27 juin 2009

Jeux de pouvoir

herisson26 à 20:26 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Kevin Macdonald, 2009, ****

Prenez un vieux journaliste de presse écrite désabusé, usé par les ans, et une jeune blogueuse aux dents longues de la récente antenne web du même journal. Prenez un député, ami personnel du premier, décidé à lutter contre la privatisation de la sécurité nationale et donc cible de choix des sociétés para-militaires, qui a la mauvaise idée de coucher avec sa secrétaire. Passez ladite secrétaire sous les bogies d’un métro, de préférence dans l’angle mort des caméras de surveillance, secouez, laissez reposer…

Voilà un film assez complexe, qui vous parlera de concurrence papier/web, de politique de sécurité, de collusion entre politique et entreprise, de collusion entre journalisme et police, de concurrence entre journalisme et police, d’enquêtes, d’adultère, et même du choc des journalistes rachetés par des groupes financiers moins regardants sur l’éthique que sur les bilans comptables.

La réalisation n’est pas exactement nerveuse, mais elle a le bon goût de se faire discrète et ça colle bien à l’ambiance — un air de famille avec l’excellent Dernier domicile connu de Giovanni, peut-être. Russell Crowe est superbe, au point que j’envisage de le sortir de la black list où je l’avais généreusement inscrit après Gladiator, Ben Affleck est globalement très bon malgré un ou deux dérapages (pas de quoi le sortir de la black list où il est depuis Pearl Harbor, Armageddon, Shakespeare in love…), Jason Bateman est impeccable en faux-derche prétentieux, et les dents de Rachel McAdams semblent vraiment rayer le parquet.

Au final, voilà un petit polar de politique-fiction bien ficelé, très bien joué, qui ne se prive pas d’égratigner au passage certaines évolutions récentes de la politique et du journalisme notamment. Peut-être pas un chef-d’œuvre absolu, mais un très bon film de genre.

Sherrybaby

herisson26 à 20:01 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Laurie Collyer, 2009, ***

Sherry, ancienne junkie et dealeuse occasionnelle, est en liberté probatoire. Objectif : trouver du boulot, revoir son frère, revoir sa fille que celui-ci élève avec sa femme depuis trois ans… Bref, arrêter les conneries et devenir une mère.

Le film est parfois glauque, parfois drôle, parfois même émouvant, et évite toute forme de manichéisme — toutes les ex-junkies ne sont pas des anges, toutes les belles-sœurs qui ont adopté une fillette ne sont pas des dragons… Mais dans l’ensemble, il manque un souffle, une inspiration lui permettant de dépasser réellement son cadre, dont il ne sort finalement pas. Il répond aux attentes, il remplit le contrat, mais ne va guère au-delà.

24 juin 2009

Very bad trip

herisson26 à 22:45 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Todd Philips, 2009, ****

Un enterrement de vie de garçon à Las Vegas, rien de très original pour un futur marié californien, son beau-frère et ses deux meilleurs amis. Mais quand, au lendemain de la folle nuit prévue, les trois derniers s’aperçoivent qu’ils ont perdu le premier, que la fiancée attend, sans avoir la moindre idée de l’endroit où il peut être ni de ce qu’ils ont pu faire la veille, ça se complique.

Et voilà donc trois gueules de bois (le titre original, The hangover, est vachement mieux que le titre « français » connement angliciste) lancées à la recherche de leur passé et du fiancé. Que fait un matelas sur une statue, pourquoi un mafieux asiatique les poursuit-il, d’où vient cette voiture de police, pourquoi un tigre est dans la salle de bains, où est passée la canine du dentiste, autant de questions qui trouveront des réponses au fur et à mesure que l’enquête progresse, dans un monde aussi loufoque que dangereux.

Une réalisation rythmée, un scénario plein d’invention et d’originalité, un enchaînement de clichés souvent soigneusement dynamités suffisent à faire oublier un point de départ un peu convenu et l’absence de réflexion approfondie. In fine, ce voyage à Vegas se révèle donc amusant, parfois hilarant, décalé, parfois vaguement cynique ou de mauvais goût, et offre une distraction hautement recommandable.

20 juin 2009

Les beaux gosses

herisson26 à 19:04 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Riad Sattouf, 2009, ***

Est-ce que vous connaissez La vie secrète des jeunes ? C’est de Riad Sattouf, c’est une série de strips publiés sur une colonne de Charlie Hebdo depuis quelques années. Y’a aussi eu une édition en album, à propos. Riad y croque des dialogues de gens, entendus dans le métro, croisés dans la rue, espionnés à la terrasse d’un café.

La force, et la principale faiblesse, de ces Beaux gosses vient de son gros air de famille avec La vie secrète des jeunes. D’un côté, c’est donc une plongée dans un monde de gens ordinaires, et plus particulièrement d’un duo d’omégas (un oméga, bande d’incultes, est celui qui, dans une meute, est le dernier de l’échelle hiérarchique et alimentaire) un peu lourds, élèves en troisième et naturellement obsédés par les demoiselles de leur entourage. Et tout ça prend un tour détonant quand une alpha s’intéresse à l’un d’eux. Fascinant, hilarant, férocement bien vu par moments, on retrouve le talent d’observateur du dessinateur.

De l’autre côté, c’est également un série de strips. Les scènes s’enchaînent, courtes, centrées sur les dialogues et quelques attitudes (un bon dessinateur connaît l’importance des mimiques), sans effort de mise en scène ni réflexion particulière.

Du coup, on passe un bon moment, mais c’est tout. Quelque part, il eût peut-être été plus avisé d’en faire une série d’épisodes courts de deux à cinq minutes, à passer avant le 20h de France 2, qu’un film diffusé en salles.

Blood : the last vampire

herisson26 à 18:50 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Chris Nahon, 2009, ***

Film fantastique plutôt rythmé, pas forcément extrêmement original mais qui mêle assez habilement le teen-movie et le film de monstres. Ne fera pas date dans l’histoire du cinéma, mais permet de passer 1h40 sympa.

Petit regret tout de même : prendre une Coréenne pour jouer une Japonaise, c’est pas gênant esthétiquement (c’est quasiment la même ethnie, au contraire des Chinoises qui jouaient dans Mémoires d’une geisha), mais quand on tourne un quart du film en japonais, ben vaudrait mieux quelqu’un dont c’est la langue maternelle. Pas que Ji-Hyun Jun ait une prononciation choquante pour mon oreille de français, mais il m’a semblé une fois ou l’autre qu’elle manquait un poil de naturel dans les scènes en jap, notamment par rapport à Koyuki Katō.

14 juin 2009

Y’a des coups de boule qui se perdent

herisson26 à 20:02 — Filed under: Coups de sang,InsolitePas de commentaire

Découverte tout à l’heure à Barbès, sur la circulaire nord (ligne 2 si vous préférez) : y’a des gens qui s’arrangent pour vous bloquer à l’entrée (en gros, y’a un type qui arrive à côté, un autre vous dit que le tourniquet où vous arrivez est en panne, vous passez connement par celui d’à côté où le premier attend que vous ayez pointé votre carte pour passer et vous êtes bloqué, c’est con mais quand on a pas de raison d’y faire gaffe, on y fait pas gaffe), puis qui vous proposent des tickets à 1,50 €. Acheté par carnet, un ticket coûte 1,14 €, donc ils font 32 % de bénéfice, en traînant toute la journée ça doit faire un complément correct au RMI, en fait ils ont attendu personne pour inventer le RSA.

Et en prime, ils vous engueulent quand vous leur dites qu’ils font chier et repartez à pied. Y’a vraiment des coups de genoux dans les joyeuses ou des bourre-pifs qui se perdent, je vous le dis.

13 juin 2009

Full metal jacket

herisson26 à 23:17 — Filed under: Cinéma et télé,ahurissantPas de commentaire

chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, 1987

Vous connaissez Stan ? Stanley Kubrick ? Mais si, le type qui a commis l’ignoble Eyes wide shut, pour lequel il ne fut pas passé par les armes eu égard à son état de santé mais le cœur y était, le vaguement chiant mais impressionnant Orange mécanique, le grandiose 2001 : l’odyssée de l’espace, l’extraordinaire Docteur Folamour ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe, le spectaculaire Spartacus ? Le type que tous les maniaques du Noctilux connaissent puisqu’il s’est offert l’objectif le plus lumineux jamais construit, un 50 mm ouvrant à f/0,7 fait pour la Nasa et qu’il a fait modifier pour filmer Barry Lyndon à la lumière d’une bougie…

Bon, donc, en 87, Stan s’attaque à la guerre du Viet-Nam. Laquelle a déjà fait l’objet du chef-d’œuvre absolu de Coppola, Apocalypse now, d’un des grands films d’Oliver Stone, Platoon, du Voyage au bout de l’enfer de Cimino (faut que je le voie un de ces quatre, d’ailleurs), ou encore indirectement du Premier sang de Ted Kotcheff (dont j’ai pas mal parlé dans mon commentaire de sa suite). Elle a même été tournée en dérision dans l’inénarrable M.A.S.H. de Robert Altman. Bref, tout a été dit, semble-t-il, et Stan s’attaque à un gros morceau.

Pour trouver un nouvel angle, il va s’attacher autant à la formation des marines qu’il suit qu’à la guerre elle-même. Humiliés, torturés psychologiquement, détruits pendant des mois jusqu’à la rupture pour devenir de parfaits soldats, capables cependant d’initiative et d’inventivité car l’armée ne veut pas des robots, mais des tueurs. Joker, personnage central de l’œuvre, a ensuite la bonne idée de ne pas devenir soldat d’assaut mais correspondant de guerre, ce qui permet de donner un axe original à son personnage et d’en faire un « hors-guerre », un schizophrène dont on a soigneusement attisé l’instinct de tueur mais à qui l’on va attribuer une mission a priori non mortelle : photographier, écrire, rendre compte, reprenant ainsi symboliquement l’illustration de la dualité de l’homme qu’il prétend incarner.

Pour une fois, Stan laisse de côté sa langueur chronique, et nous fournit un vrai film nerveux, tendu comme une corde à piano, glauque et prenant de bout en bout. Pas dénué d’humour non plus, mais d’un humour cynique à souhait, abreuvé de mauvais esprit. Et vraiment, sans ambiguïté, trash, et assumé comme tel — en particulier dans une scène finale rien moins que grandiose, où Joker pourra réaliser son rêve tout en renversant une dernière fois le sens du film dans une conclusion qui n’est pas sans rappeler celle de American history X.

Un vrai grand chef-d’œuvre, photographié, scénarisé, réalisé, joué à la perfection, et qui vaudra à Stan une entrée directe au panthéon des cinéastes, malgré les faux-pas évoqués en début d’article.

11 juin 2009

Who’s that knocking at my door

herisson26 à 19:55 — Filed under: Cinéma et télé,trollPas de commentaire

de Martin Scorsese, 1967, O

Heureusement pour Martin, j’étais pas producteur hollywoodien dans les années 70. Jamais j’aurais donné un kopeck à un type qui avait pondu une daube pareille : zéro rythme, zéro construction, même le montage (pourtant spécialité de Marty, qui fut chef monteur sur l’épatant Woodstock de Michael Wadleigh deux ans plus tard) laisse froid une fois passé le générique. L’histoire du film explique bien des choses, mais le ressortir quarante ans plus tard est une insulte à ce que Scorsese a pondu depuis.

Story of Jen

herisson26 à 19:47 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de François Rotger, 2009, ***

Ça commence comme un film intimiste sur le deuil, les relations mère-fille dans un cadre un peu compliqué (le père vient de se suicider, et la mère n’a qu’une quinzaine d’années d’écart avec sa fille), la vie d’une famille francophone au Canada anglophone, l’adolescence désabusée d’une gamine peut-être pas assez futile pour son âge ou encore les premiers émois sentimentaux. Et cette première heure est particulièrement réussie, souvent contemplative, lente, mais d’une ambiance solide et glauque à souhait.

Ensuite, ça part en couille, avec d’un côté une chasse à l’homme dans un parc national canadien et de l’autre la répétition d’un drame familial… Cette deuxième partie est fouillis, parfois mal fichue, avec des ruptures de rythme malvenues qui cassent l’ambiance.

Au final, c’est donc pas désagréable, mais la déception de la seconde partie abîme sérieusement ce qui aurait pu être un petit bijou.

10 juin 2009

Coraline

herisson26 à 20:55 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Henry Selick, 2009, ****

Coraline s’installe avec ses parents, deux espèces d’autistes plus intéressés par leur œuvre que par leur fille, dans un manoir campagnard. Explorant la maison, elle découvre une porte vers un monde symétrique, dans lequel l’attendent des parents attentifs et ouverts… Mais bien entendu, ce monde merveilleux se révèle être un miroir aux alouettes d’où elle devra s’évader.

Si le point de départ rappelle furieusement Le neveu du magicien (premier tome des chroniques de Narnia), personnellement, j’ai surtout l’impression que c’est une version américaine des « 神隠し » (disparitions divines, enlèvement par les esprits, un truc du genre) chères à Miyazaki (cf. Mon voisin Totoro et Le voyage de Chihiro en particulier). Poétique, onirique, mais également flippant, le monde dans lequel Coraline débarque est aussi fascinant que terrifiant, et en apprendre les règles (et l’art de les contourner) sera essentiel pour survivre. Comme Chihiro, elle devra décoder les clefs d’un univers parallèle, aidée en cela par des amis inattendus.

Le film est bien mené, alternant agréablement tension, doute, enthousiasme et rêverie, sans toutefois atteindre la complexité du bijou miyazakesque. On pourra même reprocher à Coraline une vision un peu trop simpliste des relations entre générations, écueil que maître Hayao avait soigneusement contourné en évitant la caricature systématique des parents de Chihiro dans les premières minutes du film ; du coup, la fin du film paraît un peu hors-caractères — et de manière générale, on trouve là une « happy end » pas forcément très fine, alors que la conclusion de l’œuvre majeure du Dieu-de-l’Est¹ était plus nostalgique, plus adulte et bien plus forte.

Reste que ce Coraline est un petit bijou d’animation, original, poétique et très hautement recommandable pour des schtroumpfs d’une dizaine d’années comme pour des grands enfants quelques décennies plus âgés, qui ne pèche à mon sens que par le parallèle que je fais avec une autre très grande œuvre d’animation — comparaison qui n’était sans doute pas prévue au programme.

¹Le Dieu-de-l’Ouest s’appelle Clint Eastwood, pour ceux qui auraient oublié.

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