La prescription éventuelle doit donc être étudiée en Californie, et sans être spécialiste du droit local, j’ai un gros doute : Polanski y est coupable non seulement de relations sexuelles avec une mineure, mais également de fuite alors qu’il était libéré sous caution, et il semble bien qu’aucune de ces deux infractions ne soit prescrite.

Enfin, on nous répète en boucle que sa victime l’a pardonné. Euh… Je dois être idiot, mais là non plus, je ne vois pas le rapport. Si la justice doit cesser toute poursuite à chaque fois qu’une victime retire sa plainte, il ne va pas y avoir beaucoup de dealers derrière les barreaux ; ça revient en fait à applaudir les pressions sur les plaignants, qu’il s’agisse de dédommagement contre retrait de plainte ou de menaces physiques ou morales. Admettons cependant que la justice américaine absolve Polanski pour l’affaire de mœurs ; il resterait l’affaire de fuite à l’étranger, pour laquelle la justice américaine est elle-même la victime. Et je n’ai pas vu au 20h de témoignage bouleversant de la justice américaine expliquant la larme à l’œil : « oui, Monsieur Polanski s’est soustrait à moi, mais je lui pardonne ».

Mais de toute manière, le truc fondamental, c’est que, que je sache, la Suisse comme les États-Unis (dans leur variante californienne en l’occurrence) sont considérés chez nous comme des États de droit. Autrement dit, on considère que leur système judiciaire fonctionne avec une certaine équité, en respectant les droits des individus concernés et en résistant à l’arbitraire. En bref, la qualité de ces États, ou de leur système judiciaire, c’est qu’en principe un éboueur immigré y est jugé selon les mêmes règles pré-établies qu’un réalisateur étranger².

Du coup, j’ai tendance à penser qu’on devrait plutôt laisser la justice de ces États suivre son cours dans la sérénité³ plutôt que de juger l’affaire, sur le fond et sur la forme, pour le détournement, la fuite, l’arrestation ou l’extradition, à sa place.

Qu’on hurle au scandale dans des cas d’arrestations arbitraires dans des pays où critiquer l’autorité est un crime passible de la décollation, ça se conçoit, c’est même sans doute à ça que sert Amnesty international.

Qu’on fasse une affaire d’état de l’arrestation par la police d’un État de droit d’une personne sous le coup d’un mandat d’arrêt international délivré par un État de droit pour s’être soustraite à sa justice, ça me semble pour le moins tendencieux. Et il y a eu des cas analogues où nos médias se sont empressés de saluer comme un seul homme un bel exemple de coopération internationale des autorités de différents pays…

J’ai un peu l’impression qu’il y a deux poids, deux mesures. Mais je suppose que mes confrères plus au fait de l’affaire sauront m’expliquer ce que j’ai tendance à considérer comme une crise d’hystérie de leur part.

¹ Notez la classe que cela représente de citer ici l’assassin de la première femme de Polanski. C’est ce qu’on appelle l’élégance du hérisson. ^^

² Notez que dans nos médias de par chez nous, en tout cas, un éboueur qui se gare sur une piste cyclable est un dangereux immigré, tandis qu’un cinéaste qui agresse les dames est un talentueux étanger.

³ Ah tiens, cette phrase marche aussi quand des gens de chez nous s’étripent entre eux autour d’une affaire quelconque, marrant.

25 septembre 2009

Opération Eagle One

herisson26 à 21:36 — Filed under: Cinéma et télé,trollPas de commentaire

de j’ai la flemme de chercher, année inconnue, O

Pour ceux qui se demandaient pourquoi personne n’avait jamais mis une bande-son funky sur un film de guerre, voilà la réponse : ça colle pas, tout simplement.

Vous me direz, ça paraissait logique. Keziah Jones a pas souvent joué dans Platoon. >.<

24 septembre 2009

Amen

herisson26 à 20:15 — Filed under: Musique2 commentaires

Hôtel Woodstock

herisson26 à 20:09 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Ang Lee, 2009, ****

Bon fils, Elliott quitte Greenwich Village pour passer l’été 69 chez ses parents, gérants d’un motel délabré à Bethel, New York. Alors que la banque veut saisir l’établissement, il apprend qu’un festival musical prévu pour la mi-août a été interdit par les habitants de Wallkill. Il appelle les organisateurs, qui vont trouver sur les terres de son voisin Max Yasgur l’endroit idéal pour accueillir 50 000 spectateurs sur trois jours. Le motel devient le centre névralgique de l’organisation, qui a trois semaines pour monter un festival… qui deviendra rapidement et pour (au moins) quarante ans la référence universelle des concerts de rock.

Il y a une ombre qui plane, omniprésente, autour de cet Hôtel Woodstock. Celle de Woodstock, documentaire de Michael Wadleigh sorti en 1970, dont Ang Lee a sans doute décortiqué chaque plan pour caser une belle série de clins d’œil dans son propre film. Dès le générique, et un peu plus tard, on retrouve par exemple le montagne simultané de plusieurs images, les variations de format (carré, 1.33, 1.85 selon les besoins) qui avaient fait remarquer un jeune chef monteur nommé Martin Scorsese. Certains dialogues sont rigoureusement repris du documentaire, les scènes étant fidèlement reconstituées pour les intégrer sous un angle différent.

Cependant, Ang Lee ne se laisse pas bouffer par les références. Il déroule sa propre histoire, parallèle et en marge du festival, une histoire de famille, de rêve, de désillusion, de fidélité ou d’éducation, une histoire de liberté en somme. Les relations d’Elliott avec ses parents, et de ses parents avec lui, sont décortiquées tout en finesse, le Viêt-Nam et ses conséquences sont bien sûr présents, bref, Ang Lee se concentre sur le facteur humain — à cent lieues de Brokeback mountain, mais avec toujours la même passion pour ses personnages.

In fine, c’est un petit bijou d’humour, de caricature, de documentaire, avec bien entendu une bande son à tomber, qui nous est proposé là. Après Good morning, England, 2009 aura été un bon crû pour le cinoche musical.

Démineurs

herisson26 à 19:42 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Kathryn Bigelow, 2009, ***

Pour une bombe qui explose, combien sont désamorcées ? En tout cas, c’est le quotidien d’un trio de démineurs de l’armée américaine, envoyés en Irak pour empêcher les « terroristes » ou « résistants » locaux — choisissez le vocabulaire selon votre humeur du jour, ce n’est pas le sujet du film — de faire exploser les rues. Dans un pays toujours en guerre où nul ne sait qui va leur tirer dessus, James enfile régulièrement une veste blindée pour aller séparer détonateurs et explosifs, pendant qu’Elridge et Sanborn assurent la couverture et tentent de détecter les éventuels poseurs de bombe avant qu’ils ne déclenchent la détonation.

La réalisatrice avait clairement la volonté de faire réel. Du coup, si l’idée de fouiller à la main dans les viscères encore chauds d’un adolescent pour désamorcer le C4 dont il est truffé vous perturbe, mieux vaut passer votre chemin.

Si vous avez le cœur suffisamment bien accroché, vous pourrez apprécier cette approche quasi-documentaire, certes un peu romancée (et très américaine dans le fond romancé), qui vous fera suivre quelques déminages, une interminable attente de tireur d’élite improvisé et une absurde traque nocturne qui ne sera pas sans rappeler la scène du barrage de Apocalypse now.

Pas un très grand film, ni même un très grand film de guerre, mais deux heures bien tournées, correctement documentées et qui évitent parfois la caricature, donc un film à voir pour les amateurs.

23 septembre 2009

La pensée du jour

herisson26 à 18:59 — Filed under: La pensée du jourPas de commentaire

J’oublie toujours les anniversaires, je ne fais jamais de cadeau…

C’était la pensée (ou l’acte manqué ?) du jour.

20 septembre 2009

Pas rapide

herisson26 à 18:54 — Filed under: En vracPas de commentaire

Y’avait longtemps que je m’étais pas chronométré.

1’02, 1’02, 1’01, 1’01, 1’03, 1’04, 1’04, 1’03, 1’01, soit 8’19 au total (vivent les arrondis par excès). Okay, c’est mon meilleur temps sur 400 m crawl, mais j’ai dû tirer pas mal surtout pour reprendre le rythme après avoir été bloqué sur la cinquième longueur, et j’ai fini claqué. Pas de doute, je suis moins en forme qu’il y a un mois ou deux… Faudrait pas que j’me laisse aller.

18 septembre 2009

Humpday

herisson26 à 22:11 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Lynn Shelton, 2009, ***

Ben, marié et casé, voit brusquement débarquer Andrew, ami de longue date perdu de vue qui a suivi la route de Kerouac et Lavilliers. Le soir suivant, il se retrouvent dans un groupe aux mœurs plutôt libérées dont les membres comptent participer à un festival de films porno amateurs. Après quelques joints et autant de litres d’alcool, les voilà pris par un projet : il vont faire un film dans lequel ils coucheront ensemble — deux hétéros s’envoyant en l’air, c’est pas du porno, c’est de l’art, vous pouvez pas comprendre.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est particulier. On est presque surpris que Lynn Shelton soit américaine, tant son film transpire d’une patte britannique à l’extrême — vous vous souvenez du Grand jeu ? Les dialogues sont souvent hilarants, parfaitement servis par des acteurs en grande forme, les situations complètement barrées sont parfois prévisibles mais fonctionnent tout de même, et on ne regrettera que la perte de rythme dans les dix dernières minutes. Pour le reste, c’est un excellent moyen de se marrer pendant une heure et demie — sans trop se creuser le chou, il est vrai.

District 9

herisson26 à 21:57 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Neill Blomkamp, 2009, ****

Vikus van der Merwe est chargé d’organiser le déplacement de deux millions d’extra-terrestres naufragés, parqués depuis vingt ans dans un ghetto au centre de Johannesburg. Il va rapidement en faire les frais : contaminé, il entame une mutation qui va attirer à ses trousses tous les scientifiques et miliciens de la ville, aiguillés par la possibilité d’utiliser les armes extra-terrestres.

Disons-le tout net : on retrouve plein d’univers connus dans ce District 9. Bilal y est omniprésent, dès les premiers plans où l’arrivée du vaisseau extra-terrestre en panne rappelle immanquablement le débarquement de la pyramide dans Immortel (ad vitam). Le concept de ghetto insalubre et concentrationnaire en Afrique du Sud pourrait également rappeler certaines choses pas si anciennes… Et certains passages ne manqueront pas de vous rappeler Le guerrier de la route.

Ceci étant, le film a le bon goût de ne pas évacuer totalement certaines questions gênantes — en partant d’un postulat inhabituel en SF : les extra-terrestres, quoique très avancés technologiquement, sont naufragés et non dominateurs — comme l’ancrage profond du racisme dans la société occidentale ou la régulation des naissances d’une population dominée par une population dominante. La privatisation des services de sécurité, qui transforme de facto la police en milice, est également centrale dans le déroulement du scénario, qui ne pourrait être totalement le même si la gestion du district 9 n’avait été confiée à une société privée.

La trame globale est un peu plus prévisible, se prête au passage à quelques scènes d’action classiques mais réussies, apporte une fin assez téléphonée qui pourrait faire penser à Les titans (BD de Roger Leloup, pour les égarés qui ne connaîtraient pas leur Yōko Tsuno sur le bout des doigts), mais comme la réalisation est sans faille, le jeu d’acteur correct et les personnages juste assez caricaturaux, l’ensemble passe vraiment très bien.

14 septembre 2009

La pensée du jour

herisson26 à 21:18 — Filed under: La pensée du jourPas de commentaire

Si Dieu existe, il peut préparer son chéquier. Y’a des choses qui devront se payer.

C’était la pensée du jour.

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