29 décembre 2006

Corpus Christine

herisson26 à 17:44 — Filed under: BouquinsPas de commentaire

de Max Monnehay, ***

Couché, coincé en position horizontale, incapable de se tenir debout… Déjà, c’est pas facile. Mais si votre femme a décidé de sauter sur l’occasion pour vous torturer bien tranquillement, pour vous couper de tout contact avec l’extérieur, pour rationner votre nourriture, pour vous laisser entendre qu’elle a tué vos parents…

Là, vous êtes sérieusement dans la merde.

Oui, ce bouquin a un coté légèrement glauque. Oui, il y a quelques passages qui risquent de vous secouer légèrement. Oui, c’est par moments assez bizarre, pour dire le moins… Mais l’écriture est à la fois simple et élégante, et le monologue du narrateur bourré tout à la fois d’humour noir, de moments de tendresse, d’un regard sur le monde et sur lui-même… et de violence à l’égard du voyeur, pardon, du lecteur.

Finalement, on est soulagé d’avoir fini, honteux d’avoir lu, et un peu étonné de ce coté voyeur et sadique que l’on ne soupçonnait pas — ceux qui ont lu American psycho jusqu’au bout sont exemptés de cette remarque…

Ah, j’oubliais : Max Monnehay est une petite bonne femme de mon âge. Je suis content de ne pas être son psy.

21 décembre 2006

Le photographe

herisson26 à 18:38 — Filed under: Bouquins,Confrères et cons frères,PhotoPas de commentaire

D’Emmanuel Guibert et Didier Lefèvre, ****

Didier, photographe, part en Afghanistan avec son Leica M, son Nikon F2 et son stock de pellicule. Il va couvrir une mission de Médecins sans frontières, qui rejoindra le nord du l’Afghanistan depuis le Pakistan, à pied pour éviter les routes surveillées par les Soviétiques (on est en 1986, en pleine guerre russo-afghane).

Un mois de marche, un mois de mission humanitaire, puis un mois de marche… Trois mois à près de cinq mille mètres d’altitude, quatre mille photos prises, quelques occasions de mourir ratées de peu, un peu de prison au passage, tout ça pour un reportage de quelques pages : au-delà d’un métier, l’information devient parfois un sacerdoce.

Cette mission, Didier Lefèvre l’a racontée dans un livre ; c’est celui-ci qui est aujourd’hui adapté en bande dessinée… et photographiée.
Emmanuel Guibert a, en quelque sorte, dessiné les photos qui manquaient. Un coup de crayon sobre, simple, qui fait la part belle à l’action. Et, çà et là , des photos, des morceaux d’Ilford HP5, des planches-contact recadrées, rayées, torturées au marqueur.

Pour l’amateur de reportage photographique, cette «BD» est une panacée. Au-delà du documentaire sur un métier pas toujours facile, une vision d’un monde, d’un état détruit par une invasion, où la simple survie est parfois délicate. De plus, on y découvre, soulagé, que Didier Lefèvre n’est pas un «sur-photographe» : comme tout le monde, il déclenche dix fois pour une photo correcte, cent fois pour une bonne. En trois mois, une dizaine de merveilles graphiques (souvent affichées sur une pleine page) pour des centaines de lumières vacillantes, de cadrages ratés, de surexpositions violentes…

Pour l’amateur d’«histoire d’hommes» (d’où les femmes, loin d’être absentes, se permettent à l’occasion de prendre le commandement), une vraie aventure, avec des tensions, de la peur, des efforts incommensurables… Et des instants d’humour pur, de fous rires, d’anecdotes qui font peur tout en amusant…

Seul l’amateur autiste de bande dessinée belge, pour qui seule une aventure de Tintin mérite d’être contée, devrait rester sur sa faim.
Pour ma part, j’adore.

On notera au passage que le troisième tome inclut un DVD réalisé par la directrice de la mission humanitaire racontée, souvent dur mais passionnant — hélas un peu court.

Le combat ordinaire

herisson26 à 18:19 — Filed under: BouquinsPas de commentaire

De Manu Larcenet, ****

C’est l’histoire d’un photographe qui s’installe à la campagne.

Ça paraît simple…

Mais ça ne l’est pas.

Viré de son boulot, manquant perdre son chat et tombant amoureux de la vétérinaire, il devra faire face à ses peurs, à ses angoisses, à son psychologue et, de manière générale, à tout ce que la vie vous offre de génial et de minable. Jour après jour, le combat ordinaire de tout un chacun, plus ou moins rêveur et psychotique, malmené dans un monde absurde avec des amours délicates, pas vraiment facilitées par ses propres petites mesquineries.

Manu Larcenet m’a eu, je l’avoue. Bien plus qu’avec son Retour à la terre (en collaboration avec Jean-Yves Ferri), qui était plus une suite de sketches ; ici, il fait une œuvre narrative, littéraire, graphique — les flashes-back et les «photos» sont l’occasion de lui découvrir un dessin noir et blanc qu’on ne lui connaissait pas –, humoristique, mais aussi philosophique. Le tout, sans jamais verser dans le sentimentalisme ou la prise de tête.

Et, en passant, l’air de ne pas y toucher, Manu Larcenet m’a redonné envie de faire de la photo, d’écrire, d’aimer, de vivre.

En attendant le prochain tome (trois parus à l’heure actuelle).

14 décembre 2006

Da Vinci code

herisson26 à 9:25 — Filed under: BouquinsPas de commentaire

De Dan Brown, **

Après le foin qu’on a fait autour de ce bouquin, je devais bien être le dernier au monde à pas encore l’avoir lu. Ben voilà, c’est fait.

Trois semaines pour venir à bout de cinq cents pages, c’est pas avec un Harry Potter que ça se produirait. Car, disons-le tout net, ce mini-pavé n’a rien d’extraordinaire. Il est finalement plus intéressant sur un plan historique (l’histoire du Prieuré de Sion, de l’Opus Dei, tout ça…) que sur un plan littéraire. L’écriture n’est pas formidable et, au bout de deux «révélations», on a saisi le principe que Brown utilisera jusqu’à la nausée tout au long du bouquin, qui se décompose en trois temps :

  1. Il a découvert quelque chose.
  2. (trois pages plus loin) Il pense à ce qu’il a découvert et qui bouleverse l’Histoire et l’histoire. (Reprise trois, six, neuf, quinze pages plus loin)
  3. (vingt pages plus loin) Voici ce qu’il a découvert il y a vingt pages.

Ce procédé voudrait créer et entretenir le suspense ; mais hélas, c’est l’échec. Tout ce à quoi Brown parvient, c’est provoquer un gros soupir à chaque fois qu’il utilise la partie 1. de cette méthode : «Allons bon, encore un truc que je saurai dans vingt pages…»

Finalement, donc, un tout petit polar assez pauvre, très classique, bien ficelé ceci dit mais manquant dramatiquement d’originalité (à la fin en particulier).

La question qui reste en suspens, également, porte sur la qualité de la traduction. J’ai relevé quelques grosses lourdeurs (par exemple, «des outils de mécanique et de jardinier» qui aurait dû être «mécanique et jardinage» ou «mécanicien et jardinier») dont j’aurais aimé savoir si elles viennent de Brown ou de son traducteur.
Reste que ce pavé lancé dans la mare du catholicisme devient assez marrant au second degré : voir comment le Vatican s’est acharné là-dessus, voir les remous provoqués, les polémiques entraînées, par un pauvre petit roman, est extrêmement fendard et permet à ce pauv’ livre de passer sa seconde étoile.

En conclusion, un bouquin pas terrible mais beaucoup plus marrant si l’on garde en mémoire les foudres divines pour se dire : «Tout ça pour ça ?»

Hors de toute considération littéraire, soulignons que l’édition que j’ai eue (France Loisirs) n’avait manifestement pas été relue : les fautes d’orthographe et de grammaire étaient présentes en nombre impressionnant. Bravo… (Si des gens de France Loisirs passent par là, n’hésitez pas à jeter un œil à la page «Recherche d’emploi» ci-contre.)

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