8 avril 2012

Voiture-hélicoptère ?

Ça fait deux fois que je l’entends, sur deux chaînes différentes, et ça me fout les nerfs. Il semblerait que des Hollandais aient créé ce très intéressant engin, le Pal-V :

Celui-ci est qualifié, un peu partout, de « voiture-hélicoptère ».

Alors, bande de crétins décérébrés symbolisant la déchéance de l’information, notez-le bien :

un autogire n’est pas un hélicoptère.

Un hélicoptère a un rotor horizontal piloté (ou plusieurs, d’ailleurs). Son aile est donc une hélice, d’où son nom ; une hélice est un dispositif transférant ou mesurant l’énergie d’un fluide — l’hélice d’un avion ou d’un navire transmet l’énergie d’un moteur vers le fluide, celle d’un moulin ou d’une éolienne transmet l’énergie du fluide vers son arbre, celle d’un anémomètre mesure la vitesse de déplacement du fluide.

Un autogire a un rotor horizontal passif, qui tourne tout seul, d’où son nom. Il ne s’agit plus vraiment d’une hélice, au sens où il n’y a aucune notion d’énergie : l’autogire vole sur le même principe qu’un avion, l’aile ne s’appuyant sur l’air que passivement, parce qu’on déplace l’ensemble du véhicule. Mettre l’aile en rotation permet d’obtenir une meilleure portance à très basse vitesse, mais à l’arrêt, un autogire fonctionne comme un avion : il tombe.

Pour un produit grand public, la solution de l’autogire est beaucoup plus pratique que l’hélicoptère : il y a moins de commandes, donc un pilotage moins complexe et moins de points à vérifier avant le décollage ; il profite aussi d’un coût d’utilisation beaucoup plus faible, l’hélicoptère étant un gouffre énergétique. Elle est aussi préférable à l’avion, du fait de sa stabilité naturelle et de la vitesse d’approche bien plus faible en particulier — en s’approchant du sol, un autogire peut ralentir jusqu’à quelques dizaines de kilomètres à l’heure, là où un petit avion comme le Cessna 172 décroche autour de 90 km/h.

24 mars 2012

Fusil Uzi

Entendu à l’instant sur France 3 :

…une mitraillette Sten, un fusil mitrailleur Uzi…

Bon, un Sten et un Uzi, c’est le même type d’armes : tous deux utilisent des munitions de pistolet (9 mm, .45 ou .22.), d’une énergie initiale de l’ordre de 650 joules. Ils permettent le tir automatique en rafales : on les appelle donc des pistolets mitrailleurs, alias « mitraillette » dans le langage courant (le suffixe –ette les désignant comme des sortes de mini-mitrailleuses, de même que la version anglaise « submachinegun »).

Un fusil mitrailleur, c’est, devinez quoi ? Une arme automatique utilisant une munition de fusil, typiquement du .30 (également connu comme 7.62 mm). Rien à voir donc avec un Uzi : un FM est beaucoup plus puissant (souvent plus de 2000 J), porte plus loin et a sensiblement plus de recul.

17 mars 2012

C-113

Le Monde et Europe 1 nous informent :

Il n’y avait aucun signe des cinq occupants du C-113J Hercules, des militaires norvégiens, portés disparus depuis jeudi lors de manœuvres de quinze pays de l’OTAN organisées par la Norvège.

Bon, pour les gens un peu moins maniaques que moi, j’explique le truc drôle : une petite histoire de chiffres. Le Hercules, en tout cas celui construit par Lockheed à tout plein d’exemplaires, c’est le C-130.

Le C-113, c’était une évolution expérimentale du C-46, qui remonte à la Seconde guerre mondiale. L’unique XC-113 n’a jamais volé, si j’en crois Wikipedia.

Notons au passage que rajouter le matricule de l’avion ne sert à rien. « Les cinq occupants du Hercules », ça passait, « du Lockheed Hercules », ça passait encore mieux.

Mais alors, pourquoi deux médias théoriquement reconnus font-ils la même erreur, qui pis est inutile, en même temps ?

C’est un accident dû à une maladie du journalisme moderne : la pompe aux dépêches.

Ça se passe comme ça : les agences de presse — Agence France-presse, Reuters, Associated press… — pondent toute la journée des dépêches, des articles bruts, courts et factuels, concernant une actualité du moment.

En principe, le journaliste qui reçoit les dépêches s’en sert comme matière première. Il y lit une donnée, qu’il va croiser avec d’autres sources d’information et avec sa propre maîtrise du sujet pour nourrir sa compréhension de l’événement, qu’il retranscrira ensuite dans son propre article, en principe plus fouillé et en tout cas « axé ».

Mais avec la volonté des groupes de presse de ne plus payer des journalistes spécialisés, surtout pour écrire sur le web — toujours considéré comme un médium mineur par les grands groupes du papier —, et la pression mise sur la publication la plus rapide, une nouvelle tendance s’est imposée : plutôt que d’utiliser les dépêches comme matière première nourrissant des articles fouillés, certains médias les utilisent comme produit fini.

En gros : au lieu d’un journaliste, elles paient un copieur-colleur. Ça coûte moins cher et ça produit beaucoup plus.

Si vous mettez les articles du Monde et d’Europe 1 côte à côte, vous constaterez qu’ils sont identiques, à quelques détails près : celui-ci utilise des incises là où celui-là utilise des virgules, les retours à la ligne ne sont pas placés au même endroit… Mais le contenu lui-même est identique.

Imaginons que cette dépêche soit arrivée sur le bureau d’un journaliste doté d’une vague connaissance de l’aéronautique ou des équipements militaires (ce qui est le minimum requis pour écrire sur l’accident d’un avion militaire). Au premier coup d’œil, il aurait repéré l’erreur, et aurait remplacé le « C-113J » par un « C-130J ».

Le problème, c’est qu’elle n’a été filée qu’à un pompeur de dépêches, dont le métier n’est pas de traiter ou vérifier de l’information mais de faire de la mise en forme – les incises, les sauts de ligne… — et de publier au plus vite. Notons que je ne l’attaque pas, lui : il fait son boulot ; le problème, c’est qu’un tel boulot existe.

Là où ça devient grave, c’est qu’on vit dans un monde de dépêches. Les simples quidams sont noyés sous l’information : Google News leur offre, tous les matins, cent versions des dizaines de sujets qui les intéressent, et autant des centaines de sujets qui ne les intéressent pas.

Le métier du journaliste, la plus-value des publications, bref, la raison d’être des médias, est de trier, traiter, compiler et expliciter cette déferlante d’informations. C’est une grande industrie qui, de matières premières multiples et encombrantes, tire un produit fini concis et intelligible.

Le lecteur du Monde n’a pas vocation à lire les dépêches de Reuters ou de l’AFP. Il veut lire des articles, basés entre autres sur ces dépêches, écrits par des journalistes qui savent de quoi ils parlent.

Si Le Monde et tous les autres n’apportent plus rien au delà de la dépêche, soyons clairs : ils ne servent à rien. Ils ne font plus leur boulot d’entreprise de presse, ils ne fournissent plus d’axe de lecture, d’expertise, de tri ; ils ne font plus de journalisme. Ils font uniquement du commerce, achetant et recrachant un produit sans le modifier ; ils sont à l’agence de presse ce que le détaillant est au grossiste.

Le truc terrible, c’est qu’il y a une foule de journalistes, de bons journalistes, qui galèrent de pige en pige, pendant que les entreprises de presse se plaignent de ne pas rentabiliser leurs pompes à dépêches et accusent Google News d’être à l’origine de l’érosion de leurs audiences.

Mais si elles essayaient, au moins une fois, d’embaucher de vrais journalistes couvrant de larges domaines de compétence et de leur donner le temps de digérer les dépêches et de les croiser avec d’autres informations, pour fournir une vraie plus-value à leurs lecteurs ? Juste pour voir ?

Sinon, franchement, quels que soient leur âge et leur notoriété, ces entreprises méritent de crever.

13 mars 2012

L’échange

Entendu hier soir :

— Plusieurs sites Internet affirment que le colonel Kadhafi aurait financé votre campagne, en 2007, est-ce que c’est vrai ?

— Eh bien, dites-moi, s’il l’avait financée, j’aurais pas été très reconnaissant.

— Son fils, Saïf al-Islam, affirme que vous avez reçu de l’argent de la famille Kadhafi.

— Une référence morale sans doute. Je suis désolé pour vous que vous soyez la porte-parole du fils de Kadhafi. Franchement, je vous ai connue dans un meilleur, dans un meilleur rôle. Monsieur Kadhafi, qui est connu pour dire n’importe quoi, avait même dit qu’il y avait des chèques, et bien, que son fils les produise. C’est grotesque et je suis désolé que sur une grande chaîne comme TF1, on doive m’interroger sur les déclarations de Monsieur Kadhafi ou de son fils. Franchement…

— Touts les questions sont posées ce soir.

— Oh ça, je les accepte toutes mais toutes les réponses sont audibles. Quand on cite Monsieur Kadhafi, son fils, Monsieur Kadhafi qui est mort, son fils qui a du sang sur les mains, qui est un régime de dictateurs, d’assassins dont la crédibilité est zéro, et quand on reprend à leur compte, à son compte les questions qu’ils posaient, franchement, je pense que on est assez bas, dans le débat politique.

Il y a là plusieurs réflexions à se faire, à mon humble avis.

La première : Laurence Ferrari, qui pose les questions, a été d’une douceur impressionnante. Un mec qui m’envoie chier comme ça, personnellement, je lui demande aussi sec pourquoi il a accueilli en grandes pompes un individu « connu pour dire n’importe quoi » à la tête d’un « régime de dictature, d’assassins ». Au lieu de quoi, elle a laissé glisser et est passée à la suite.

La deuxième : Monsieur Sarkozy, qui répond aux questions, semble avoir oublié le rôle fondamental d’un journaliste. Le métier d’un journaliste est de chercher, croiser et vérifier une information pour la publier sous une forme claire et intelligible. Si un journaliste tombe sur une information comme « les Kadhafi auraient financé la campagne de Sarkozy », aussi peu crédible soit la source, c’est son métier de vérifier l’information, notamment directement auprès des personnes concernées. Dans ces conditions, c’est ne pas poser cette question qui aurait été une faute.

La troisième : à une question inévitable, Monsieur Sarkozy répond par la boutade (« je ne serais pas très reconnaissant », ah ah ah que c’est drôle), par l’absurde (« que son fils produise [les chèques] », sachant que quand on remet un chèque, c’est la banque du destinataire qui peut éventuellement les produire, certainement pas l’émetteur) ou par la condescendance (« je suis désolé que vous soyez la porte-parole du fils de Kadhafi »). Bref, jamais il ne répond.

Pis, et quatrième : un journaliste est exactement le contraire d’un porte-parole. Son métier est en effet non de transmettre, mais de remettre en question toutes les affirmations qu’il entend. Dans ce cas précis, face à Sarkozy, le journaliste doit demander ce qu’il pense des affirmations de Kadhafi ; face à Kadhafi, il demanderait de même ce qu’il pense des dénégations de Sarkozy. À l’inverse, un porte-parole ne doit pas réfléchir ou chercher la vérité, mais resservir jusqu’à l’obsession le discours d’un autre, sans penser par lui-même. Bref, le journaliste utilise en permanence son esprit critique, alors qu’un porte-parole n’a pas le droit d’y recourir un seul instant. En conclusion, traiter un journaliste de porte-parole, c’est une injure, rien de moins.

Enfin, je note les critiques adressées à Ferrari. D’abord par sa direction, si l’on en croit Le Point ; cela confirmerait que Paolini ne dirige nullement une entreprise d’information, mais une boîte de communication, ce qu’on ne saurait qualifier de scoop étant donné le passif de la chaîne.

Ensuite par les internautes commentant les articles sur le sujet, chez qui manifestement Ferrari est encartée à gauche et incapable de taire son hostilité aux personnalités de droite en général et à Sarkozy en particulier.

Cette accusation, disons-le franchement, me laisse assez pantois, de même que le parallèle avec Audrey Pulvar lu çà et là. Pulvar n’a jamais caché ses sympathies gauchistes, et son discours était raccord avec icelles bien avant qu’elle ne rende publique sa relation avec Montebourg. À l’inverse, le discours, les intonations de Ferrari m’ont toujours incliné à la penser ancrée au centre, voire au gaullisme ; elle m’a toujours fait penser à Schönberg plutôt qu’à Pulvar.

(Au passage, en creusant un peu, je découvre qu’elle a démarré au Fig-Mag et au Point, avant de faire son trou à TF1 et Canal+, autant de rédactions qui n’ont pas la réputation d’être des nids de gauchistes, et que certains journaux l’ont soupçonnée d’avoir une liaison avec… Sarkozy, en 2007 !)

Je dis pas ça pour prendre la défense d’une consœur en détresse : Ferrari et moi n’avons jamais fait le même métier, même si nous avons le même genre de carte professionnelle dans la poche. Et puis, elle est assez grande pour se défendre elle-même.

En revanche, cet échange nourrit ma conviction : Sarkozy ne supporte pas la contradiction, et comme l’enquête contradictoire est la base du journalisme, il ne supporte pas les journalistes (le même commentaire explique son obsession de vouloir faire sauter le juge d’instruction, mais passons).

En tout cas, le fait de mépriser avec autant d’acharnement les gens dont le métier est la recherche de vérité me paraît éminemment suspect pour quelqu’un qui se flatte de transparence. La vérité, c’est que Sarkozy avait une façon simple de désamorcer la question, posée depuis plusieurs mois : publier l’intégralité de ses comptes de campagne 2007. Mais c’eût été trop simple, alors qu’il est tellement plus élégant d’insulter les journalistes qui ont l’outrecuidance de poser des questions…

Le fait que le public lui-même voie dans toute question répétée avec un tant soit peu d’insistance une forme d’agression partisane (que les anti-Sarkozy applaudissent et que les pro-Sarkozy démontent, dans le cas présent), laisse aussi rêveur : on ne peut donc pas avoir simplement l’honnêteté professionnelle de vouloir une réponse claire à une question qui se doit d’être posée ?

J’ai de plus en plus l’impression qu’un journaliste, pour une part croissante du public, est soit une lavette au service de ses invités, soit un partisan agressif. Il ne devient reconnu que lorsque, envoyé sur le terrain, il finit sous un obus syrien.

En somme, pour des raisons différentes, pour Sarkozy comme pour une part du public, un bon journaliste est un journaliste mort.

11 mars 2012

Ancien ex

herisson26 à 21:23 — Filed under: Confrères et cons frèresPas de commentaire

Vu à l’instant sur France 2 :

Mikhaïl Gorbatchev, ancien président de l’ex-URSS

Je veux pas avoir l’air de pinailler, mais Gorbatchev n’a jamais été président d’ex-URSS. L’ex-URSS n’a d’ailleurs jamais eu de président.

Il a été, en revanche, président de l’URSS, à l’époque où ça existait.

6 mars 2012

Neutralité journalistique

herisson26 à 22:42 — Filed under: Air du temps,Confrères et cons frèresPas de commentaire

Je regarde Des paroles et des actes, et le truc le plus intéressant, c’est le comportement des confrères vis-à-vis de l’invité.

La volonté de ne pas le laisser prendre l’ascendant et mener la discussion, de préciser et pointer les digressions et détournements jusqu’à obtenir une réponse correspondant au moins un peu à la question, de l’interrompre quand il s’éloigne trop évidemment du sujet…

La différence est frappante avec l’obséquiosité qui prévalait chez certains d’entre eux il y a quelques années. « Non mais la question c’était pas ça », c’est un truc qu’aucun ne lui aurait dit à l’époque, pas plus que de qualifier un de ses projets d’usine à gaz, le contraindre à répondre de ses passages au Fouquet’s ou chez Bolloré ou lui donner des cours de première année d’économie.

Le pire, c’est que Sarkozy n’a pas l’air de s’en rendre compte, et continue à tenter de biaiser jusqu’à se faire rappeler à l’ordre. Désastreux pour l’image…

Pour la première fois, il me fait presque plus pitié qu’il ne m’énerve.

26 février 2012

Réalité des Ovni

herisson26 à 12:02 — Filed under: Air du temps,Confrères et cons frèresPas de commentaire

Lu dans Le Monde :

Les cas qui ne s’expliquent pas du tout sont-ils pour autant la preuve d’une existence extraterrestre ? Certains osent franchir le pas, comme Jean-Jacques Velasco, lui-même ex-directeur du Geipan. Selon lui, certains témoignages sont indiscutables car venant par exemple de pilotes professionnels, aguerris au ciel et « en dehors d’un contexte social qui peut les influencer ». Il évoque également des objets repérés par des radars. Aussi, l’hypothèse scientifique la plus probable est celle de la réalité des ovnis.

Mon éminent confrère fait ici un raccourci courant ; mais qu’une erreur soit fréquente ne la rend pas moins stupide et agaçante.

La « réalité des ovnis », selon lui, répondrait à la question d’une « existence extra-terrestre ».

Ovni. Objet volant non identifié.

Notons que d’abord, le terme général est Pan, phénomène aérospatial non-identifié. Beaucoup d’ »ovnis » ne sont pas des objets, mais des phénomènes autres — reflets, gaz… J’espère que personne ne nie l’existence des Pan : tant qu’on n’a pas l’explication, tout ce qui se passe dans le ciel est un Pan. Les aurores polaires en furent jusqu’à ce qu’on comprenne l’interaction entre vents solaires et ionosphère, il doit bien rester deux-trois trucs du genre.

Que certains Pan soient des objets, donc des Ovnis, n’est pas vraiment plus discutable. Quand on a un relevé radar cohérent avec les observations, qu’on a donc corrélation entre une observation dans les fréquences visibles et un écho métallique dans le centimétrique, on peut être raisonnablement certain d’avoir eu affaire à un objet.

Donc, la réalité des Ovnis n’est pas une « hypothèse scientifique la plus probable » : c’est une réalité jusqu’à preuve du contraire. La remettre en cause revient à envisager des phénomènes de réflexion d’ondes électro-magnétiques inconnus à l’heure actuelle. Tant qu’à faire, on peut aussi partir du principe qu’il n’y a pas de miroir dans ma salle de bains et que mon image est reflétée par un phénomène immatériel inconnu.

En revanche, rien, quel que soit le sérieux des observations, ne permet de conclure sur l’existence extra-terrestre. Et d’ailleurs, si mon confrère s’était un peu renseigné, il aurait constaté que jamais Velasco n’a affirmé que l’origine extra-terrestre des Ovnis était prouvée. Il a dit que c’était une hypothèse plausible qu’il n’était pas raisonnable d’écarter, au vu de comportements aériens difficilement compatibles avec nos technologies actuelles.

En gros, d’après ce que j’ai pu lire de lui, il dit : soit c’est extra-terrestre, soit le secret a été extraordinairement bien gardé sur quelques avancées technologiques majeures. Et comme les sociétés humaines ont énormément de mal à garder un secret, l’hypothèse extra-terrestre est parfaitement plausible.

Écrire que Velasco « ose franchir le pas » de « la preuve d’une existence extra-terrestre », c’est pour le moins malhonnête. Les détracteurs de Velasco le résument souvent à cela, mais c’est justement parce qu’ils adoreraient qu’il ait été suffisamment stupide pour émettre une vérité aussi facilement démontable.

Ou alors, mon confrère confond « preuve » et « hypothèse ». Je sais pas si ça serait plus rassurant.

25 janvier 2012

Traumatisons les jeunes

herisson26 à 20:42 — Filed under: Confrères et cons frères,InsoliteUn commentaire

Vu à l’instant en regardant le programme télé de ce soir, sur un site édité par Télé loisirs :

persepolis_valse_bachir_jeunesse

Bon, alors là, y’a rien à dire, c’est beau. 

Persepolis, un programme jeunesse, déjà, j’en vois qui toussent au fond : ça parle de plein de trucs, mais y’a pas grand-chose dedans qui s’adresse à la « jeunesse » au sens où l’entendent les programmes télé (« pour enfants »). Oppression religieuse, puberté, exil, alcool, opposition entre tradition et évolution des mœurs, ça peut s’adresser à des ados ou plus sûrement à des adultes, mais je doute qu’un enfant de cinq ou dix ans trouve ça amusant.

Mais Valse avec Bachir, alors là, on passe au stade supérieur : c’est un film carrément flippant, sorte d’auto-psychanalyse d’un vétéran de la guerre du Liban. Bon, je suis pas un maniaque qui veut protéger les enfants de toute agression et leur masquer les réalités du monde, mais quand même, j’évite de leur balancer un cauchemar post-traumatique juste pour le plaisir… D’ailleurs, Arte a joué la prudence : un mercredi entre 22 h et minuit, la plupart des jeunes sont censés dormir.

Notons que les autres publication qualifient ces œuvres de « films » ou de « films d’animation ». « Jeunesse », il n’y a que Télé loisirs qui a eu cette idée saugrenue.

14 janvier 2012

Journaliste : grand enfant, psy ou autiste ?

herisson26 à 13:32 — Filed under: Confrères et cons frères,Prise de courgePas de commentaire

« Je suis journaliste », ai-je coutume de dire, en appuyant sur « suis ». Au besoin, je précise parfois : « j’ai toujours été journaliste, même avant d’en faire un métier ».

Un journaliste, au fond, c’est quoi ? C’est quelqu’un qui recherche, accumule et interprète des donnés, pour les recracher sous forme condensée et intelligible en en faisant ressortir une idée maîtresse (ce qu’il appelle un « axe »). En gros, j’ai redécouvert cette semaine que c’est quelqu’un qui fait dans la vie ce que fait n’importe quel enfant de deux ans qui, après avoir assommé un parent de « pourquoi ? », va expliquer à toute personne à proximité le résultat de ces découvertes.

Cela a plein de conséquences positives. Un journaliste, par exemple, est rarement pris de court dans une conversation : parlez-lui de la politique de l’or au Niger, des qualités de la Kilkenny face à la Guinness, de l’éthymologie des mots nordiques, de la disparition de la variole ou des résultats du Dakar, il vous suivra sans rechigner. Selon son niveau de connaissance du sujet, il va passer en journaliste qui accumule, relançant la discussion par une série de questions à faire pâlir un flic à la retraite, ou en journaliste qui explique, expliquant en détails tout ce que vous vouliez savoir ― voire peut-être un peu plus.

Autre avantage : un journaliste sait beaucoup de choses, et ce qu’il ne sait pas, il sait le trouver. Besoin d’un renseignement ? Demandez-lui : même si c’est un truc aussi banal que les horaires de la piscine de la résidence de vacances, il saura répondre ― il aura lu et mémorisé le panneau derrière l’hôtesse avant que vous l’ayez seulement vu, et il aura entendu ce que l’animatrice aura dit alors même qu’il était en train de rire de votre blague.

Dernier avantage : quoi que vous disiez à un journaliste, il aura l’air intéressé. Mieux : il sera intéressé. C’est toujours bon pour l’ego. ;)

Ça a tout de même quelques inconvénients.

Premièrement : le journaliste aime l’exactitude. L’information erronnée est sa hantise, puisqu’elle mettrait à bas l’édifice de compréhension qu’il a patiemment construit. Dites « pingouin » devant un oiseau des mers du sud, il vous reprendra automatiquement d’un « manchot ! » bien sec. Il poussera peut-être le vice jusqu’à se reprendre lui-même : « ah non, c’est un gorfou en fait », vous donnant l’impression d’être le dernier des crétins. Le pire, c’est que vous aurez du mal à lui en vouloir : il l’aura fait avec la douceur d’un rhinocéros, mais sans méchanceté aucune.

Par ailleurs, un journaliste a parfois tendance à traiter ses relations amicales ou amoureuses comme des sources. La discussion vous fatigue ? Peu importe, il a encore quarante-deux « pourquoi ? » dans son sac et n’a pas l’intention de vous lâcher avant que vous ayez fini d’y répondre. Dans l’autre sens, il peut vous expliquer l’univers pendant des heures au lieu de simplement savourer le moment ― un journaliste ne goûte pas ce qu’il ne comprend pas ―, ce qui n’est pas sans vous donner envie de lui lâcher un « non mais t’es pas obligé de parler, hein… » pas dépourvu de lassitude.

Pis, toute information transmise à un journaliste peut devenir un « papier » : vous risquez d’être cité plus ou moins nommément dans n’importe quel article qu’il serait amené à publier. Je connais au moins trois ou quatre personnes qui sont ainsi reprises dans ce seul billet.

Le journaliste est en outre passionné par l’information, avant toute autre chose. L’angoisse d’avoir raté quelque chose va le pousser à relever ses sources ― courriels, Facebook, Google News et ses cent soixante flux RSS ― alors qu’il avait juste sorti son téléphone pour voir l’heure. Et si vous êtes en train de lui parler à ce moment-là, vous pourriez êtes surpris de le voir passer en une seconde du psy le plus attentif à l’autiste le plus cloîtré. Et si par hasard vous croisez un attroupement ou une file d’attente, préparez-vous à poireauter le temps qu’il sache ce qu’il se passe.

Mais le pire, c’est qu’un jour, vous trouverez votre ami journaliste captivé par un documentaire sur la classification des porte-containers, sujet qu’il qualifiera lui-même d’ »épouvantablement chiant ». Et vous commencerez à douter : s’il manifeste autant de passion pour un truc aussi inintéressant, comment savoir si ce que vous disiez deux minutes plus tôt l’intéressait vraiment ?

Il n’y a hélas pas de réponse simple. Certains journalistes sont incapables de mentir ; il suffit alors de demander. Mais d’autres sont très bons pour ménager la susceptibilité de leurs sources, et d’autres encore sont eux-mêmes incapables de savoir si quelque chose les intéresse réellement ou s’ils sont juste en train d’accumuler des données juste au cas où…

Oui, quelque part, un journaliste, c’est un enfant qui ne sait pas ce qu’il aime, mais avec beaucoup de mémoire et une lourde tendance à transformer toute discussion en interrogatoire ou en exposé.

25 décembre 2011

Trois hommes dans un satellite

herisson26 à 18:39 — Filed under: Air du temps,Confrères et cons frèresPas de commentaire

Je crois qu’il convient de féliciter mon confrère du Monde, qui a admirablement résumé une semaine d’astronautique russe dans un seul article. Ça se passe là : Un débris de Soyouz à l’origine d’une traînée lumineuse dans le ciel européen.

Lisez bien. Vous comprenez comme moi ?

Un Soyouz lancé mercredi, emportant trois cosmonautes dont le néerlandais André Kuiper, a connu une panne après 421 secondes de vol, empêchant la mise en orbite d’un satellite. Celui-ci est retombé en Sibérie, et le troisième étage du lanceur a traversé le ciel européen pour guider les rois mages.

Si vous avez quelques très vagues notions de lancements spatiaux — ne serait-ce que d’avoir ouvert un Asimov un jour —, ça a dû vous faire tiquer comme moi. Depuis quand un Soyouz peut-il mener en même temps une mission habitée et une mise en orbite de satellites ?

Et accessoirement, si le satellite n’a pas été mis en orbite, comment a-t-il mis trois jours, de mercredi à samedi, pour retomber ?

En fait, mon estimé confrère a juste mélangé deux lancements indépendants.

Mercredi, un Soyouz habité a décollé avec trois cosmonautes : Kononenko, Kuipers et Pettit (mission TMA-03M). Le lancement semble s’être déroulé correctement, puisqu’ils ont frappé à la porte de la station spatiale internationale vendredi après-midi.

Vendredi, un Soyouz inhabité a décollé avec un satellite de communication Meridian (le cinquième, en fait). Son troisième étage ayant foiré, la charge s’est écrasée du côté de Novossibirsk, sans avoir été satellisée et donc dans les minutes suivant l’échec.

Enfin, d’après l’observatoire royal de Belgique, le météore de samedi après-midi était bien la rentrée du dernier (et quatrième) étage du Soyouz qui avait décollé mercredi.

Ça paraît pas très compliqué vu comme ça, mais pour Le Monde, ça devait paraître encore plus simple de fusionner les deux vols, quitte à mettre dans la même Twingo (le compartiment d’un Soyouz habité doit pas être plus gros que ça) un satellite de communications qui doit faire facilement la taille d’un monospace, plus trois passagers et leur équipement, et à faire penser qu’après une panne du troisième étage, on arrive quand même à l’ISS.

Au passage, j’attends avec impatience les images des émeutes qui ont eu lieu au standard téléphonique du Centre d’exploration des OVNI de Mannheim. D’après le même article, il a été littéralement pris d’assaut par des centaines d’Allemands.

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