9 février 2007

Woodstock (director’s cut)

herisson26 à 15:35 — Filed under: Cinéma et télé,dépasse les espoirsPas de commentaire

de Michael Wadleigh, ****

Vous me direz, trois heures quarante-cinq, est-ce que ça serait pas un poil long ?

Ben non, pas vraiment…

1969, en plein milieu de la guerre du Viêt-Nam. Du coté de Woodstock, quelques amateurs de musique montent un festival de musique. Ils veulent faire les choses en grand : de Crosby, Stills & Nash à Joan Baez en passant par les Who, Country Joe ou Janis Joplin, une bonne partie des stars du folk-rock sont là, avec des petits jeunes qui montent fort comme Jimi Hendrix ou Arlo Guthrie. De quoi imaginer une affluence record : on attend deux cent mille personnes sur trois jours, sur un gigantesque champ fraîchement fauché où l’on a installé des murs d’enceintes jusqu’à une centaine de mètres de la scène.

Ce sera un gros bide. Du point de vue technique, pas du point de vue musical : en une demie-journée, les organisateurs sont débordés par l’affluence, les grillages sont escaladés, les bousculades se multiplient aux guichets et on doit se rendre à la raison : il y a trop, beaucoup trop de monde. On abat les grillages et le concert devient officiellement gratuit, quitte à ce que les sponsors y laissent dans les deux millions de dollars. Au final, c’est près d’un million de spectateurs sur trois jours qui envahissent le lieu du festival et… les champs avoisinants, avec une pointe à plus de cinq cent mille personnes peu avant la pluie — record qui ne sera qu’à peine battu par l’extraordinaire concert en plein Central park de Simon et Garfunkel en 1981.

Les routes bloquées, les épiceries locales dévalisées, l’organisation submergée, il faudra finalement l’aide de l’armée — cette armée honnie qui massacre du Viêt-Cong au même moment — pour ravitailler les malheureux bloqués sans vivres en plein milieu d’un bourbier délavé par la pluie et secourir les junkies trop shootés et les blessés des bousculades.

Pendant ce temps, les habitants du coin font, à quelques inévitables esprits chagrins près, contre mauvaise fortune bon cœur. Une ferme devient une soupe populaire, les autochtones aident comme ils peuvent. Après tout, ils sont sympas ces jeunes. Ils sont polis, ils disent bonjour et s’il vous plaît, ils s’amusent, ils veulent aller de l’avant… Ce sont de bons citoyens américains, dira même un habitant en s’engueulant avec le propriétaire d’un champ saccagé, ajoutant que, en mettant cinq cents adultes ensemble et en les faisant boire, on obtiendrait plus de vols et de violence qu’avec ce million d’utopistes.
Et pendant ce temps, show must go on. Les prestations se succèdent, les musiciens sont bons, les chansons souvent pacifistes, Joan Baez parle de son mari emprisonné, John Sebastian s’émerveille de la présence de marmots après qu’on l’ait interrompu pour annoncer une naissance…

Le lac voisin devient la baignoire la plus peuplée des États-Unis, les couples se font et se défont, on s’aime, man ! (À dire avec l’index et le majeur en l’air, sur le ton d’un qui aurait légèrement abusé du chichon.)

Le film présente certes un concert, mais, au-delà, ils montre une génération qui ne veut plus du carcan parental, qui veut vivre en paix et se faire plaisir. Une époque, un mouvement… Et sur le plan technique, Michael Wadleigh réussit le tour de force de rendre son film passionnant et impressionnant, avec une réalisation audacieuse (variations de cadrages, de formats, images multiples en regard les unes des autres) qui n’a pas grand-chose à envier à la virtuosité du Grand prix de Frankenheimer. Il faut dire qu’au montage, il y a un autre petit jeune qui débute et qui s’appelle Martin Scorsese.
Un chef-d’œuvre du documentaire, une réussite technique et scénaristique, et une photo d’une époque… Avec en prime la meilleure bande-son de l’histoire du cinéma !

Pour retrouver cette époque un peu spéciale, jetez également un œil à Les doors d’Oliver Stone et surtout à Presque célèbre de Cameron Crowe.

Les films à baffes de Bud Spencer et Terence Hill

herisson26 à 14:50 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de plein de gens, ***

Tout commence à la fin des années 50, avec la première mort du «vrai» western, américain, de John Ford avec John Wayne et Henry Fonda (à dire avec la voix d’Eddy Mitchell). Il passe la main à ce qui sera longtemps la référence du western : le spaghetti. Le spaghetti joue avec les codes du western, mais y rajoute une espèce d’humour italien légèrement décalé, que ce soit dans Le bon, la brute et le truand ou dans Il était une fois dans l’Ouest. Les héros n’y sont jamais de vrais héros et, quand bien même le film serait un pur chef-d’œuvre héroïque, on aime bien démolir les idoles : pas de gentil, des personnages ridicules et un monde sale et glauque sont l’ordinaire du genre, qui atteindra un point culminant avec Mon nom est Personne, de Tonino Valerii.

On y voit apparaître, aux cotés d’un Henry Fonda en pistolero vieillissant, perdu dans un monde qu’il ne comprend plus, un gamin rigolard, doué de ses poings et jouant du revolver comme un maître sans jamais se prendre au sérieux, et qui veut voir se réaliser son rêve de gosse : voir Jack Beauregard (Henry Fonda) affronter la Horde sauvage. C’est la rencontre entre le western, le spaghetti et une nouvelle génération de cinéma plus parodique, autant que le passage de relais entre les acteurs emblématiques issus de la Seconde guerre mondiale et la génération loufoque sans doute pas si loin de l’esprit soixante-huitard, incarnée par Terence Hill.

Toute cette introduction un peu longue pour revenir sur Personne. Il est en quelque sorte le résultat de l’intrusion dans le spaghetti classique d’un personnage apparu trois ans auparavant. Le même sale gosse, déjà interprété par Terence Hill, était présent dans On l’appelle Trinita de Enzo Barboni. En l’absence de Henry Fonda, il fallait lui trouver un autre monstre à embêter ; c’est Bud Spencer qui s’y colle, début d’une collaboration qui durera (pour l’instant) quarante ans. Spencer est sérieux, grand, costaud, caractériel ; il pourrait faire un vrai héros, il donc est urgent de le ridiculiser : on l’appellera Bambino… Et puisque la bagarre de saloon a toujours fait partie intégrante du western spaghetti, on va ici l’ériger en art : c’est la naissance du film à baffes, dont le principal intérêt tient à la chorégraphie des bastons, et qui va rapidement s’émanciper de la paternité du western pour s’attaquer à de nouveaux genres : Maintenant, on l’appelle Plata, troisième film de la série, s’envoie en l’air dans l’Amérique du Sud contemporaine et n’échappe pas, parfois, à une ressemblance avec L’homme de Rio de de Broca. Mais les baffes sont toujours là, les dialogues savoureusement nuls aussi, le scénario toujours aussi bien préfabriqué. Et finalement, ça fera école : on retrouvera le même esprit potache dans Doux, dur et dingue avec Clint Eastwood et, dans une moindre mesure, dans la série télévisée L’agence tous risques ; mais aussi, surtout, dans les fameuses parodies de kung-fu à la Jackie Chan.

Les quatre films que je propose ici sont bâtis sur le même moule. Bud Spencer est un colosse grognon, d’une force physique à toute épreuve mais un peu bas de plafond (je me demanderai toujours si le créateur du personnage connaissait Obélix), qui veut faire sa vie tranquillement comme n’importe quel petit malfrat sans importance. Débarque son demi-frère ou cousin, Terence Hill, petit malin idéaliste mais filiation avec le spaghetti oblige pas plus honnête que n’importe qui, qui trouve une cause perdue à défendre (des fermiers menacés d’expulsion, des moines pris en otages, des orpailleurs exploités, des animaux braconnés) et se lance dans la tourmente en prenant soin d’y mêler son colossal parent. S’enchaînent des dialogues amoureusement décalés, quelques tirs d’armes à feu, lesquelles finissent rapidement au fond de la première rivière pour laisser la place à des jeux de mains bien plus rigolos.

Là, mes amis, on en prend plein les mirettes. L’imagination gaguesque des scénaristes est évidente et, comme chez Jackie Chan, la chorégraphie des bagarres en fait un régal des yeux. Régulièrement pris par surprise par une issue inattendue, le spectateur peine à suivre mais parvient tout de même à trouver une seconde pour s’exclamer : «La poêle en fonte dans la gueule, ça doit faire mal !» tout en riant à gorge déployée.

Je vous vois venir, les bizarres, les vrais grands cinéphiles, les analystes de Godard et les exégètes de Spielberg : «mais c’est pas du cinéma, c’est du gag, Kaamelott fait pareil mais ça dure pas deux heures».

Vous n’avez pas tord. Mais vous savez quoi ? Même si ça ne révolutionne pas la vie du cinéma ni l’histoire de la pensée philosophique occidentale, c’est quand même vachement bon à regarder. On peut aimer Usual suspects ou Bloody sunday et apprécier de se détendre le cortex de temps en temps, non ?

 

Critique basée sur les films suivants :

On l’appelle Trinita (1971) et On continue à l’appeler Trinita (1972) de Enzo Barboni (westerns à baffes)

Maintenant, on l’appelle Plata (1972) de Giuseppe Colizzi (aventures sud-américaines à baffes)

Cul et chemise (1979) de Italo Zingarelli (aventures africaines à baffes)

Dans le même genre, mais que je n’ai pas vus depuis longtemps :

Deux super-flics (1977) de Enzo Barboni (polar américain à baffes)

Lucky Luke (1991) et Petit papa Baston (1994) de Terence Hill (westerns à baffes)

…et toute la fimographie de Terence Hill, à peu de choses près !

 

Mystic river

herisson26 à 14:33 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Clint Eastwood, ***

Bon, disons-le tout net : au rythme où il va, ce bon vieux Clint va finir par rester dans les mémoires comme un réalisateur d’exception dont on dira comme on le dit de Tarantino : «Il a aussi été acteur».

Ce Mystic river n’est pas de la classe d’un Million dollar baby. Mais bon sang, y’a toute une marge entre le chef-d’œuvre et le nanar, et là, on est plus près du premier que du second !

Le fort de Clint, c’est sa capacité à se faire oublier. On ne pense plus à la réalisation, efficace et discrète, ou alors par hasard au détour d’un plan particulièrement bien photographié. On entre donc d’autant plus facilement dans un polar plutôt excellent, qui progresse lentement mais sans ennuyer (un peu comme le faisait, déjà, Impitoyable, le film où Clint a complété la ré-invention du western entamée l’année précédente par Kevin Costner et Danse avec les loups).

Comme toujours chez Clint, l’histoire est plutôt raide. En résumant, on va dire que dans les années 70, Dave, un gamin de onze ans, se fait enlever sous les yeux de ses potes Jimmy et Sean. Quatre jours d’enfer plus tard, il arrive à s’évader. Trente ans plus tard, la fille de Jimmy se fait massacrer ; Sean, devenu flic, mène une enquête où il se rend compte rapidement que tout mène vers Dave…

L’ambiance est lourde, et c’est quasiment un huis-clos à ciel ouvert que Clint nous propose. Mais au passage, discrètement et sans y penser, Clint nous pose quelques questions. La police fait-elle toujours son boulot efficacement ? Peut-on faire justice soi-même ? Ce qui traîne en suspens tout au long du film, finalement, ça pourrait être : le monde de l’inspecteur Harry est-il vivable ?

In fine, un très bon polar, glaçant par moments, plutôt violent dans l’ensemble, mais qui vous fera passer deux heures quinze de bonheur frissonnant.

 

3 février 2007

Un peu de pub…

herisson26 à 11:51 — Filed under: Air du tempsPas de commentaire

Une fois n’est pas coutume, je vais poster un LIEN !!!

Allez tout de suite voir chez Luc Saint-Élie, son dernier post exprime un point de vue assez intéressant…

Si même les journalistes disent qu’on vit une campagne de merde, on est vraiment mal barrés…

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