17 septembre 2005

La course au mouton sauvage

herisson26 à 11:16 — Filed under: BouquinsPas de commentaire

De Haruki Murakami, ****

Votre boîte fonctionne bien. Vous éditez des plaquettes publicitaires, vous buvez plus que de raison le samedi soir mais vous êtes capable de rejoindre votre appartement sans tituber pour ne pas alarmer les voisins. Vous repensez à vos amis perdus, à cette lettre que vous avez reçue de celui que vous appeliez le Rat. Vous bossez sur une nouvelle plaquette, où vous intégrez la photo d’un paysage de style «carte postale de Hokkaidô», avec des montagnes, des bosquets et des moutons qui paissent, arrivée par cette même lettre. Vous sortez avec une fille de quinze ans votre cadette parce que vous êtes amoureux de ses oreilles.

Bref, vous ne me donnez pas envie de vous connaître.

Et puis, il y a ce bonhomme étrange aux étranges propos, qui représente un des partis politiques les plus puissants de l’extrême droite japonaise, donc le meneur se meurt après soixante ans d’activisme. Cet homme qui tient absolument à savoir d’où vient la photo que vous avez publiée, sur laquelle il a repéré un mouton qui n’est ni préalpe, ni mérinos, ni d’aucune souche jamais importée au Japon. Cet homme qui, lorsqu’il comprend que vous ne savez pas d’où vient la photo, vous donne des crédits presque illimités pour retrouver l’endroit d’où elle fut prise et menace, si vous ne vous lancez pas dans cette enquête absurde, d’user des appuis du parti pour couler votre boîte.

Alors, vous partez à la recherche des vos anciens compagnons, à la recherche du Rat.

Haruki Murakami montre ici l’intérêt de certains romans japonais. Il n’est pas sans rappeler la pourtant beaucoup plus jeune Banana Yoshimoto, dans ses portraits de gens blasés quoique parvenus, ces gens ballotés qui ne savent pas trop où ils vont et qui se jettent sans enthousiasme sur la moindre chance de tromper un peu la platitude de leur vie.

En même temps, il nous mène dans un excellent polar, dont on ne devinera la fin que… à la fin, mâtinée de fantastique, dans les décors magnifiques des quelques régions encore sauvages de Hokkaidô.

En outre, la traduction du japonais en français est un défi permanent au bon sens. Bien souvent, le résultat final est donc bourré de phrases étranges, ou d’explications lourdingues de ce qui n’est que sous-entendu dans la version originale.

Patrick de Vos a ici fait le choix d’une traduction très sobre, qui rend d’ailleurs très bien l’ambiance légèrement désespérée de ce roman. Le résultat se lit parfaitement bien, et le prix de la traduction obtenu par ce livre est tout à fait mérité.

8 septembre 2005

Broken flowers

herisson26 à 11:01 — Filed under: Cinéma et télé,fréquentablePas de commentaire

de Jim Jarmusch, 2004, ***

Bon, j’ai un peu hésité entre trois et quatre étoiles. J’ai finalement décidé de me contenter de trois parce que je n’ai pas trouvé là une portée, un universalisme que j’avais trouvé dans Lost in translation (référence incontournable finalement très proche de ce Broken flowers).

Jarmusch nous fait… Du Jarmusch. C’est bien filmé, c’est propre, lumière soignée. Plus sobre qu’un Ghost dog, plus accessible aussi.

L’histoire d’un paumé, jouée par le plus grand paumé de ces dernières années, qui ne vend plus du whisky au Japon mais reste perdu dans son mouvement, subissant sa vie et laissant son voisin décider de ce qu’il fera. Il y a aussi du Wenders (je pense à Land of plenty) dans les portraits au vitriol de ces représentants de la beaufitude américaine. Vendeur de maisons préfabriquées, communicatrice pour animaux, nymphomane à peine contrôlée dont la fille s’appellera forcément Lolita, cinquantenaire crade en plein retour d’Easy rider, on passe d’un Docteur Dolittle mâtiné de Sybille Trelawney à Carolyn Burnham sans s’arrêter à George Hanson, le tout vu par Bob Harris.

Au final, malgré une musique assez moyenne, j’aime ce portrait désabusé de paumés qui réussissent sans savoir pourquoi, ou qui ratent en réussissant, ballotés dans la vie. J’aime cette galerie de portraits, parfois hilarante, parfois déprimante, toujours prenante.

Et l’histoire, dans tout ça ? Vous savez, ce n’est pas vraiment l’essentiel.

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