26 février 2009

Charonne, semaine 20

herisson26 à 22:17 — Filed under: En vracPas de commentaire

La semaine a bien commencé : j’ai claqué près de 1600 euros en me payant un ordinateur. Écran mat, carte graphique digne de ce nom, youpi. Il paraît qu’il a été livré ce matin, je sais pas, ma religion m’interdit d’aller au bureau le week-end.

Sinon, j’ai aussi décliné le titre de chef des News sur LesNums, que le chef voulait donner à quelqu’un histoire que les étrangers sachent à qui s’adresser d’une part, que les pigistes sachent à qui demander d’autre part. Y’avait des raisons pour que ce soit pas moi (genre, un type qui est là ni le mercredi ni le jeudi, comme contact pour l’extérieur, on fait mieux), et j’avais pas super envie non plus vu que je crains que l’activité news s’étende rapidement et devienne un pôle demandant une gestion chronophage. C’est donc Florence — qui faisait de toute manière la majorité des actus en semaine — qui s’y colle, ça devrait lui plaire.

Enfin, j’ai beaucoup cinématé : quatre films sinon rien. Enfin, quatre… Deux films et deux autres trucs qui passaient au cinéma.

Hier, ce fut donc tout d’abord Brendan et le secret de Kells, histoire très chrétienne d’un moinillon qui devient enlumineur. On promet vaguement une histoire fantastique à la Miyazaki, avec une forêt et une jeune fille à la Mononoke, on se retrouve avec un alignement de blagues qui tombent à plat et de poncifs religieux assez énervants. D’autant plus dommage que les passages dans la forêt sont, eux, très réussis, mystérieux, prenants, amusants, beaux.

Ah, et au passage, j’ai toujours eu du mal avec les cubistes.

Dans la foulée, Bellamy, polar intello signé Chabrol, qui rassemble une liste d’acteurs longue comme le bras. Depardieu y excelle, Gamblin est magnifique dans trois simultanés, Giocante est superbe (dans tous les sens du terme), Cornillac est rien moins que terrifiant — il y a, je sais pas, quelque chose de certains personnages de Patrick Dewaere dans le sien, et j’aime à penser que sa prestation est à la hauteur. Et y’a pire comme insulte.

En revanche, le film en lui-même… Scénario à la fois alambiqué et prévisible, réalisation monotone et bavarde… C’est même pas vraiment mauvais. C’est un peu comme les champignons de Paris : ça manque juste de goût.

Aujourd’hui, ben, je crois que j’ai déjà dit une partie du bien que je pensais du nouveau chef-d’œuvre ahurissant de Clint. Donc, je vais pas trop revenir dessus. That’s just fuckin’ awesome. Oui, des fois, je m’exclame en anglais dans ma tête après un film en VO. J’ai l’habitude de railler les crétins qui nous parlent de « crise du siècle » pour la petite contraction économique des derniers mois et les abrutis qui qualifient de « tempête de la décennie » celle de la semaine passée, mais là, je pense que Clint vient de prendre une très sérieuse option sur le titre de film de l’année. Faire mieux, ce sera dur.

J’ai fini la journée avec The wrestler, de Darren Aronofski (auteur du très remuant Requiem for a dream). Un film riche, le pendant du Rocky de John Avildsen. Là où celui-ci chantait à qui voulait l’entendre le mérite de la persévérance dans une Amérique où tout était possible à qui en avait la volonté, celui-là pisse sur le rêve américain, la persévérance, le travail et la fidélité ne menant qu’à l’amertume et au dégoût. Je reviendrai pas sur la performance de Mickey Rourke (des critiques plus huppés que moi se sont déjà liquéfiés en tentant d’en parler), mais le côté déglingué, crado du film colle parfaitement à l’ambiance glauque de la survie de cette gueule cassée, qui continue le catch parce que, finalement, il ne sait faire que cela. Une grande réussite, en tout cas.

Demain, retour au boulot, je vais prendre possession de mon ordinateur, refuser le CLUF de Windows, formater et tuxiser tout ça. Et demain soir, conférence à la salle des congrès de Nanterre, où Richard Stallman, gourou de la secte GNU (vous savez, ces tarés maniaques qui conchient Windows et Mac OS X, ces types qui préfèrent se taper une carte graphique Intel parce que Nvidia ne fournit pas les sources de ses drivers, ces malades qui disent que Wine est nuisible pour Linux puisqu’il correspond à un mouvement qui n’oblige pas à porter nativement les logiciels), qui viendra nous parler de sa conception du droit d’auteur — ça risque d’être intéressant…

Gran Torino

herisson26 à 15:18 — Filed under: Cinéma et télé,ahurissantPas de commentaire

de Clint Eastwood, 2008, ****

Ancien de la guerre de Corée, Walt vient d’enterrer sa femme. Il lui reste sa golden retriever Daisy, son vieux pick-up, ses bières et sa Gran Torino Sport de 73, dont il a monté personnellement la colonne de direction au cours de ses trente années chez Ford. Et le curé local, qui le harcèle pour qu’il aille à confesse après avoir promis à feue sa femme de l’y amener.

Juste à côté, un lot de Hmong — ethnie originellement dispersée en Indochine, bande d’incultes — s’installe : une grand-mère très traditionaliste, une mère, un fille aînée à la langue bien pendue, Sue, et un fils cadet, Thao, étouffé par cette famille de femmes. Celui-ci est invité par une bande de loubards menée par son cousin. Sa première mission sera de voler la Gran Torino de Walt ; mais il rencontrera son bon vieux Garand et Walt foutra dehors la bande du cousin.

Envoyé expier sa faute, Thao se heurte au racisme du vétéran, mais sa mère l’impose : pendant une semaine, il sera au service de Walt, qui commence à se rendre compte qu’il a plus en commun avec ces vieilles traditionalistes Hmong qu’avec ses propres fils, bons Américains bien obèses qui ont soigneusement noyé leurs principes dans les billets verts.

Ouais, le « pitch » est un peu long. C’est que mine de rien, Clint fout plein de choses dans ce film. Il y a du conflit de générations, de l’évolution des traditions, de l’honneur, des flux migratoires, du choc linguistique, de l’incompréhension entre traditions différentes, du sort des vieilles gens, de l’origine des Américains (ces Américains qui rejettent les arrivants asiatiques mais se rappellent quotidiennement qu’ils sont Polonais, Italiens ou Irlandais), de l’art d’apprivoiser un ours (la bouffe, y’a que ça qui marche)… Et bien sûr la question centrale qui traîne dans une bonne partie de l’œuvre de Clint : la justice, la possibilité ou non de la rendre soi-même, la relation tendue entre honnêtes gens et gangs.

Cependant, Gran Torino n’a rien d’un bordel monstre comme en accouchent parfois les créateurs qui veulent créer une œuvre ultime. Clint a comme d’habitude su mêler tout cela avec élégance et retenue, il a comme d’habitude confié la photo à Tom Stern qui a, comme d’habitude, pondu un ensemble majeur, il a comme d’habitude trouvé des acteurs impeccables qu’il a superbement dirigés, et il a fait un truc extrêmement inhabituel : mouiller les yeux d’un troll. C’est pas la première fois qu’il essaie, il en était vraiment pas loin il y a quatre ans, ça y est, c’est fait. Merde alors.

Imaginez qu’un type ponde Honkytonk man, Le maître de guerre ou Les pleins pouvoirs. Vous vous diriez : ce type est un sacrément bon raconteur. Imaginez que le même vous sorte Jugé coupable, Mystic river et Million dollar baby. Vous vous diriez : ce mec est un génie.

Mais s’il fait de cela une habitude en vous offrant un Gran Torino, vous dites quoi ?

Moi, je sais ce que je dis : si les dieux sont immortels, tant mieux. Ça devrait laisser à Clint une petite éternité pour continuer à nous pondre chef-d’œuvre sur chef-d’œuvre.

20 février 2009

Charonne, semaine 19

herisson26 à 23:33 — Filed under: En vrac,La minute geekPas de commentaire

Imaginez : le vendredi, un représentant d’un constructeur d’appareils photo vient vous présenter ses 82 modèles rigoureusement identiques sauf que non en fait, celui-là il est outremer et celui-ci il est émeraude, ça fait une différence kanmèm. Le NDA — non-disclosure agreement, accord de non-divulgation en bon français — est pour le mardi à 14 h.

Très bien, vous dites-vous enthousiaste, on va donc préparer la présentation des ces magnifiques appareils mardi matin, c’est parfait.

Le mardi matin, en arrivant au boulot, vous découvrez stupéfait qu’un site concurrent de la rive gauche de la Manche présente 48 appareils d’un autre constructeur, lequel n’a pas eu la délicatesse élémentaire de prévenir. Vous vous jetez à corps perdu dans la bagarre pour présenter au plus vite cet élevage de clones, ah non, pardon, y’en a un vermillon et l’autre bordeaux, kanmèm. Du coup, à 14 heures, vous êtes à cent lieues d’avoir conclu votre présentation du troupeau annoncé poliment en fin de semaine, et vous passez l’après-midi autant à la bourre que le matin.

Merci qui ? Merci… (en deux syllabes, avec une rime.)

Mercredi matin, présentation d’une armée de 68 appareils compacts, 42 imprimantes et 12 calculatrices par un autre constructeur. Intéressant ? Ben… Ah si, y’a un compact étanche à objectif téléscopique, une rareté plus vue depuis des lustres. C’est tout ? C’est tout. Me dites pas que j’ai l’air de mauvaise humeur, le mercredi, je suis juste pas censé m’occuper de ça.

Du coup, puisque ladite présentation avait lieu à la Défense, je décide d’aller découvrir les piscines du coin. Montherlant, chouette, fermée pour vidange… Y’a des jours comme ça… Auteuil, ouais, ouverte, boudiou, 4,3 m de profondeur, c’est là qu’il faut venir tester les imageurs étanches !

Sortie, direction le cinoche. Slumdog millionaire. Oui, bouffer des bisounours en écoutant des shamallows baiser Barry White, exactement. Quelle horreur.

Bref, un beau mercredi de merde comme il en arrive parfois, qui a suivi un mardi guère mieux.

Heureusement, jeudi, ç‘a été moins pire. J’ai juste passé la matinée à chercher un ordinateur (comment ça, écran mat haute définition avec carte graphique pas Intel, ça existe pas ?), peut-être trouvé du côté de… Lenovo, recherche confirmation de quelques détails, on verra. Ensuite, après avoir eu envie de gerber sur un film censé être émouvant, magnifique, grandiose, tout ça, je me suis dit que deux merdouses bien prévisibles seraient de meilleurs choix : j’ai donc enchaîné Volt, star malgré lui et Le séminaire.

Volt, c’est Truman Burbank, version canine. Il est convaincu de vivre des aventures palpitantes, alors qu’il n’est que l’acteur d’une série télé. Et la vraie vie, tu vois, c’est pas la télé. 100% prévisible, de l’humour potache au scénario revu, mais ça passe bien, en fait. Le seul truc, c’est que le lendemain soir ça ne laisse déjà plus aucun souvenir : c’est pas super marquant (ben tiens, c’est du Disney, vous saveï), c’est très loin de Cars (dont le réalisateur était prod’ exéc’ sur Volt), mais ça remplit le contrat sans donner envie de passer le scénariste par les armes, c’est déjà ça.

Quant au séminaire d’entreprise dans lequel se retrouvent Hervé Dumont et Jean-Claude Convenant, c’est là encore sans grande surprise, puisqu’il s’agit de la énième déclinaison des personnages de Caméra café. Les personnages ont pris dix ans, la femme de Jean-Claude s’est barrée, Sylvain est mort, Maëva enceinte, Hervé et Fred ont une fille (Marie-George), bref, rien à signaler. Ah si, quand même, la minute geek : les animaux qui représentent les différents caractères analysés par le directeur du séminaire, dans le plus pur style des couvertures des fameux bouquins d’O’Reilly.

Au final, pas désagréable, même si un léger goût de redite — il manque plein de personnages secondaires qui avaient pris une certaine importance dans la série et qui étaient source de renouvellement, André par exemple…

Enfin, ce soir, nouvelle stupéfiante : la Sécurité sociale a reconnu mon existence et m’offre le statut d’assuré social. À partir du 12 février, ce qui signifie que grosso modo elle a perçu 15 mois de cotisations et ne se demandera jamais d’où ils sont venus ni à quoi ils auraient bien pu servir.

18 février 2009

Slumdog millionaire

herisson26 à 21:49 — Filed under: Cinéma et télé,terriblePas de commentaire

de Danny Boyle, 2009, *

10% photo — souvent magnifique, une vraie œuvre de photographe. 5% bonnes idées marrantes. 85% mélo misérabiliste pour donner bonne conscience au spectateur bourgeois, façon « malgré tout ce qu’ils endurent, les enfants indiens sont vraiment formidables ».

J’ai l’impression d’avoir bouffé trois kilos de shamallows en écoutant l’intégrale de Barry White avant de baiser un troupeau de bisounours.

16 février 2009

Tor et Pandora

herisson26 à 21:01 — Filed under: La minute geekUn commentaire

Ça m’a un peu pris le chou à un moment donné, mais ça y est : Tor marche. C’est son interface graphique Vidalia qui m’a énervé, parce que curieusement elle n’était pas sur les dépôts Suse, que la compilation buggait à cause de librairies qu’elle trouvait pas (mauvaise version de Suse apparemment), mais bref, ça y est, merci Ghusse, j’écoute Pandora.

Ben c’est vraiment pas mal. Ça marche infiniment mieux que la radio intelligente de Deezer ou le truc qui apprend de LastFM. Par exemple, si je lui demande du Cat Stevens, il ne va pas me foutre en vrac tout ce qu’il a en pop-folk ; non, les morceaux sélectionnés sont bien de la même tonalité, y compris des trucs qui passent bien mais que personne ne mettrait en folk. L’autre truc marrant, c’est que les Beatles ressortent dans tous les coins : Pandora me passe du Let it be sur la « radio » Simon&Garfunkel, du You’ve got to hide your love away sur Cat Stevens, du Revolution sur Queen… Il a pas encore trouvé le moyen de me faire un duo McCartney/Russell, mais je sens que ça va venir !

Au passage, je découvre plein de trucs sur ma propre connaissance musicale. Par exemple, la radio Simon&Garfunkel ne me passe quasiment que des trucs que je connais de près ou de loin : the Beatles, Cat Stevens, Neil Young, Crosby, Stills&Nash… En revanche, la radio Calvin Russell me sort presque que des trucs inconnus, parfois vachement bons, mais ne m’a pas encore (une petite semaine que je joue avec) proposé un type comme Bruce Springsteen, que j’aurais a priori plus ou moins associé à Calvin, et ne m’a passé qu’un Dire Straits.

Je m’aperçois aussi que quasiment tout ce que j’aime a en commun une « major key tonality » et une « subtle use of vocal harmony ». Je suis pas zicos donc je comprends qu’à moitié ce que ça veut dire, mais je trouve ça marrant de retrouver ces caractéristiques communes sur des trucs que j’aurais pas mis dans le même panier — Freddy Mercury et Leonard Cohen côte à côte, ça a un effet amusant, je trouve.

Enfin, je sais pas exactement comment est foutu l’algorithme, mais il se démerde beaucoup mieux que les autres pour affiner le choix. J’ai fait une expérience casse-gueule : j’ai créé une radio à partir de Anyone else but you, des Moldy peaches, morceau que j’aime beaucoup mais qui correspond à un style qui me gave assez vite — d’ailleurs, j’ai essayé une fois de tenir tout un album des Moldy peaches, j’ai vite abandonné. Et ben au bout de deux ou trois « j’aime pas » — et des deux ou trois « oups, désolé, on va essayer autre chose » associés –, Pandora s’est calé sur des morceaux dont je suis pas toujours fan, mais qui passent sans déplaisir. Alors que Deezer est devenu fou et n’a jamais voulu comprendre pourquoi Balavoine et Brel finissaient régulièrement en « j’aime » alors que Sardou finit très souvent en « j’aime pas » — j’ai à peu près arrêté la smartradio Deezer parce qu’elle s’obstine à me passer du Sardou, ça me traumatise.

Bref, Pandora, c’est de la balle, et en plus on peut se créer autant de radios qu’on veut avec chacune sa tonalité, c’est super pour les gens comme moi qui n’écoutent pas les mêmes choses d’une humeur à l’autre.

Accessoirement, autre utilité de Tor : changer d’IP autant qu’on veut. Pour contourner la limitation à 72 minutes d’un certain site de vidéos, c’est super — évidemment, j’ai trouvé ça moins génial quand ça m’a jeté après 20 minutes, j’imagine que Tor sortait par un type qui avait déjà utilisé le même site ce jour-là…

12 février 2009

Charonne, semaine 18

herisson26 à 22:59 — Filed under: En vracPas de commentaire

Toujours pas fini de résorber le retard cinématographique pris pendant mon séjour sudiste. Faut dire que je suis pas aidé : comme d’hab, sans soleil ni relief, je suis incapable de m’orienter. Hier, je voulais aller au cinoche, j’ai sauté sur un Vélib, je me suis retrouvé dans un sens unique et trois carrefours après je savais plus où était l’ouest. Je considère de plus en plus sérieusement l’achat d’une boussole, accessoire dont j’ai jamais eu besoin en 27 ans de vie à la montagne ou dans une ville entourée de montagnes.

Du coup, je me suis retrouvé au musée des Arts et Métiers, où j’ai visite une exposition sur les expéditions polaires françaises. Déception : même pas mention du Breguet 941S, avion de transport à décollage et atterrissage courts pensé pour succéder au Noratlas, que je connais bien pour en avoir côtoyé un (l’un des trois exemplaires construits a fini sa vie au parc Aero-City, à côté d’Aubenas, où il pourrit tranquillement depuis la faillite d’icelui, bordel de Dieu pourquoi et comment un avion d’une telle valeur historique a-t-il fini là-bas ?) et qui fut utilisé dans les années 70 aux EPF.

Satisfaction, en revanche : j’ai appris des choses. Je sais plus quoi là, comme ça, à froid, mais nul doute que ça ressortira au fil des conversations.  L’exposition est donc intéressante, mêlant plutôt aisément les expéditions polaires et leurs résultats sur le plan écologique — qui a dit que quand la Terre se réchauffe, les glaces fondent ? Ben oui…

Petit défaut en revanche, une mise en scène étudiée, peut-être un peu trop, avec des jeux de lumière qui imposent… des salles essentiellement noires. Du coup, certains panneaux sont peu lisibles parce que les éclairer aurait pourri la scénographie.

Après ça, je suis tout de même allé au cinoche (à partir des Arts et métiers, où je suis arrivé sans trop savoir comment, je me repère assez facilement : c’est le tracé de la ligne 11, qui finit à Châtelet). Morse est une bizarrerie suédoise — oui, les Suédois sont forts en films bizarres –, curieusement classé en épouvante-horreur un peu partout, mais dont le résumé sur Allociné laissait plutôt imaginer un truc vaguement loufoque et potentiellement amusant. En fait, il y a des passages amusants, et même une séquence vraiment gaguesque à la fin, du bizarre, et vraiment rien d’horrible là-dedans ; le problème, c’est que quand un cinéaste a de quoi faire un bon moyen-métrage, il devrait se contenter de ça plutôt que de tirer à la ligne sur près de deux heures. Je suis convaincu qu’en une heure dix, on pouvait torcher un truc rythmé vraiment sympa, plutôt que cette morne approche aux plans trop longs.

Ce midi, rebelote avec Valkyrie, de Bryan Singer, auteur d’une histoire de suspects ordinaires qui est une référence du polar et qui nous a pondu un duo de films de super-héros à peu près regardables — largement plus que L’incroyable Hulk par exemple.  L’histoire, on la connaît : des pontes de l’état allemand complotent pour se débarrasser de Hitler et négocier une paix avec les Alliés, histoire d’éviter que l’Europe soit mise à feu et à sang. Le complot a échoué, l’épuration a été sévère dans les rangs des dissidents et les Alliés ont dû raser une bonne partie du continent pour venir à bout de la politique nazie, fin de l’histoire.

Partant de là, Singer s’attache à nous brosser un portrait très américain de Stauffenberg — enfin, il était peut-être vraiment comme ça, je l’ai pas connu personnellement – : patriote, réaliste, père et mari aimant, héros de la nation, tout ça… Mais le film en lui-même n’a rien de particulier, on ne s’attache pas plus que ça au héros (bravo à Tom Cruise, aussi passif qu’à l’accoutumée), et au final ça se regarde sans déplaisir mais ça tombe un peu à plat.

Enfin, tout à l’heure, Push, de Paul McGuigan. C’est présenté comme un film de super-héros à la X-men, mais finalement, le centre du film n’est pas tant les pouvoirs des mutants que ce qu’ils entraînent — en particulier avec certains d’entre eux qui sont capables d’implanter de faux souvenirs dans les autres humains. Du coup, c’est un film à clefs bien plus qu’un truc de super-héros, et j’ai pas pu m’empêcher de faire un rapprochement avec… The usual suspects ! Ben ouais, Singer, on en sort pas ! La réalisation est très efficace, les acteurs font leur boulot honorablement, le scénario est parfois un peu abracadabrant mais laisse une place à quelques gags bienvenus, bref, l’ensemble se digère agréablement. Sans doute ce que j’ai vu de mieux cette semaine.

Ah, sinon, j’ai fini la saison 2 de Dexter et la saison 1 de Burn notice, How I met your mother recommance à sortir mais seulement au compte-gouttes, bref, j’ai rien à voir ce soir. Du coup, ce billet est à l’heure.

11 février 2009

César et Dany

herisson26 à 21:50 — Filed under: Air du temps,Cinéma et téléPas de commentaire

Allons bon, en voilà un qui se met à chialer parce que son film n’est nommé qu’une fois pour les Césars (dans la rubrique meilleur scenario original).

Eh oh, Dany, le but des Césars, ce n’est pas de récompenser les succès du cinéma français, c’est de récompenser les réussites du cinéma français. C’est presque totalement indépendant. En fait, un film réussi fait rarement des millions d’entrées, parce que pour mériter ce qualificatif, le film doit aller au-delà de ce qu’il est censé être — et il y perd du monde.

J’ai pas vu Bienvenue chez les ch’tis. Les extraits entrevus me laissent penser que c’est peut-être un film très marrant, qui remplit parfaitement ce qu’on attend de lui : s’éclater les zygomatiques pendant deux heures. Mais pour être réussi, ça ne suffit pas, il faut, je sais pas, un truc en plus qui fait du film un joyau unique qui s’adressera personnellement à chaque spectateur — et comme chaque spectateur est unique, c’est vachement difficile d’imaginer y parvenir avec 18 millions d’entrée.

La grande vadrouille, précédent détenteur du record d’entrées, je l’ai vu trois fois. À chaque fois, je me suis éclaté devant certaines scènes mythiques (le Tea for two aux bains turcs marche à chaque fois, du moins en ce qui me concerne). J’adore ce film. Mais jamais je ne voterais pour lui dans un concours de récompenses cinématographiques : il remplit le contrat à la perfection, mais il ne me mène pas au-delà de ce que j’attends de lui.

J’irai plus loin : dans la même rubrique, on trouve Le premier jour du reste de ta vie, qui m’a laissé une impression assez mitigée qui s’est renforcée avec le temps. J’imagine que je passerais un bien meilleur moment à rigoler des déconnades de Dany chez les ch’tis que je ne l’ai passé sur ce film élégant au titre ridicule ; mais voilà, celui-ci ne se contente pas du contrat de base — raconter des moments de basculements chez ses personnages. Il pousse au-delà, en profite pour dresser une sorte de portraits assez fins et pousser le spectateur à introspecter ses propres rapports avec la vie. Donc, sur un plan cinématographique, je pense qu’il mérite plus de récompenses que Bienvenue chez les ch’tis.

Après, bon, on peut aussi râler sur le côté élitiste des Césars, qui ont tendance à récompenser les sous-merdes intellos qui, à force de vouloir dépasser le contrat, finissent par ne plus du tout le remplir, comme Eldorado nommé dans la rubrique meilleur film étranger (fume, c’est du belge), plutôt que les films bien charpentés qui apportent un quelque chose supplémentaire comme Secret défense, qui outre son histoire bétonnée d’espionnage pourra vous interroger sur ce que vous pourriez accepter pour ce en quoi vous croyez…

10 février 2009

Saison 2, épisode 12

herisson26 à 23:41 — Filed under: Cinéma et télé2 commentaires

Je t’aime bien, mais quand même, faut que tu le saches : t’as vraiment une morale tordue.

Me regarde pas comme ça, j’ai tué personne.

5 février 2009

Trois semaines en vrac

herisson26 à 22:10 — Filed under: En vracPas de commentaire

Oui, je sais, on est loin de mon rythme hebdomadaire. Faut que, trois jours après mon précédent billet, j’ai récupéré un Olympus E-30 et sauté dans un TGV pour le sud. Récupéré des bouquins à Chambéry (en rencontrant deux habitués des aeroforums au passage), puis TER pour Romans (y’avait longtemps que j’avais pas mangé de Saint-Genix, c’est pas dégueu ce truc), puis TER pour… Oups, pour Loriol. Allô le père, voilà, on est planté en gare pour au moins 40 minutes… Cinquante minutes plus tard, ça décolle enfin et j’arrive à Luc avec une bonne heure de retard. Une fausse alerte de présence sur la voie, déclenchée par le passage d’une bestiole ou un faux contact sans doute, mais qui a nécessité l’envoi d’une équipe et la suspension du trafic.

Le lendemain, en route dans le Caravelle jusqu’au Vercors. Suivront l’Ardèche et la Haute-Loire, où je n’ai pas souffert de la malédiction de l’an passé, les Baronnies avec dix centimètres de neige fraîche qui feront le bonheur des spectateurs du rallye comme des simples usagers de la route, et les Alpes-Maritimes, où j’ai mis les pieds pour la première fois depuis un voyage scolaire en 1988.

Alors, la « nuit du Turini » dont tous les maniaques vous parlent depuis des générations, ça vaut les 300 bornes que ça fait ? En résumant : non. La « nuit du Turini », c’est traditionnellement une boucle de deux ou trois spéciales, parcourue deux fois, qui conclut le Monte-Carlo en pleine nuit autour du col de Turini. C’est censé être une grosse fête pleine de monde (Nice est à une grosse demi-heure de route, et c’est pour les Italiens le meilleur endroit pour voir un rallye international puisque leur manche se déroule en Sardaigne), avec idéalement de la neige et du beau spectacle sur des belles routes.

En pratique, j’ai noté que c’était surtout un prétexte de bourrage de gueule pour les autochtones et leurs voisins transalpins. Jamais vu une spéciale avec autant de gens qui n’avaient absolument rien à foutre du rallye, qui étaient juste là pour picoler et hurler des insanités, et en profiter pour m’engueuler quand je leur demandais de se pousser parce que je m’étais placé une demi-heure avant pour prendre des photos mais que ça les a pas gênés une seconde de se foutre directement devant moi. Y’a d’autres anecdotes énervantes dans ma série sur le test terrain du E-30 sur Focus-Numérique, mais vous aurez compris : plus jamais je me ferai avoir à foutre les pieds là-bas, ou alors il me faudra la garantie qu’il y a dix centimètres de poudre sur la route et qu’il gêle à pierre fendre, histoire de décourager les ivrognes.

Au retour, j’ai visé au Nord pour passer par Gap. Mais la DDE des Alpes-Maritimes est bourrée de gens marrants : après quarante bornes, je suis tombé sur un panneau m’indiquant que les deux cols étaient fermés — j’espérais bien qu’au moins un aurait été pratiquable et que, dans le cas contraire, ç‘aurait été indiqué directement à l’ouverture de la vallée de la Tinée. Les quarante bornes, au passage, ont été pratiquées en nocturne, sous de belles chutes de neige : il y en avait partout, sauf sur les spéciales du Turini. D’un côté, je me suis régalé sur de belles routes désertes et enneigées, d’un autre, j’ai lâché deux heures dans l’affaire…

En revanche, la partie valentinoise du rallye a recélé beaucoup de bons moments, avec des conditions bien piégeuses, un public de connaisseurs (en pleine semaine, comme dans le temps, merci l’IRC) et une bonne ambiance.

À part ça, les deux dernières semaines ont été l’occasion de pas mal d’inquiétudes pour la santé paternelle : entré à l’hosto pour deux jours et changer de cristallins, il y est resté une semaine et est ressorti avec toujours les mêmes yeux et un diagnostic de diabète… Et, plus anecdotiquement, j’ai posé le Caravelle chez le garagiste en repartant, sans savoir quand il pourra avoir des roulements arrière neufs, vu que Volkswagen n’a plus le roulement intérieur en stock ! C’est d’autant plus énervant que le roulement droit avait moins de 6 000 bornes et avait été changé par un (autre) garagiste… Celui de gauche, que j’avais fait plus tôt avec mon père et beaucoup d’acharnement, aura vécu bien plus longtemps.

Sinon, bien entendu, à peine rentré à Paris, je me suis rué sur les cinoches, trucs qui manquent le plus dans le Maravel. Me suis donc fait Envoyés très spéciaux, de Frédéric Auburtin. Variations sur un thème imposé, le duo emmerdeur/emmerdé, dont Lanvin est désormais spécialiste (il s’est fait emmerder dans Marche à l’ombre, dans Les frères pétard, dans Mes meilleurs copains, et j’en passe). Mais ici, on ne se contente pas de la routine du duo comique, que l’on ancre vaguement dans une réalité qui ne sera que la base d’une série de gags ; on en profite pour taper très fort sur la société dans laquelle on vit, sur les journalistes qui bidonnent et les médias qui leur demandent de bidonner — enfin, qui leur demandent des histoires qu’ils n’auront qu’en bidonnant –, sur le culte des personnalités qui s’empare périodiquement de la société et des médias (l’inspiration de l’hystérique collective due au couple Chesnot-Malbrunot est manifeste)… Dans ce domaine, on n’est pas si loin de l’excellent Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil de Jean Yanne, qui disait à peu près la même chose y’a trente-cinq ans (« J’ai appris que mes confrères étaient rentrés depuis deux jours avec des superbes interviews de guerilleros, ça m’étonne parce qu’ils m’ont pas laissé partir avant hier et qu’il ont gardé mon Nagra », cité de mémoire, désolé).

Donc, finalement, le côté comique fonctionne pas mal, le côté politique aussi, et finalement, aussi absurde cela paraisse-t-il à première vue, c’est plutôt réussi.

Et puis, il y eut Espion(s), de Nicolas Saada. Un film d’espionnage et de politique-fiction, on s’en serait douté, qui remplit le contrat : raconter l’histoire d’un petit voleur qui se retrouve dans l’engrenage de la DST, utilisé pour approcher un terroriste syrien en séduisant sa femme. Rien d’extraordinaire, sinon peut-être l’excellente performance de Guillaume Canet, impeccable de bout en bout. Heureusement car, il faut bien le reconnaître, le film repose sur lui, bien plus que sur le scenario ou une réalisation sans surprise.

On reste loin de l’excellent Secret défense, mais ça se regarde sans déplaisir. C’est l’essentiel.

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